Emo­tion et hom­mage

On ne peut abor­der ces pro­blè­mes sans se recueillir devant tous les morts vic­ti­mes du ter­ro­risme isla­mi­que et sans pen­ser aux bles­sés aux­quels je sou­haite un prompt réta­blis­se­ment.

Il faut aussi ren­dre hom­mage à nos for­ces de sécu­rité qui ont agi avec cou­rage et effi­ca­cité. Elles ont d’ailleurs été dure­ment éprou­vées avec 3 morts et plu­sieurs bles­sés. Je ne sais si on peut espé­rer que ces affai­res chan­gent l’image de la police mais elles peu­vent per­met­tre d’expli­quer aux jeu­nes le rôle de la police, de mon­trer son uti­lité et de pro­mou­voir le cou­rage, l’abné­ga­tion et le sens civi­que.

J’ajoute que nos com­pa­trio­tes juifs ont été dure­ment tou­chés et qu’ils peu­vent à juste titre s’inquié­ter des mani­fes­ta­tions d’anti­sé­mi­tisme dont ils sont l’objet. Ils doi­vent pou­voir comp­ter sur la soli­da­rité de tous.

Je con­damne évi­dem­ment de la même manière les exac­tions dont ont été vic­ti­mes nos con­ci­toyens musul­mans à la suite de ces tra­gé­dies.

Tous les racis­mes sont con­dam­na­bles.



Mani­fes­ter demain

Je vous invite à par­ti­ci­per à la mani­fes­ta­tion de demain à Paris. Elle mon­trera l’atta­che­ment de notre peu­ple à la liberté d’expres­sion, son refus de la bar­ba­rie et plus géné­ra­le­ment son atta­che­ment aux valeurs de la Répu­bli­que.

Je regrette que cer­tains, heu­reu­se­ment en petit nom­bre, ne soient pas capa­bles de par­ti­ci­per à un mou­ve­ment qui trans­cende les cou­rants poli­ti­ques, de com­pren­dre un mou­ve­ment authen­ti­que­ment popu­laire.

Je ne m’étonne pas de l’atti­tude médio­cre d’Oli­vier Besan­ce­not qui refuse de par­ti­ci­per à la mani­fes­ta­tion de demain (il est trots­kiste), ni qu’il soit rejoint par cer­tains mili­tants de l’UMP mais je vou­drais dire à mes amis de gau­che qui sont ten­tés de l’imi­ter qu’il n’est pas ques­tion de deman­der à qui que ce soit de renier ses idées, ni de répon­dre à l’appel de tel ou tel parti poli­ti­que mais de mon­trer par une vaste mobi­li­sa­tion popu­laire qu’il existe en France un large con­sen­sus sur les valeurs répu­bli­cai­nes en par­ti­cu­lier la liberté d’expres­sion puis­que c’est elle qui a été mise en cause.

Ces valeurs sont cel­les qui per­met­tent le débat poli­ti­que, qui défi­nis­sent le cadre dans lequel notre vie poli­ti­que peut s’ins­crire.

Les valeurs de la démo­cra­tie n’appar­tien­nent pas à la gau­che ! Mais c’est l’hon­neur de la gau­che de les défen­dre avec cou­rage en tou­tes cir­cons­tan­ces.



Une nou­velle période

Ces deux dra­mes mar­que­ront le début d’une nou­velle période de notre his­toire qui durera pro­ba­ble­ment quel­ques dizai­nes d’années. Qu’on dise que la France est en guerre (c’est ce que je dis) ou qu’on adopte une autre expres­sion pour décrire la situa­tion, la France va être sous la menace d’atten­tats récur­rents pen­dant long­temps.

Il fau­dra vivre avec, tout en lut­tant pour que cela cesse ce qui n’est pas sans poser de sérieux pro­blè­mes.

La gau­che a his­to­ri­que­ment une ten­dance à l’angé­lisme, elle est tou­jours plus ou moins influen­cée par l’anti­mi­li­ta­risme et cer­tai­nes for­mes de paci­fisme dont l’His­toire nous a ensei­gné les dan­gers qu’ils font cou­rir à la paix. Fran­çois Hol­lande m’a heu­reu­se­ment paru depuis son élec­tion par­fai­te­ment indemne de ces mala­dies hon­teu­ses.

Je lui fait con­fiance pour l’ave­nir dans ce domaine mais son cou­rage n’empê­chera pas les que­rel­les poli­ti­cien­nes et la poli­ti­que d’aus­té­rité à laquelle il reste atta­ché va ren­dre dif­fi­cile de déga­ger les moyens sup­plé­men­tai­res néces­sai­res à la lutte con­tre le ter­ro­risme.



Droit au blas­phème ?

En 2013, AQPA (Al-Qaïda dans la pénin­sule Ara­bi­que) publie en ligne les noms de onze per­son­nes recher­chées « mor­tes ou vives » pour cri­mes con­tre l’islam, dont Sté­phane Char­bon­nier (Charb).

De quels «cri­mes» s’agit-il ? Sans doute de la publi­ca­tion des cari­ca­tu­res de Maho­met en 2006 et plus géné­ra­le­ment de la cri­ti­que des reli­gions qui est habi­tuelle dans Char­lie hebdo.

Les cari­ca­tu­res de Maho­met, publiées d’abord par le jour­nal danois Jyl­lands-Pos­ten posent un pro­blème par­ti­cu­lier, celui de l’inter­dic­tion de la repré­sen­ta­tion du Pro­phète qui mérite réflexion.

Même si l’ani­co­nisme (la non repré­sen­ta­tion des êtres vivants) est plus une cou­tume qu’une pres­crip­tion dog­ma­ti­que et si elle n’est pas par­ta­gée par tou­tes les ten­dan­ces de l’Islam, il faut recon­naî­tre que repré­sen­ter le Pro­phète cho­que pro­fon­dé­ment cer­tains musul­mans. Ce sen­ti­ment sin­cère doit être res­pecté mais deux remar­ques s’impo­sent.

D’abord les citoyens qui ont la foi isla­mi­que ont la pos­si­bi­lité dans notre Répu­bli­que d’uti­li­ser la loi pour faire valoir leurs droits. Cer­tains l’ont d’ailleurs fait (géné­ra­le­ment sans suc­cès) en atta­quant Char­lie Hebdo en jus­tice..

Il faut ensuite expli­quer à tous les croyants (et en par­ti­cu­lier aux jeu­nes) que ce qui est sacré pour eux ne l’est pas for­cé­ment pour les autres.

Je com­prends qu’un croyant s’inter­dise de con­som­mer tel ou tel ali­ment, s’inter­dise telle ou telle pra­ti­que pro­fes­sion­nelle ou sexuelle, s’inter­dise de des­si­ner son dieu ou s’impose telle ou telle con­trainte lan­ga­gière mais ces pra­ti­ques ne con­cer­nent que lui et ceux qui par­ta­gent sa foi et non les autres citoyens. La notion de blas­phème est par­fai­te­ment res­pec­ta­ble mais elle est rela­tive; le blas­phème ne peut exis­ter pour les lois de la Répu­bli­que.

On ne peut donc par­ler de droit au blas­phème puis­que le blas­phème n’existe pas pour celui qui le com­met s’il ne par­tage pas la même foi que celui qui en est offensé.

il en résulte que cer­tains croyants peu­vent être offen­sés par cer­tains mots ou cer­tai­nes ima­ges. Ils doi­vent l’accep­ter parce que c’est ainsi que nous pou­vons vivre ensem­ble. J’ajoute que je suis per­son­nel­le­ment cho­qués par cer­tai­nes pra­ti­ques reli­gieu­ses mais qu’en géné­ral je les accepte dans le même état d’esprit.

En tant que citoyen laïc et fran­çais, je res­pecte tous les croyants mais je n’admets pas qu’ils essaient de modi­fier la loi com­mune. Ce serait reve­nir à l’ancien régime que de voir reve­nir sous une forme ou sur une autre la notion de blas­phème; ce serait aussi bien vite oublier les morts de Char­lie Hebdo que de renon­cer à l’humour, à la déri­sion, à la pro­vo­ca­tion, à la paillar­dise…



Un drame pour les musul­mans

Il y a d’abord un pro­blème de voca­bu­laire né de l’igno­rance ou de l’amal­game. Tou­tes les per­son­nes qui vivent en France en ayant leurs raci­nes au Magh­reb ne sont pas musul­mans. Cer­tains ne sont pas croyants ou ont embrassé une autre reli­gion. Notons aussi que cer­tains « fran­çais de sou­che » récem­ment con­ver­tis à l’islam sont par­fois les plus enclins à tom­ber dans l’extré­misme.

Par ailleurs on ne peut par­ler des musul­mans dans leur ensem­ble, de même qu’il n’est pas pos­si­ble de par­ler des catho­li­ques sans pren­dre en compte leur diver­sité.

Cer­tains musul­mans peu­vent être très rigo­ris­tes dans la pra­ti­que de leur reli­gion et poser des pro­blème à leur col­lè­gues ou à leur patron tout en n’étant nul­le­ment ten­tés par le ter­ro­risme.

C’est donc une forme de racisme ou d’injuste dis­cri­mi­na­tion que de faire por­ter à l’ensem­ble d’une famille spi­ri­tuelle et à for­tiori à un groupe vague­ment défini eth­ni­que­ment, une res­pon­sa­bi­lité qui incombe à des grou­pes fran­çais ou étran­gers que l’essen­tiel de cette com­mu­nauté con­damne.

J’ai vu avec plai­sir que de nom­breux imams s’asso­ciaient à la mobi­li­sa­tion popu­laire pour défen­dre nos valeurs et ren­dre hom­mage aux vic­ti­mes du ter­ro­risme. Il n’y a pas lieu d’ailleurs de har­ce­ler nos com­pa­trio­tes ara­bes, musul­mans ou ori­gi­nai­res du Magh­reb pour qu’ils con­dam­nent le ter­ro­risme. Ce serait une manière de ne pas recon­naî­tre leur citoyen­neté fran­çaise, de ne pas les con­si­dé­rer comme les autres fran­çais.

Il y a lieu par con­tre de con­dam­ner tous ceux, quel­les que soit leur reli­gion ou leur ori­gine eth­ni­que, qui glo­ri­fient, excu­sent ou jus­ti­fient le ter­ro­risme.

La liberté d’expres­sion a ses limi­tes. Il con­vient de les expli­quer et de les ensei­gner aux jeu­nes et de les rap­pe­ler, éven­tuel­le­ment par les con­dam­na­tions pré­vues par la loi, à ceux qui ne les res­pec­tent pas.

Faire l’éloge d’un crime raciste, insul­ter un juif parce qu’il est juif, dégra­der une mos­quée,… ce n’est pas expri­mer une idée mais com­met­tre un délit.

La période qui s’ouvre sera dif­fi­cile pour nos com­pa­trio­tes musul­mans. Rai­son de plus pour con­dam­ner tous les amal­ga­mes et pour leur expri­mer notre soli­da­rité.

N’oublions pas que les musul­mans sont sta­tis­ti­que­ment au plan mon­dial, les pre­miè­res vic­ti­mes du ter­ro­risme isla­mi­que.



Le tra­vail des médias

J’ai suivi sur plu­sieurs chaî­nes de télé­vi­sion et sur inter­net les évé­ne­ments de ces der­niers jours. Je pense que c’est l’occa­sion d’amor­cer une réflexion sur la manière dont les media ren­dent compte de ce genre d’évé­ne­ment. Une réflexion légè­re­ment amor­cée hier au soir dans « c’est à vous » sur France 5.

Bien sûr il y la dic­ta­ture de l’émis­sion en con­tinu. Com­ment faire des heu­res de direct alors qu’il ne se passe rien, ou plus exac­te­ment qu’on ne sait pas ce qui se passe ? Je com­prends la dif­fi­culté de l’exer­cice mais je ne suis pas d’accord avec les solu­tions adop­tées.

Il y a d’abord ces témoins appe­lés au télé­phone pour dire ce qu’ils ont vu ou entendu alors (ils le recon­nais­sent eux-mêmes spon­ta­né­ment) qu’ils n’ont rien vu ou entendu ou alors pres­que rien. Il en est résulté des témoi­gna­ges tota­le­ment ridi­cu­les. Même Elise Lucet, géné­ra­le­ment mieux ins­pi­rée, s’est laissé allé à des bavar­da­ges insi­pi­des et à des échan­ges sans inté­rêt avec des témoins (de rien).

Il y a eu ensuite ces experts qui res­sas­sent sans cesse des bana­li­tés même si quel­ques infor­ma­tions pré­ci­ses sont par­fois pré­sen­tes dans leur flot de paro­les.

Il y a eu enfin cet achar­ne­ment à ne tenir aucun compte des mes­sa­ges de la poli­ces qui deman­daient qu’on ne dif­fuse aucune image ni aucune infor­ma­tion qui puisse aider les ter­ro­ris­tes. De faus­ses infor­ma­tions ont éga­le­ment été dif­fu­sées. Cette atti­tude est tota­le­ment irres­pon­sa­ble, elle doit être con­dam­née.

BFM a été jusqu’à dif­fu­ser (après l’assaut tout de même) la con­ver­sa­tion d’un des ter­ro­ris­tes avec sa rédac­tion. La course au scoop doit avoir des limi­tes qui ont été fran­chies.

La cou­ver­ture d’Alja­zeera Inter­na­tio­nal était en fin de compte de meilleure qua­lité en rai­son de sa sobriété (pas de témoins, pas d’experts).



La lutte sur inter­net

Je sais qu’il est dif­fi­cile de sup­pri­mer des sites, des ima­ges ou des tex­tes sur inter­net et c’est une bonne chose puis­que cela garan­tit la liberté d’expres­sion mais nous ne pou­vons nous rési­gner à ce qu’inter­net ser­vent à l’endoc­tri­ne­ment de nos jeu­nes et à la dif­fu­sion de thè­ses liber­ti­ci­des. C’est l’affaire de tous et je m’asso­cie à l’action que mène le groupe de hackers Ano­ny­mus con­tre les sites fai­sant l’apo­lo­gie du ter­ro­risme.

Ne lais­sez pas pas­ser sur les réseaux sociaux des pro­pos anti­sé­mi­tes ou isla­mo­pho­bes. Le débat démo­cra­ti­que est libre et inter­net est l’un des lieux du débat démo­cra­ti­que mais cela impli­que que les inter­nau­tes effec­tuent eux-même une cer­taine régu­la­tion en refu­sant l’inac­cep­ta­ble.



Mobi­li­sa­tion

La période poli­ti­que qui s’ouvre sera dif­fi­cile.

La recons­truc­tion d’un pro­jet à long terme et d’un pro­gramme à court terme capa­bles de con­vain­cre et de mobi­li­ser reste la tâche essen­tielle de la gau­che fran­çaise qui est dans une phase de médio­crité évi­dente.

Le com­bat pour chan­ger les rap­ports sociaux et réduire les iné­ga­li­tés socia­les ne sau­rait évi­dem­ment être remis en cause par la nou­velle donne d’autant que les iné­ga­li­tés mon­dia­les, en par­ti­cu­lier Nord-Sud sont une des cau­ses du ter­ro­risme isla­mi­que.

De nou­veaux moyens devront être déga­gés pour lut­ter con­tre les enne­mis de la liberté, nous devrons accep­ter de modi­fier nos com­por­te­ments, être plus pru­dents, ne pas visi­ter cer­tains pays mais nous ne devront pas céder aux dis­cours qui visent à por­ter atteinte à nos liber­tés publi­ques au pré­texte de garan­tir notre sécu­rité.

Si nous vou­lons res­ter dans une société démo­cra­ti­que, nous devons trou­ver un équi­li­bre entre les con­train­tes de la lutte con­tre les ter­ro­ris­tes et le main­tien de nos liber­tés. Ce sera sans doute l’objet de dis­cus­sions dif­fi­ci­les dans les­quel­les nous devront être vigi­lants face à une droite et une extrême droite ten­tées depuis long­temps par des lois et des mesu­res liber­ti­ci­des.

Après le 11 sep­tem­bre, les Etats-Unis, entraî­nés par l’indi­gna­tion légi­time sus­ci­tée par le ter­ro­risme, ont aban­donné le res­pect des droits de l’homme. Ils ont uti­lisé la tor­ture, bafoué leurs pro­pres lois en créant Guan­ta­namo. Ils ont ainsi con­tri­bué au déve­lop­pe­ment du ter­ro­risme qu’ils vou­laient com­bat­tre.

Un exem­ple à ne pas sui­vre…



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