Une France mécon­tente

Au fil des années, nous nous som­mes habi­tués à des taux très impor­tants d’abs­ten­tion si bien que les com­men­ta­teurs ne les évo­quent que rare­ment. Il faut pour­tant insis­ter sur cette réa­lité signi­fi­ca­tive. Un élec­teur sur deux ne s’est pas déplacé. Avant de dis­ser­ter sur les voix obte­nues par les dif­fé­rents par­tis, il faut d’abord pren­dre en compte le taux d’abs­ten­tion que vient ren­for­cer le taux de bul­le­tins blancs qui a frôlé les 10 % dans cer­tains can­tons.

Beau­coup d’élec­teurs ont exprimé leur mécon­ten­te­ment en ne votant pas et je con­si­dère que ces abs­ten­tions crois­san­tes cons­ti­tuent à la lon­gue une véri­ta­ble crise de la démo­cra­tie qui doit nous inter­ro­ger. De plus en plus de Fran­çais sont éloi­gnés de la poli­ti­que. Ils met­tent dans le même sac tous les poli­ti­ques à l’excep­tion, pour cer­tains, de ceux qui n’ont pas encore été au pou­voir : les repré­sen­tants du Front Natio­nal.

Réha­bi­li­ter l’esprit civi­que, le goût de la chose publi­que et la citoyen­neté doit être un de nos prin­ci­paux objec­tifs dans les années qui vien­nent.

Ces élec­tions dépar­te­men­ta­les ont d’abord été mar­quées par un échec des gau­ches, la gau­che qui gou­verne, c’est à dire essen­tiel­le­ment le Parti Socia­liste, et la gau­che qui ne gou­verne pas et que j’appel­le­rai pour faire sim­ple le Front de Gau­che. On s’est, dans les médias, plus inté­ressé au pre­mier échec qu’au second.

Ceux qui ont voté ont exprimé clai­re­ment leur oppo­si­tion à la poli­ti­que menée par le gou­ver­ne­ment. Cette oppo­si­tion prend cepen­dant des for­mes et des degrés dif­fé­rents.

Cer­tains sont en effet las­sés d’atten­dre les résul­tats d’une poli­ti­que qu’ils ont plus ou moins approu­vée mais d’autres ont exprimé une véri­ta­ble con­dam­na­tion de la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale qu’il ne recon­nais­sent pas comme une poli­ti­que de gau­che.

Beau­coup de socia­lis­tes fei­gnent de ne voir qu’impa­tience, attente trop lon­gue de résul­tats, man­que de mobi­li­sa­tion… Mieux vau­drait voir en face le mécon­ten­te­ment popu­laire qui va bien au-delà ! Mais cette élec­tion est éga­le­ment un échec pour la gau­che de la gau­che.

Alors que la situa­tion était pour elle très favo­ra­ble (la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale n’a encore donné que peu de résul­tats visi­bles), elle n’a réuni que moins de 10 % d’élec­teurs alors que le Front Natio­nal en atti­rait 25. Ce résul­tat con­firme hélas que pour plu­sieurs rai­sons (man­que d’un pro­jet à court terme arti­culé sur une uto­pie de long terme, absence de lea­ders cré­di­bles, influence nui­si­ble du trots­kisme, absence de stra­té­gie du PCF qui ne sem­ble lut­ter que pour sa sur­vie, divi­sions mul­ti­ples,…), elle n’est pas capa­ble de cons­ti­tuer, pour l’ins­tant, une alter­na­tive cré­di­ble. Je ne m’en réjouis pas mais je le cons­tate sans m’y rési­gner.

Deux suc­cès

Cette élec­tion a éga­le­ment été mar­quée par 2 suc­cès, ceux du Front Natio­nal et de l’UMP asso­ciée à l’UDI.

Le suc­cès du Front Natio­nal met pro­ba­ble­ment fin de manière dura­ble au sys­tème poli­ti­que bipo­laire auquel nous étions habi­tués et qui a évi­dem­ment influencé nos ins­ti­tu­tions.

Cer­tains sem­blent se ras­su­rer en cons­ta­tant qu’aucun dépar­te­ment ne sera géré par le FN, ils ont tort ! La pro­gres­sion du Front Natio­nal est réelle et impor­tante sur­tout si on com­pare, comme il est logi­que de le faire, ses résul­tats avec ceux qu’il obtint lors du pré­cé­dent scru­tin can­to­nal.

Il ne s’agit plus d’un vote uni­que­ment pro­tes­ta­taire et il est grave qu’un nom­bre impor­tant de nos con­ci­toyens s’habi­tuent à voter pour le Front Natio­nal. Manuel Valls a eu rai­son de se bat­tre pour ras­sem­bler con­tre le Front Natio­nal mais son recul ne peut à long terme résul­ter que d’une poli­ti­que qui ren­con­tre une large adhé­sion dans la popu­la­tion. Le chas­seur Valls a été utile mais il tient main­te­nant dans ses mains un fusil à un coup sans car­tou­che.

Il est tout aussi inu­tile de tabler sur des com­bi­nai­sons poli­ti­cien­nes (entrée de dis­si­dents verts ou de “fron­deurs” au gou­ver­ne­ment) pour amé­lio­rer la situa­tion actuelle.

Il est pos­si­ble que les résul­tats de la poli­ti­que actuel­le­ment menée, qui fini­ront bien par arri­ver, per­met­tent à moyen terme une régres­sion du mécon­ten­te­ment mais j’ai déjà expli­qué que ce sera aux dépens d’une aug­men­ta­tion des iné­ga­li­tés et en fin de compte d’une régres­sion sociale.

Le suc­cès de la droite tra­di­tion­nelle est réel mais plus modeste. Il res­sem­ble à la vic­toire de Fran­çois Hol­lande sur Nico­las Sar­kozy, il est plus le pro­duit du rejet de la gau­che que de l’adhé­sion aux idées de la droite et encore moins une con­dam­na­tion de la ges­tion par la gau­che des Con­seils géné­raux que beau­coup d’élec­teurs ne con­nais­sent d’ailleurs pas.

Ces élec­tions con­fir­ment donc au total le rejet de la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale par une part très impor­tante de la popu­la­tion, d’autant que les Con­seils Géné­raux de gau­che avaient dans l’ensem­ble de bons bilans. La gau­che de la gau­che ne par­vient pas à ras­sem­bler les mécon­tents, ce que font le Front Natio­nal et à un moin­dre degré l’UMP et l’UDI. Se trou­vent ainsi jus­ti­fiées les vives cri­ti­ques et les sug­ges­tions que nous avons été nom­breux à for­mu­ler en direc­tion du gou­ver­ne­ment sans être enten­dus.

A Cor­beil-Esson­nes

Bien entendu, la défaite de la gau­che dans notre can­ton ne s’expli­que pas que par l’action nui­si­ble de Bruno Piriou dont j’ai suf­fi­sam­ment parlé sur ce blog; sinon les résul­tats seraient meilleurs par­tout ailleurs puisqu’il n’y a pas, heu­reu­se­ment, de Piriou par­tout ! L’abs­ten­tion et la pro­gres­sion du Front Natio­nal s’expli­quent ici comme ailleurs en France. Ce sont les con­sé­quen­ces de ces mou­ve­ments qui ont été modi­fiées par Bruno Piriou qui a pro­vo­qué l’absence de la gau­che au second tour.

Je n’ai évi­dem­ment aucune prise sur l’évo­lu­tion de la situa­tion poli­ti­que natio­nale même s’il est tou­jours bon de réflé­chir et de don­ner son avis. Je me sens moins démuni au plan local.

Nous som­mes un peu dans un champ de rui­nes. Les élec­teurs sont non seu­le­ment déçus par les résul­tats mais ils sont las­sés des divi­sions de la gau­che et des affron­te­ments des lea­ders “his­to­ri­ques” Bruno Piriou et Car­los Da Silva. Je res­pecte les par­tis poli­ti­ques et je crois en leur uti­lité mais fran­che­ment, à Cor­beil-Esson­nes, en ce moment, ils ne font pas envie…

Il faut tour­ner la page, pren­dre acte des échecs suc­ces­sifs de la gau­che pour bâtir autre­ment son suc­cès futur. Rien ne peut jus­ti­fier de bais­ser les bras face au “sys­tème Das­sault” ou aux divi­sions de la gau­che.

Un espoir pour notre ville

D’abord je crois qu’il est bon que ceux qui comme moi, ne sont pas adhé­rents d’un parti poli­ti­que, pren­nent leurs res­pon­sa­bi­li­tés et par­ti­ci­pent à la recons­truc­tion qui est aujourd’hui néces­saire. Ma con­vic­tion est que nous ne ris­quons pas de faire pire que les pro­fes­sion­nels de la poli­ti­que.

Ensuite, il faut à mon sens pren­dre cons­cience d’une réa­lité qui a été mas­quée par la cam­pa­gne et les affron­te­ments des ego : les élec­teurs poten­tiels de la gau­che à Cor­beil-Esson­nes regret­tent ce qui s’est passé ces der­niè­res années et sou­hai­tent très majo­ri­tai­re­ment le ras­sem­ble­ment des dif­fé­ren­tes sen­si­bi­li­tés pour bat­tre Jean-Pierre Bech­ter et met­tre fin au sys­tème Das­sault.

Je res­pecte ceux qui pen­sent qu’on ne peut rien faire loca­le­ment si on n’est pas d’accord natio­na­le­ment mais je les désap­prouve car ils nous con­dam­nent à l’échec pour de nom­breu­ses années. Sans doute, au fond, sont-ils plus opti­mis­tes que moi. Ils pen­sent (ou pen­saient) qu’ils peu­vent gagner, vite, et qu’il est donc peu impor­tant que le maire de Cor­beil-Esson­nes soit de gau­che ou de droite. Moi, ça m’inté­resse, parce que j’ai la con­vic­tion que la vic­toire de ce qui fut le Front de Gau­che n’est pas pour demain (ni pour après-demain d’ailleurs) et qu’elle ne se cons­truira qu’avec les élec­teurs socia­lis­tes.

J’ajoute que dans notre passé les unions loca­les de sen­si­bi­li­tés diver­ses ont été très fré­quen­tes et très uti­les à nos con­ci­toyens. Elles n’ont jamais empê­ché les lut­tes poli­ti­ques natio­na­les. Les for­tes ten­sions qui ont existé entre le PS et le PCF avant la vic­toire de 1981 n’ont pas empê­ché, par exem­ple, une ges­tion com­mune de nom­breu­ses com­mu­nes pour le plus grand pro­fit de nos con­ci­toyens, ni d’ailleurs la vic­toire natio­nale qui a suivi.

Le devoir de ceux qui, comme moi, sont enga­gés en poli­ti­que, est de per­met­tre au sen­ti­ment popu­laire de s’expri­mer. Il ne s’agit pas de s’oppo­ser aux par­tis poli­ti­ques, ni de les rem­pla­cer, ni d’entrer en com­pé­ti­tion avec eux. il s’agit seu­le­ment de con­tri­buer à la démo­cra­tie locale en per­met­tant à ceux qui le veu­lent, de réflé­chir et d’agir ensem­ble au ser­vice de notre ville sans être con­traints d’adhé­rer à un parti.

Peu m’importe qu’ils se soient enga­gés avec sin­cé­rité dans le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes, qu’ils appar­tien­nent au PS, au PCF où qu’ils soient, comme moi et comme les plus nom­breux, non-encar­tés.

Je vous pro­pose de réflé­chir avec moi à la manière de recons­truire cet espoir de gau­che pour notre ville. C’est le moment.