« …mais la vertu poli­ti­que est un renon­ce­ment à soi-même, qui est tou­jours une chose très péni­ble.

On peut défi­nir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, deman­dant une pré­fé­rence con­ti­nuelle de l’inté­rêt public au sien pro­pre, donne tou­tes les ver­tus par­ti­cu­liè­res, elles ne sont que cette pré­fé­rence. »

Mon­tes­quieu

L’esprit des lois

Livre IV, 5

Au moment d’écrire ce pre­mier arti­cle sur la pré­pa­ra­tion des élec­tions muni­ci­pa­les à Cor­beil-Esson­nes, je mesure la dif­fi­culté de la tâche. Je me dis que beau­coup d’entre vous trou­ve­ront ces con­si­dé­ra­tions inu­ti­les, aga­çan­tes, poli­ti­cien­nes,…

Et pour­tant, il n’y a pas de poli­ti­que qui tienne sans impli­ca­tion popu­laire, sans inter­ven­tion cons­ciente et réflé­chie des citoyens, d’où ce texte et même en un cer­tain sens, ce blog.

J’ajoute que ce texte ne vise pas à défi­nir des posi­tions défi­ni­ti­ves mais plu­tôt à appe­ler au débat et à l’action. Je l’écris après avoir dis­cuté avec des mili­tants et des res­pon­sa­bles des dif­fé­ren­tes for­ces poli­ti­ques loca­les, des mar­ges droi­tes de la social-démo­cra­tie aux mar­ges gau­ches du Front de gau­che.

Je vou­drais d’abord décrire ce que je sais de la situa­tion poli­ti­que de notre ville avant de ten­ter de répon­dre à quel­ques ques­tions qui me per­met­tront de don­ner mon point de vue.

A - Une situa­tion com­plexe et préoc­cu­pante



Quel­ques réa­li­tés incon­tour­na­bles

1. Cor­beil-Esson­nes est sor­tie d’une cer­taine forme de nor­ma­lité poli­ti­que quand un homme d’affai­res sans scru­pu­les, héri­tier d’une immense for­tune, est deve­nue maire. Il a mis en place le « sys­tème Das­sault ». Ce sys­tème clien­té­liste a ren­con­tré la détresse de beau­coup d’habi­tants et par­fois leur cupi­dité. Il a pros­péré au point de gran­gré­ner la démo­cra­tie locale, de la ron­ger de l’inté­rieur, de déve­lop­per l’insé­cu­rité, la délin­quance et la cri­mi­na­lité.

Ce n’est pas parce qu’on parle moins de ce sys­tème que ses effets ont dis­paru.

L’affai­blis­se­ment moral de beau­coup de jeu­nes, l’espoir de suc­cès faci­les sans tra­vailler, l’argent roi, l’affai­blis­se­ment des liens sociaux, le man­que de res­pect pour les adul­tes et les anciens et le culte de l’affai­risme sont autant de signes de la dégra­da­tion de la démo­cra­tie locale et des valeurs qui per­met­tent de vivre ensem­ble et en paix.

La jus­tice, j’en ai rendu compte sur ce blog, est sai­sie de plu­sieurs aspects de cette gan­grène mais le temps de la jus­tice n’est pas celui de la poli­ti­que. Il est dif­fi­cile de pré­dire l’évo­lu­tion de l’ins­truc­tion en cours pour cor­rup­tion, abus de biens sociaux, blan­chi­ment et achat de votes même si de pro­chai­nes mises en exa­men sont pro­ba­bles.

Ce serait de tou­tes façons une erreur de comp­ter sur la jus­tice pour résou­dre un pro­blème poli­ti­que. Ce sont les cor­beil-esson­nois qui réta­bli­ront la démo­cra­tie et la paix civile dans notre ville.

2. A cause de la fraude et de la dégra­da­tion de la démo­cra­tie, notre ville a vécu une période dif­fi­cile à par­tir des élec­tions muni­ci­pa­les de 2008. Rares sont les vil­les qui ont connu trois élec­tions suc­ces­si­ves. Ces évé­ne­ments ont lassé nos con­ci­toyens et ont donné de notre cité une mau­vaise image dont nous pâtis­sons tous mais qui est dom­ma­gea­ble en par­ti­cu­lier pour les com­mer­çants et les entre­pre­neurs dont nous avons tant besoin.

3. Notre ville a des atouts et une iden­tité forte, for­gée par le tra­vail de ses enfants.

Cor­beil-Esson­nes, c’est d’abord un ter­ri­toire bien placé au con­fluent de la Seine et de l’Essonne, qui est devenu au fil des siè­cles un car­re­four de voies de com­mu­ni­ca­tion.

Cor­beil-Esson­nes est riche d’une forte tra­di­tion indus­trielle depuis le 12e siè­cle. C’est à Cor­beil-Esson­nes que Louis-Nico­las Robert fit fonc­tion­ner pour la pre­mière fois sa machine à papier en con­tinu, c’est à Cor­beil-Esson­nes, pen­dant des décen­nies qu’on fabri­qua du papier, c’est à Cor­beil-Esson­nes qu’on fila la soie et qu’on fabri­qua du drap, c’est à Cor­beil-Esson­nes qu’on con­ti­nue de fabri­quer des semi-con­duc­teurs, c’est à Cor­beil-Esson­nes que Paul Decau­ville fabri­qua des wagons et Paul Doit­teau de la fécule, c’est à Cor­beil-Esson­nes que depuis 120 ans les Grands Mou­lins mou­lent de la farine, c’est à Cor­beil-Esson­nes qu’on imprima des mon­ta­gnes de papier et qu’on con­ti­nue, chez Hélio, d’en impri­mer…

Ce n’est qu’avec les cri­ses éco­no­mi­ques suc­ces­si­ves et la volonté de la droite qui n’a jamais voulu en faire qu’une ville dor­toir, que son tissu indus­triel s’est étiolé.

Cor­beil-Esson­nes, c’est aussi une richesse humaine, une popu­la­tion jeune et envi­ron 20% d’étran­gers qui appor­tent la diver­sité de leurs cul­tu­res.

4. Notre ville est tou­chée, comme toute la France par la crise éco­no­mi­que. Plu­sieurs de nos quar­tiers con­nais­sent la chô­mage de masse, la déses­pé­rance, la souf­france sociale.

Les ini­tia­ti­ves récen­tes

Dans ce con­texte très par­ti­cu­lier, trois ini­tia­ti­ves ont été pri­ses récem­ment à gau­che.

• L’appel citoyen pour le prin­temps de Cor­beil-Esson­nes

Des habi­tants de Cor­beil-Esson­nes ont lancé un appel pour un « prin­temps de Cor­beil-Esson­nes ». Il mar­que la volonté de ses signa­tai­res de s’enga­ger au ser­vice de leur ville et mérite mieux que le mépris, d’autant que beau­coup des signa­tai­res sont des mili­tants sérieux dont je ne doute pas de la sin­cé­rité.

• L’appel de Car­los Da Silva

Il est légi­time que notre député s’exprime et ses pro­pos doi­vent être étu­diés avec sérieux. Si l’intel­li­gence poli­ti­que impose une vue dia­lec­ti­que du Parti Socia­liste (i. e. qui ne néglige pas les con­tra­dic­tions qui s’y mani­fes­tent), elle con­duit aussi à pren­dre au sérieux les décla­ra­tions de ses diri­geants.

Le rai­son­ne­ment de notre député est sim­ple et clair : les échecs de la gau­che locale s’expli­quent par sa désu­nion, il faut donc que toute la gau­che se ras­sem­ble sur une liste uni­que pour les muni­ci­pa­les (au pre­mier tour). On peut rai­son­na­ble­ment pen­ser qu’il ne s’enga­gera à fond dans la bataille que si cette unité se réa­lise.

• L’appel « Pour cons­truire ensem­ble Cor­beil-Esson­nes : ville soli­daire et citoyenne » 

Il a été ini­tié par des mili­tants de Front de gau­che qui ont eu la volonté, dès l’éla­bo­ra­tion du texte d’y asso­cier des cor­beil-esson­nois non enga­gés dans une orga­ni­sa­tion poli­ti­que. Il n’est qu’un point de départ et un appel au débat et au ras­sem­ble­ment.

Indi­quons pour ter­mi­ner cet exposé de la situa­tion que nos cama­ra­des éco­lo­gis­tes n’ont pas lancé d’appel…

Inter­rogé par Ber­nard Gau­din, Jac­ques Picard, con­seiller régio­nal EELV a déclaré « Soit le PC et le PS s’enten­dent, soit on lais­sera pas­ser la der­nière occa­sion de repren­dre la ville ». Il a ajouté à pro­pos de Car­los Da Silva : « D’une cer­taine manière, c’est aujourd’hui l’homme le plus qua­li­fié pour pren­dre la ville ». Inté­res­sante décla­ra­tion qui per­met de juger de la cons­tance d’un élu vert qui par­ti­cipa à la Vil­len­sem­ble…

B - Ques­tions et répon­ses



Quel doit être l’objec­tif du ras­sem­ble­ment à cons­truire ?

Je refuse la stra­té­gie du témoi­gnage qui pri­vi­lé­gie­rait l’affi­chage poli­ti­que, la pro­mo­tion des par­tis poli­ti­ques en vue des élec­tions natio­na­les. Les pro­chai­nes muni­ci­pa­les sont l’occa­sion d’être utile à nos con­ci­toyens en chan­geant la manière dont est gérée la ville.

Notre objec­tif est donc de bâtir un ras­sem­ble­ment majo­ri­taire dans lequel le Front de Gau­che a voca­tion a être majo­ri­taire sans être hégé­mo­ni­que. Il sup­pose la réa­li­sa­tion d’un com­pro­mis entre le Front de Gau­che et la social-démo­cra­tie mais aussi, et sans doute sur­tout, la prise en compte des aspi­ra­tions des habi­tants dont peu rai­son­nent dans les mêmes ter­mes poli­ti­ques que nous.

Sachons enten­dre les appels à l’unité de toute la gau­che qu’expri­ment beau­coup de nos con­ci­toyens. Par pour nier nos dif­fé­ren­ces mais pour cons­truire les com­pro­mis dyna­mi­ques qui nous per­met­tront de met­tre nos idées en pra­ti­que et tout sim­ple­ment d’être uti­les.

Je con­çois que cet objec­tif et sa for­mu­la­tion posent pro­blème à cer­tains qui sou­hai­tent que nous mani­fes­tions en tou­tes occa­sions notre oppo­si­tion au Parti socia­liste mais plu­sieurs obser­va­tions s’impo­sent.

Renon­cer à tout accord avec la social-démo­cra­tie serait un énorme cadeau fait à la droite et au Front Natio­nal. Au niveau natio­nal, la perte de nom­breu­ses mai­ries et le renon­ce­ment à de nou­vel­les con­quê­tes affai­bli­raient sen­si­ble­ment le Front de Gau­che, maté­riel­le­ment et poli­ti­que­ment. J’approuve l’atti­tude res­pon­sa­ble que mes cama­ra­des com­mu­nis­tes adop­tent à ce sujet.

Nos con­ci­toyens sont habi­tués à ce qu’ils appel­lent encore « l’Union de la Gau­che » même si ce con­cept poli­ti­que est aujourd’hui dépassé et l’aspi­ra­tion popu­laire à des vic­toi­res con­tre la droite est une réa­lité.

Les diver­gen­ces très net­tes qui ont tou­jours existé entre le PC et le PS ne les ont pas empê­ché de gérer par le passé de nom­breu­ses muni­ci­pa­li­tés au béné­fice de nom­breux habi­tants.

Le rap­port des for­ces dans notre ville tel qu’il est apparu au fil des scru­tins a tou­jours placé les for­ces du Front de gau­che devant le Parti Socia­liste ce qui doit nous per­met­tre de jouer un rôle diri­geant dans la nou­velle majo­rité.

Il faut enfin rap­pe­ler que les élec­tions muni­ci­pa­les ont leur spé­ci­fi­cité. Si les prin­ci­pes qui sont les nôtres s’appli­quent évi­dem­ment à la ges­tion d’une com­mune, les mar­ges de manoeu­vre ne sont pas les mêmes qu’au niveau natio­nal. De nom­breu­ses expé­rien­ces nous ont mon­tré qu’il est dan­ge­reux de « natio­na­li­ser » tous les scru­tins…

Quel­les sont les cau­ses des défai­tes pas­sées ?

Notre député ne sem­ble impu­ter qu’à la désu­nion nos défai­tes pas­sées. C’est à mon sens inexact.

Cer­tes, l’union est impor­tante mais quand Michel Nouaille échoue de 27 voix en 2009 alors qu’il n’y a pas eu d’union au pre­mier tour et que la fusion n’a pas été un modèle du genre, cette ques­tion doit être rela­ti­vi­sée et la fraude est sans doute le pre­mier fac­teur d’expli­ca­tion. L’élec­tion sera d’ailleurs annu­lée…

Par con­tre, il est clair que des anta­go­nis­mes trop forts entre les lis­tes de gau­che et leurs ani­ma­teurs sont nui­si­bles.

Quelle stra­té­gie adop­ter ?

Il me sem­ble que trois pro­po­si­tions nous sont fai­tes que je vou­drais com­men­ter :

La stra­té­gie du Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes. Cet appel a rai­son d’appe­ler les citoyens à pren­dre leur ville en mains, qu’ils appar­tien­nent ou non à une orga­ni­sa­tion poli­ti­que. Mais il se place en marge des for­ces poli­ti­ques.

Com­ment ima­gi­ner que tou­tes les orga­ni­sa­tions et beau­coup des mili­tants qui ont par­ti­cipé aux pré­cé­den­tes cam­pa­gnes soient exclus du ras­sem­ble­ment à cons­truire ? On pour­rait dire que les ani­ma­teurs du Prin­temps agis­sent en franc-tireurs si l’his­toire n’avait pas chargé ce mot d’une valeur et d’une dignité que je trou­ve­rais déplacé de leur con­fé­rer.

Le ras­sem­ble­ment con­tre la droite ne peut se faire uti­le­ment que sur des valeurs et sur des prin­ci­pes. Il doit être ouvert mais sur des bases soli­des. Il ne peut se faire autour de per­son­nes mais autour d’une réflexion com­mune qui per­met che­min fai­sant de bâtir un pro­gramme. On ne peut cons­truire en com­men­çant pas éli­mi­ner ceux qui ont cons­truit les ras­sem­ble­ments effi­ca­ces lors des pré­cé­dents scru­tins ou vou­loir les con­train­dre à se plier à une démar­che éla­bo­rée sans eux.

On me dira que la démar­che du « Prin­temps » tient compte du dis­cré­dit des par­tis poli­ti­ques… J’en con­viens, mais ce n’est pas en niant les par­tis poli­ti­ques et en pré­ten­dant se pas­ser d’eux qu’on résou­dra la crise actuelle. C’est en les trans­for­mant et en invi­tant les citoyens à tra­vailler avec eux.

Par­tant d’un diag­nos­tic juste, cette ini­tia­tive ren­force ce qu’elle veut com­bat­tre et enga­ge­rait ses par­ti­ci­pants dans une impasse si les cho­ses en res­taient là.

Soyons clair. Cet appel n’a pas été inventé au mar­ché de Cor­beil par un groupe d’habi­tants qui ache­taient des pata­tes et des carot­tes. Si Bruno Piriou le sou­tient sans l’avoir signé, c’est qu’il n’est pas étran­ger à son lan­ce­ment.

Même si beau­coup de ceux qui par­ti­ci­pent à cette ini­tia­tive ne le pen­sent pas ainsi, l’appel du prin­temps de Cor­beil-Esson­nes est un appel lancé par quel­ques com­mu­nis­tes et quel­ques citoyens sans l’accord du Parti Com­mu­niste, pour créer un fait accom­pli et pour entraî­ner dans un com­bat interne des per­son­nes sin­cè­res qui sont là pour autre chose. C’est donc un pro­blème qui con­cerne d’abord mes cama­ra­des com­mu­nis­tes mais il con­cerne aussi tous les habi­tants qui sou­hai­tent le chan­ge­ment et qui pour­raient en pâtir.

La stra­té­gie du Parti Socia­liste et de Car­los Da Silva.

Ce fut la mienne pen­dant assez long­temps. Elle con­siste à ras­sem­bler le Front de Gau­che et le Parti Socia­liste dès le pre­mier tour sur une liste com­mune.

J’ai changé d’avis il y a quel­ques mois en esti­mant que cette stra­té­gie deve­nait irréa­liste pour plu­sieurs rai­sons.

D’abord car il nous faut tenir compte de l’évo­lu­tion natio­nale des for­ces poli­ti­ques. Le Front de Gau­che ne par­ti­cipe pas à la majo­rité qui gou­verne la France et la poli­ti­que qu’elle mène a généré depuis un an une immense décep­tion chez ceux qui souf­frent le plus de la crise. Il est donc beau­coup plus dif­fi­cile aujourd’hui de par­tir main dans la main avec ceux que l’on com­bat à juste titre au niveau natio­nal.

Ensuite parce que le Parti de Gau­che a annoncé qu’il avait décidé d’une « stra­té­gie d’auto­no­mie ras­sem­bleuse et con­qué­rante » dans 60 vil­les ce qui signi­fie qu’il exclut, actuel­le­ment, un accord de pre­mier tour avec le PS.

Enfin parce que je tiens compte de ce que me disent les mili­tants que je ren­con­tre. Beau­coup ne sont pas prêts à voter pour ceux qui sou­tien­nent un Pré­si­dent de la Répu­bli­que qui mène une mau­vaise poli­ti­que et encore moins pour le député qui est, pour eux, l’un des repré­sen­tants de la droite du Parti Socia­liste.

La stra­té­gie de l’appel « Pour cons­truire ensem­ble Cor­beil-Esson­nes : ville soli­daire et citoyenne »

Cet appel émane d’une cin­quan­taine d’habi­tants. Si je l’ai signé c’est qu’il veut amor­cer le ras­sem­ble­ment à par­tir de valeurs et d’idées qui lui don­nent de sérieux atouts pour réus­sir. Il pro­pose de cons­truire un pro­gramme et une équipe autour des valeurs de citoyen­neté et de par­tage. Il a été signé par des com­mu­nis­tes (dont les res­pon­sa­bles de la sec­tion de Cor­beil-Esson­nes), des adhé­rents du Parti de gau­che (dont les res­pon­sa­bles de son Comité local) et par des mili­tants non encar­tés comme Gael Bla­chère, Daniel Ali­bert, Nicole Méresse et Claude Com­bris­son.

Je le dis ici avec gra­vité, la pour­suite pen­dant des mois d’une com­pé­ti­tion entre les par­ti­sans de l’appel que j’ai signé et ceux du « Prin­temps » satis­fe­rait peut-être quel­ques egos mais nous ferait très pro­ba­ble­ment échouer. Je suis décidé à tout faire pour l’évi­ter.

De la même façon, pas­ser l’essen­tiel de la cam­pa­gne à affron­ter le Parti Socia­liste ren­drait incom­pré­hen­si­ble un accord au second tour et peu cré­di­ble notre volonté de gérer ensem­ble notre ville.

La stra­té­gie d’un accord de pre­mier tour parais­sant actuel­le­ment hors d’atteinte, il me sem­ble que le seule stra­té­gie rai­son­na­ble est de faire en sorte que deux lis­tes s’affron­tent au pre­mier tour, l’une de la social-démo­cra­tie, l’autre sou­te­nue par le Front de Gau­che. Je sou­tiens l’idée d’une négo­cia­tion préa­la­ble per­met­tant d’annon­cer sans dis­cus­sion le ras­sem­ble­ment du deuxième tour au soir du pre­mier.

J’ajoute qu’un accord devrait inter­ve­nir pour que la cam­pa­gne du pre­mier tour se déroule dans des con­di­tions qui n’ôte­raient pas son sens au ras­sem­ble­ment du second.

Quels hom­mes et fem­mes ?


La poli­ti­que, ce sont d’abord pour moi, des valeurs, des idées, des ana­ly­ses, des pro­gram­mes… mais la poli­ti­que s’incarne, sur­tout loca­le­ment, en des hom­mes et des fem­mes. On en parle en privé. Per­met­tez-moi d’abor­der ici ces ques­tions.

Le choix de la tête de liste pour les pro­chai­nes muni­ci­pa­les peut être traité plus tard mais cette ques­tion se pose dès main­te­nant et influe de manière impor­tante, par­fois déci­sive, sur les débats actuels.

Elle doit être réso­lue démo­cra­ti­que­ment, par la réflexion et le débat et cha­cun peut s’expri­mer.

Bruno Piriou a réussi pen­dant plu­sieurs années à ras­sem­bler dans notre ville tou­tes les for­ces qui se recon­nais­sent aujourd’hui dans le Front de Gau­che et bien au-delà.

J’ai sou­vent exprimé des diver­gen­ces avec lui tout en recon­nais­sant la sin­cé­rité de son enga­ge­ment et la qua­lité de son tra­vail. J’ai beau­coup milité avec lui et j’ai pré­sidé la Vil­len­sem­ble. J’avoue quel­que éton­ne­ment quand je vois aujourd’hui parmi ses plus ardents détrac­teurs cer­tains ou cer­tai­nes qui furent jadis et même naguère parmi ses thu­ri­fé­rai­res ena­mou­rés.

Il n’en reste pas moins vrai, que ce soit juste ou pas, que le temps a passé et que l’image publi­que de notre cama­rade s’est modi­fiée. Si cer­tains voient tou­jours en lui et peut être même plus encore aujourd’hui un lea­der natu­rel, beau­coup d’autres ne croient plus en sa capa­cité de ras­sem­bler pour gagner.

Il faut avoir le cou­rage de le dire et d’en tirer les con­sé­quen­ces sans oublier ce que fut sa con­tri­bu­tion à notre com­bat et sans renon­cer à ce que sa réflexion pourra encore nous appor­ter. Au demeu­rant, il appar­tient au Parti Com­mu­niste de cla­ri­fier, et le plus tôt sera le mieux, la place qu’il entend lui faire jouer dans les mois qui vien­nent.

La liste des fonc­tions qu’occu­pent Car­los Da Silva ins­pire éton­ne­ment et res­pect même à ceux qui, comme moi, exer­cè­rent jeune des res­pon­sa­bi­li­tés poli­ti­ques et asso­cia­ti­ves. Député, Vice-pré­si­dent du Con­seil Géné­ral, Pre­mier secré­taire fédé­ral du PS, Secré­taire Natio­nal de son parti, j’en oublie sans doute…

Atta­ché au non cumul des man­dats, je pense que notre cama­rade devra faire des choix et nous dire quel rôle il entend jouer à Cor­beil-Esson­nes mais il sera, en tout état de cause, l’un des pre­miers ani­ma­teurs poli­ti­ques de la période qui s’ouvre, comme l’a déjà mon­tré l’appel qu’il vient de publier.

Le cas de Michel Nouaille est dif­fé­rent. Michel n’a pas choisi la car­rière poli­ti­que mais l’ombre riche et utile du mili­tan­tisme. Comme moi, il ne s’est pas battu pour avoir des pos­tes et pour occu­per le devant de la scène. Il n’en est que mieux placé à mon sens pour mener le com­bat qui s’annonce. Il lui appar­tient de se pro­non­cer. J’ai déjà dit ici qu’il avait mon sou­tien et mon ami­tié.

Reste que c’est une équipe qu’il s’agit de cons­ti­tuer. Ne soyons pas défai­tis­tes ou trop modes­tes. Beau­coup de mili­tants qui se sont fait con­naî­tre ces der­niè­res années peu­vent appor­ter leur expé­rience et leurs com­pé­ten­ces, tant dans la cam­pa­gne que s’ils le sou­hai­tent sur la liste qu’il fau­dra cons­ti­tuer. Ils seront rejoints, par tous ceux que nous ne con­nais­sons pas encore et qui vien­dront pren­dre leur place dans le com­bat pour la res­tau­ra­tion de la démo­cra­tie locale et la jus­tice sociale que nous allons gagner grâce à notre tra­vail et sur­tout grâce à eux.

Que faire tout de suite ?

Unir le Front de gau­che.

Les rap­ports entre le Parti de Gau­che et le Parti com­mu­niste ne peu­vent res­sem­bler à un fleuve tran­quille mais la volonté de réus­sir ensem­ble est réelle. Rien d’inquié­tant donc.

Reste le pro­blème de la divi­sion entre le Front de Gau­che « offi­ciel » et le « Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes ». Cette divi­sion nous mènera à la défaite si elle per­dure même si elle ne con­duit pas à deux lis­tes (ce qui n’est mal­heu­reu­se­ment pas exclu).

Il appar­tient au Parti Com­mu­niste de faire l’essen­tiel du tra­vail de cla­ri­fi­ca­tion. Mais ceux qui par­ti­ci­pent aux réu­nions du « Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes » ont aussi leur res­pon­sa­bi­lité.

Je me per­mets de leur lan­cer ici un appel. Nous vou­lons faire gagner la gau­che, nous vou­lons met­tre fin au sys­tème Das­sault. Ne res­tons pas sépa­rés pour de mau­vai­ses rai­sons. Osons nous retrou­ver ensem­ble sans con­di­tion dans l’inté­rêt des habi­tants de notre ville !

Dis­cu­ter avec les sociaux-démo­cra­tes.

Nous savons que la dis­cus­sion avec nos cama­ra­des socia­lis­tes sera néces­saire. Sachons dépas­ser les pro­blè­mes de sus­cep­ti­bi­li­tés ou de per­son­nes. Ouvrons immé­dia­te­ment des dis­cus­sions pour réus­sir ensem­ble.

Bâtir notre pro­gramme avec la popu­la­tion.

Il faut aban­don­ner sans espoir de retour l’idée d’un pro­gramme négo­cié entre par­tis et imposé par les orga­ni­sa­tions poli­ti­ques.

Ouvrons le dia­lo­gue avec la popu­la­tion, sachons faire preuve d’humi­lité et écou­tons ce que les cor­beil-esson­nois ont à nous dire et à nous pro­po­ser.

Cer­tains cama­ra­des s’inquiè­tent de cette méthode, ils ont tort !

Quelle serait la vali­dité de pro­po­si­tions qui seraient reje­tées par ceux-la même qui veu­lent tra­vailler avec nous ? Les par­tis poli­ti­ques sont d’irrem­pla­ça­bles intel­lec­tuels col­lec­tifs mais ils ne doi­vent pas être des intel­lec­tuels hégé­mo­ni­ques.

C - Con­clu­sion



Ce qui m’a frappé le plus ces der­niè­res semai­nes, c’est l’atten­tisme de cer­tains cama­ra­des. Parce que la situa­tion est dif­fi­cile, qu’ils sont déçus par le social-démo­crate qui règne à l’Ely­sée, ils hési­tent à s’enga­ger plei­ne­ment dans la bataille et ce fai­sant, ils affai­blis­sent la gau­che.

Bref, pour gagner, il faut le vou­loir.

Je le veux.

Syl­vain Renard, le 13 mai 2013.