Pour tous les uti­li­sa­teurs de Pho­to­shop et sur­tout pour ceux qui comme moi l’ont beau­coup uti­lisé et ensei­gné, il y a un peu d’émo­tion et de nos­tal­gie à reve­nir sur l’his­toire de ce logi­ciel comme cet anni­ver­saire nous y invite.

Ce sont les frè­res Tho­mas et John Knoll qui eurent l’idée de Pho­to­shop. Pour finan­cer son déve­lop­pe­ment, il s’adres­sè­rent à des socié­tés de la Sili­con Val­ley qui se mon­trè­rent dans l’ensem­ble peu inté­res­sées. C’est Bar­neys­can, une petite entre­prise, qui finança le pro­duit. Quel­ques mois plus tard, alors que le logi­ciel n’était vendu qu’à 200 exem­plai­res sous le nom de Bar­neys­can XP, Adobe com­prit l’impor­tance du pro­duit, acheta sa licence en 1989 et entre­prit de le déve­lop­per.

C’est le 19 février 1990 que la société Adobe lança Pho­to­shop et per­sonne ne pou­vait pré­voir le suc­cès mon­dial qu’allait ren­con­trer ce logi­ciel.

Début 90, c’est un logi­ciel qui ne fonc­tionne que sur Macin­tosh qui est pro­posé au public et bien entendu la plu­part des pro­fes­sion­nels de la pho­to­gra­phie, de la pho­to­gra­vure et de la créa­tion ne com­pren­nent pas ce qui se passe. Quand j’ai com­mencé à tra­vailler sur Macin­tosh en 1987, la plu­part des pho­to­gra­veurs et des impri­meurs que je ren­con­trais pen­saient que le Mac ne ser­vi­rait qu’à des petits tra­vaux; nous étions des ama­teurs qui ne pour­raient jamais trai­ter les ima­ges de manière pro­fes­sion­nelle.

Bien entendu quel­ques per­son­nes (dont en France Domi­ni­que Legrand que j’ai eu la chance de ren­con­trer à cette épo­que) ont pres­senti très tôt le poten­tiel de Pho­to­shop et de l’ordi­na­teur pour le trai­te­ment des ima­ges mais ce n’est que peu à peu que nous avons été pris au sérieux…

Pho­to­shop a beau­coup évo­lué et je ne vous impo­se­rai pas la des­crip­tion des nom­breu­ses fonc­tions qui lui ont été ajou­tées au fil des nom­breu­ses ver­sions. il est devenu un logi­ciel com­plexe qui n’est uti­lisé géné­ra­le­ment que très par­tiel­le­ment par ses uti­li­sa­teurs. Ses domai­nes d’uti­li­sa­tion sont très vas­tes.

Pho­to­shop est l’outil de pré­di­lec­tion des créa­tifs de la publi­cité ou plus géné­ra­le­ment de tous ceux qui ont à com­po­ser des visuels qui assem­blent des tex­tes et des ima­ges. Il est évi­dem­ment uti­lisé par la presse; il n’existe que très peu d’ima­ges publiées qui n’ont pas été pré­pa­rées avec Pho­to­shop (il a rem­placé la pho­to­gra­vure tra­di­tion­nelle) mais il est aussi uti­lisé par des méde­cins, des ingé­nieurs ou des archi­tec­tes,

Envi­ron 10 mil­lions de per­son­nes uti­li­sent aujourd’hui Pho­to­shop dans le monde.

Son uti­li­sa­tion a aussi donné lieu à des abus et pose des pro­blè­mes. Passe encore qu’il ait été uti­lisé pour sup­pri­mer les bour­re­lets dis­gra­cieux d’un ancien avo­cat qui aime une chan­teuse ou pour enle­ver une petite bague à une brune qui aime les frin­gues mais le fait qu’on puisse modi­fier des pho­tos à la per­fec­tion impose une déon­to­lo­gie d’uti­li­sa­tion et doit nous inci­ter tous à une cer­taine vigi­lance. Je revien­drai sans doute sur ces ques­tions.

Reste que Pho­to­shop est un outil pas­sion­nant et une grande réus­site tech­ni­que qui a bou­le­versé les habi­tu­des de nom­breux pro­fes­sion­nels et modi­fié les pro­ces­sus de fabri­ca­tion dans l’impri­me­rie, l’édi­tion et la créa­tion publi­ci­taire.

Il reste un der­nier point qui n’est que rare­ment évo­qué, c’est l’aspect finan­cier et com­mer­cial. Il était bien nor­mal que Pho­to­shop rap­porte de l’argent à ses inven­teurs mais il est devenu au fil des années une rente de situa­tion pour la société Adobe. La sor­tie des nou­vel­les ver­sions a plus obéi à des impé­ra­tifs de mar­ke­ting et de pro­fit qu’aux résul­tats du tra­vail des déve­lop­peurs. Il y a belle lurette que nous ne payons plus guère le déve­lop­pe­ment des mises à jour, mais sur­tout un appa­reil com­mer­cial mon­dial et les pro­fits d’une grande entre­prise…

Pho­to­shop sera-t-il rem­placé dans le futur ou au moins con­cur­rencé par un logi­ciel libre (c’est à dire au code publié et gra­tuit ou pres­que) ? Ce n’est plus une hypo­thèse far­fe­lue depuis l’exis­tence du logi­ciel The Gimp qui s’amé­liore peu à peu, suf­fi­sam­ment en tous cas pour qu’il per­mette d’accom­plir les tâches cou­ran­tes de mani­pu­la­tion d’ima­ges qu’exi­gent la fabri­ca­tion de beau­coup de sites web.

Nous abor­dons ici une autre his­toire, celle des logi­ciels libres que je vous con­te­rai un jour. Lais­sez moi aujourd’hui me retour­ner avec un peu de nos­tal­gie sur ces 20 der­niè­res années que j’ai pas­sées avec Pho­to­shop…


Si tout va bien, vous devriez voir ci-des­sous une video d’excel­lente qua­lité réa­li­sée par Adobe. Vous y ver­rez les frè­res Knoll et ceux qui accom­pa­gnè­rent la nais­sance de Pho­to­shop. Cette vidéo peut être regar­dée en mode plein écran (cli­quez sur le bou­ton qui se trouve en bas à droite de la zone de vidéo. Cli­quez sur la tou­che “échap­pe­ment” de votre ordi­na­teur pour sor­tir du mode plein écran.