Front de Gau­che

Cette cam­pa­gne sera sans aucun doute une de cel­les qui m’aura apporté le plus de satis­fac­tion (après celle de 1981…). Si j’ai adhéré au Parti de Gau­che dès sa créa­tion avec espoir, je n’étais pas du tout sûr que nous par­vien­drions si vite à acqué­rir le sta­tut qui est le nôtre aujourd’hui.

Quel que soit le score que nous ferons au pre­mier tour de scru­tin -et il est encore temps de se mobi­li­ser pour qu’il soit le meilleur pos­si­ble- la cam­pa­gne du Front de Gau­che est indis­cu­ta­ble­ment un suc­cès. Non seu­le­ment en rai­son de notre pro­gres­sion dans les son­da­ges mais aussi et peut-être sur­toutà cause de ce que nous cons­ta­tons sur le ter­rain.

Alors que la vraie gau­che n’atten­dait pas grand chose de cette élec­tion, que la crise sem­blait annon­cer un com­bat entre la droite sar­ko­zyste et la social-démo­cra­tie hol­lan­daise, le Front de gau­che a su faire bou­ger les lignes en redon­nant dyna­mi­que et espoir à ceux qui n’accep­tent pas de se sou­met­tre à l’ordre éco­no­mi­que du monde.

Je per­çois les limi­tes et la fra­gi­lité de ce qui se passe actuel­le­ment.

La crise pro­vo­que la peur et elle a natu­rel­le­ment pour effet d’inci­ter au repli sur soi. Beau­coup de nos élec­teurs sont encore hési­tants. Le ras­sem­ble­ment du Front de Gau­che est encore récent. Il n’est pas aisé de faire tra­vailler ensem­ble des mili­tants de tra­di­tions dif­fé­ren­tes mais la mobi­li­sa­tion actuelle mon­tre que ce n’est pas impos­si­ble.

A Cor­beil-Esson­nes par exem­ple, j’ai la satis­fac­tion de voir tra­vailler ensem­ble et effi­ca­ce­ment mes cama­ra­des du Parti Com­mu­niste, du Parti de Gau­che et beau­coup de citoyens qui nous rejoi­gnent sans avoir tou­jours l’expé­rience du mili­tan­tisme.

Comme le disais hier au soir Jean-Luc Mélen­chon à la télé­vi­sion, rien ne sera comme avant après cette cam­pa­gne. L’espoir qui s’est levé ne s’étein­dra pas après les élec­tions.

Il fau­dra bien sûr con­ti­nuer à cons­truire le ras­sem­ble­ment de ceux de gau­che qui refu­sent la social-démo­cra­tie. Nous en repar­le­rons.

Les verts et l’éco­lo­gie

Deux erreurs sont à évi­ter quand on ana­lyse la cam­pa­gne d’Eva Joly et de EELV.

La pre­mière serait de ne pas voir la dyna­mi­que d’échec impul­sée avec effi­ca­cité par les mili­tants de EELV. Qu’il s’agisse du choix de la can­di­date (sans doute le plus mau­vais pos­si­ble), du man­que de soli­da­rité des res­pon­sa­bles (Hulot, Cohn-Ben­dit,…), de l’image lamen­ta­ble qu’a donné la négo­cia­tion d’un accord élec­to­ral avec le PS (prio­rité don­née aux siè­ges et non au pro­gramme,…) EELV a fait tout ce qu’il fal­lait pour faire échouer sa can­di­date et il est en train d’y par­ve­nir.

La deuxième erreur serait de mesu­rer l’inté­rêt des fran­çais pour l’éco­lo­gie au score que j’espère le plus fai­ble pos­si­ble d’EELV. Je pense au con­traire que les thè­mes éco­lo­gis­tes sont de plus en plus pris en compte par la popu­la­tion et j’en suis très heu­reux.

Cer­tains se sont gaus­sés du con­cept de Pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gi­que que le Front de gau­che a mis en avant. C’est en mécon­naî­tre l’impor­tance et l’uti­lité.

L’impor­tance car ce con­cept met en avant une nou­velle forme d’anti­ca­pi­ta­lisme qui sans négli­ger la jus­tice sociale met en avant un autre mode de crois­sance.

« Nous ne disons pas que nous allons répar­tir les fruits de la crois­sance ! La social-démo­cra­tie est orga­ni­que­ment liée au pro­duc­ti­visme, quand elle dit ça, puisqu’elle déclare qu’il n’y a de pro­grès social que dans le cadre du pro­duc­ti­visme. Nous, on pense exac­te­ment l’inverse, on pense qu’il n’y a de pro­grès éco­no­mi­que que s’il y a du pro­grès humain et du pro­grès social. » (Jean-Luc Mélen­chon, entre­tien au site Repor­terre).

L’éco­lo­gie poli­ti­que ne doit donc pas être con­çue comme iso­lant les éco­lo­gis­tes et prin­cipe de ras­sem­ble­ment par­ti­daire mais bien comme le nou­veau para­digme orga­ni­sa­teur de la gau­che.

Ce con­cept est éga­le­ment utile car il per­met d’enga­ger le débat avec ceux qui souf­frent le plus de la crise et en par­ti­cu­lier avec les syn­di­ca­lis­tes enga­gés dans des lut­tes pour l’emploi. Ils sont de plus en plus nom­breux, ceux qui accep­tent de par­ler de pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gi­que quand il s’agit de con­ce­voir des recon­ver­sions de sites ou de nou­vel­les façons de pro­duire.

Il faut souf­frir de la même cécité poli­ti­que que l’euro-député vert Yan­nick Jadot pour com­pa­rer la pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gi­que au Gos­plan sovié­ti­que ou que le Pré­si­dent du comité de cam­pa­gne d’Eva Joly Jean-Vin­cent Placé pour y voir une défense des “métho­des et de l’indus­trie du passé”.

Thè­mes oubliés

Le con­tenu de cette cam­pa­gne m’a assez déçu car son con­tenu m’a paru sou­vent assez fai­ble. Plu­sieurs thè­mes ont été qua­si­ment oubliés.

Je vou­drais aujourd’hui évo­quer la Jus­tice et la poli­ti­que péni­ten­tiaire. On se rap­pelle de la forte mobi­li­sa­tion qui s’était déve­lop­pée lors de la réforme des tri­bu­naux menée par Rachida Dati. Tout n’était pas mau­vais dans cette réforme mais la méthode, refu­sant toute forme de con­cer­ta­tion sérieuse était scan­da­leuse. On se serait attendu à ce que Fran­çois Hol­lande s’engage sur des cor­rec­tifs signi­fi­ca­tifs. Nous n’avons rien vu.

Quant aux pri­sons, per­sonne ne dit rien alors que des réfor­mes sont ici urgen­tes. Il en va aussi bien de la sécu­rité de nos con­ci­toyens et de la lutte con­tre la délin­quance et la cri­mi­na­lité que du sim­ple res­pect des droits de l’homme. Sur­po­pu­la­tion car­cé­rale, aide déri­soire à la réin­ser­tion, tra­vail rare et très mal payé,… Les pri­sons fran­çai­ses sont la honte de la Répu­bli­que.

Il a fallu que Pierre Bot­ton vienne dans l’émis­sion de Lau­rent Ruquier samedi soir pour que la pri­son soit évo­quée dans la cam­pa­gne. A croire qu’il n’y a que d’anciens cri­mi­nels ou d’anciens délin­quants comme Pierre Bot­ton ou Fran­çois Kor­ber pour par­ler de la pri­son.

Je veux redire ici quel­ques exi­gen­ces sim­ples :

- La jus­tice ne dis­pose pas des moyens néces­sai­res pour exer­cer sa tâche. L’aug­men­ta­tion du bud­get de la Jus­tice est néces­saire.

Au ris­que de faire hur­ler, je veux dire que les pos­tes pro­mis par Fran­çois Hol­lande à l’Edu­ca­tion Natio­nale ne chan­ge­ront pra­ti­que­ment rien aux con­di­tions de tra­vail des ensei­gnants (compte tenu de la taille de notre sys­tème édu­ca­tif) alors qu’ils per­met­traient d’amé­lio­rer de manière signi­fi­ca­tive nos sys­tè­mes judi­ciaire et péni­ten­tiaire.

- Tou­tes les pei­nes pro­non­cées doi­vent être exé­cu­tées. Ce n’est pas le cas actuel­le­ment.

- L’admi­nis­tra­tion péni­ten­tiaire doit être réfor­mée pour ces­ser d’être un Etat dans L’Etat. Des chan­ge­ments de per­son­nes sont à cet égard indis­pen­sa­bles.

- Il est urgent de cons­truire et de doter des moyens néces­sai­res à leur fonc­tion­ne­ment des dizai­nes de cen­tre fer­més pour mineurs, non pour enfer­mer plus de mineurs mais pour évi­ter à la plu­part d’entre eux de se retrou­ver en pri­son. Res­pec­ter la prio­rité à l’édu­ca­tion qui est le prin­cipe de base de la Jus­tice des mineurs c’est agir en évi­tant autant que pos­si­ble la pri­son.

- La pri­son est utile et ceux qui en con­tes­tent le prin­cipe con­for­tent ceux qui la con­çoive comme un lieu de relé­ga­tion où l’on apprend plus la délin­quance qu’à rede­ve­nir hon­nête.

Elle doit être dans la quasi tota­lité des cas un lieu où tout est fait pour trans­for­mer les déte­nus et pré­pa­rer leur réin­ser­tion. Met­tre en place une véri­ta­ble aide à la réin­ser­tion, ce n’est pas d’abord aider des délin­quants, c’est avant tout lut­ter con­tre la réci­dive et donc pour la sécu­rité.

Le Pré­si­dent sor­tant a beau­coup parlé de sécu­rité et il a échoué. J’espère que celui qui lui suc­cé­dera com­pren­dra que ce n’est pas en super­po­sant des lois de plus en plus répres­si­ves qu’on amé­lio­rera la sécu­rité des fran­çais. Point n’est besoin dans ce domaine de beau­coup d’huma­nité (encore que ça ne nuise pas !), un peu de prag­ma­tisme suf­fi­rait à met­tre en oeu­vre une autre poli­ti­que.