Le scan­dale du vote “utile”

Je regarde les son­da­ges avec beau­coup de pru­dence mais quel­ques ensei­gne­ments sem­blent quand même pou­voir être tirés des nom­breu­ses enquê­tes qui ont été effec­tuées ces der­niè­res semai­nes.

Le rejet de Nico­las Sar­kozy est clair même si rien n’est joué. L’avance de Fran­çois Hol­lande sur le can­di­dat de la droite au pre­mier comme au second tour appa­raît clai­re­ment. Fran­çois Bay­rou n’a pas réussi de per­cée déter­mi­nante. Jean-Luc Mélen­chon pro­gresse et je crois pro­ba­ble que le Front de gau­che dépasse les 10 %. Dans ces cir­cons­tan­ces, et alors que le nom­bre de can­di­dats de “gau­che”, qui était plus réduit que d’habi­tude, vient encore de se réduire avec le renon­ce­ment de Jean-Pierre Che­vè­ne­ment, l’appel au vote “utile” à gau­che en faveur de Fran­çois Hol­lande m’appa­raît sans aucune jus­ti­fi­ca­tion pos­si­ble et par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux.

Dans la situa­tion actuelle, la pré­sence de Sar­kozy et Marie Le Pen au second tour paraît très impro­ba­ble et les appels au vote utile comme j’en ai ren­con­trés sur Face­book ont clai­re­ment deux effets : empê­cher le débat entre le Front de gau­che et Fran­çois Hol­lande et donc pro­mou­voir la social-démo­cra­tie, ne don­ner à tant et tant de fran­çais qui souf­frent de la crise et aspi­rent à de vrais chan­ge­ments aucune pos­si­bi­lité de s’expri­mer démo­cra­ti­que­ment. Le fan­tasme du 21 avril joue en fait con­tre la démo­cra­tie.

Il est grave de con­fon­dre les deux tours de scru­tin et de ten­ter d’empê­cher le débat démo­cra­ti­que. La colère de ceux qui subis­sent la crise s’expri­mera de tou­tes façons et mieux vaut que ce soit dans les urnes. Au demeu­rant, appré­cier l’inté­rêt d’un vote “utile” ne devrait de tou­tes façons ne se faire que juste avant le pre­mier tour et rame­ner le débat à un anti-sako­zisme pri­maire, c’est en fait se con­dam­ner à une oppo­si­tion per­pé­tuelle entre la droite et le PS qui aura de moins en moins de sens. C’est renon­cer à un vrai chan­ge­ment et ne pas met­tre en cause un sys­tème éco­no­mi­que qui a fait tant de mal.

Le renon­ce­ment de Jean-Pierre Che­vè­ne­ment

Bien entendu, la can­di­da­ture de Che­vè­ne­ment n’avait plus aucun sens, à sup­po­ser qu’elle en ait jamais eu un, et il a pris la bonne déci­sion en se reti­rant mais je ne cache pas ma tris­tesse devant l’atti­tude qui est la sienne depuis quel­ques années.

Pour avoir été pen­dant long­temps un mili­tant (et même un per­ma­nent) du CERES dont il était le lea­der, j’ai bien connu Jean-Pierre et je lui garde res­pect et estime. Je regrette d’autant plus son achar­ne­ment à pour­sui­vre sans troupe un com­bat ambigu. Les quel­ques élus qui se récla­ment de lui ne méri­tent pas le nau­frage que repré­sente pour moi son action actuelle. J’espère encore qu’il saura reve­nir à la réa­lité du com­bat poli­ti­que…

La Marine

Le dan­ger du Front Natio­nal reste pré­sent même si le score de Marine Le Pen ne sem­ble pas gran­dir. L’enjeu est de savoir s’adres­ser à ceux que la crise a débous­so­lés, qui ne croient plus en la poli­ti­que, qui cher­chent déses­pé­ré­ment autre chose… Jean-Luc Mélen­chon est le seul dans cette élec­tion à pou­voir leur par­ler et à être com­pris. Je le vois s’y con­sa­crer avec intel­li­gence et cou­rage. Je crois qu’il com­mence à y réus­sir. Notre devoir est de l’aider.

La TVA anti­so­ciale

Je vais reve­nir dans un arti­cle spé­ci­fi­que sur la TVA “sociale” que Nico­las Sar­kozy veut met­tre en oeu­vre. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une aug­men­ta­tion de la TVA qui frap­pera évi­dem­ment tous les con­som­ma­teurs. Mais cette aug­men­ta­tion séduit ou a séduit tant de nos poli­ti­ques, de Sar­kozy à Bay­rou en pas­sant (si j’ose dire) par Manuel Valls qu’il faut y reve­nir avec pré­ci­sion et sérieux.