Invité par le con­seiller géné­ral de mon can­ton à qui j’étais venu pré­sen­ter l’Uni­ver­sité Popu­laire Seine-Essonne, j’ai trouvé natu­rel de répon­dre à son invi­ta­tion. Si j’ai com­mencé ce billet sur le mode iro­ni­que et mytho­lo­gi­que, c’est que je sais ce que cette démar­che peut avoir d’éton­nant (et de scan­da­leux) pour cer­tains tant les rap­ports entre for­ces poli­ti­ques sont cris­pés dans notre ville.

Adhé­rent du Parti de Gau­che et défen­dant mes idées avec cons­tance, je ne me suis jamais rési­gné à con­fon­dre poli­ti­que et guerre civile. J’ajoute qu’on ne peut mener une action cul­tu­relle utile à cel­les et ceux qui souf­frent le plus des iné­ga­li­tés socia­les qu’en par­lant à tous. Cela n’impli­que évi­de­ment aucun chan­ge­ment de mes posi­tions poli­ti­ques per­son­nel­les.

Que rete­nir de cette soi­rée ? D’abord sa réus­site. Il y avait du monde comme vous le cons­ta­te­rez sue les pho­tos ci-des­sous et une atmo­sphère sym­pa­thi­que et cha­leu­reuse.

Sur le plan poli­ti­que, nous avons entendu 3 inter­ven­tions de très bonne fac­ture de Car­los da Silva, Manuel Valls et Hatouma Dou­couré. Je ne pré­tends pas ren­dre compte de l’inté­gra­lité de ces dis­cours mais indi­quer les quel­ques points qui me res­tent en mémoire.

L’inter­ven­tion de Car­los da Silva

J’ai retenu que Car­los Da Silva s’inquié­tait, à juste titre, des dan­gers de la réforme des col­lec­ti­vi­tés loca­les ini­tiée par le Pré­si­dent Sar­kozy. A Cor­beil-Esson­nes, Car­los cons­tata que Jean-Pierre Bech­ter a rem­placé Serge Das­sault mais que les poli­ti­ques sont les mêmes. Il y avait des pra­ti­ques finan­ciè­res into­lé­ra­bles, c’est main­te­nant le mécé­nat qui se déve­loppe en ne res­pec­tant pas la laï­cité. Sur Altis, il con­si­déra que rien n’était clair et que c’était encore Serge Das­sault qui don­nait de l’argent via ses socié­tés.

Reve­nant sur les der­niè­res élec­tions muni­ci­pa­les, Car­los Da Silva affirma que ce qu’il incar­nait avait de l’ave­nir. “Avec tous ceux qui nous rejoi­gnent, nous por­tons l’ave­nir de cette ville” ajouta-t-il avant de par­ler de l’espoir qu’incarne selon lui Hatouma Dou­couré. Elle figure sur la liste socia­liste des régio­na­les.

L’inter­ven­tion de Manuel Valls

J’ai retenu de Manuel Valls l’éloge aussi vibrant qu’attendu de Car­los da Silva. Il évo­qua ensuite le pro­ces­sus d’adhé­sion en cours de Vil­labé à la com­mu­nauté d’agglo­mé­ra­tion d’Evry cen­tre Essonne. Il se féli­cita de cette adhé­sion et regretta que Cor­beil-Esson­nes ne suive pas le même che­min esti­mant que les élus de droite et du PC “regar­dent dans le rétro­vi­seur”. Il évo­qua le cou­ple Das­sault-Bech­ter essayant de dis­sua­der les élus de Vil­labe de rejoin­dre la Com­mu­nauté d’agglo­mé­ra­tion Evry Cen­tre essonne; un cou­ple qu’il dési­gna d’une méta­phore : la belette et le renard (je n’y suis pour­tant pour rien…). Il jugea l’atti­tude du cou­ple Das­sault-Bech­ter indi­gne de la Répu­bli­que.

Affir­mant que l’aspi­ra­tion à l’éga­lité est forte dans notre ville, il affirma qu’on ne peut pas ache­ter l’ave­nir d’une ville.

Evo­quant les pro­blè­mes natio­naux, Manuel con­damna la réduc­tion de la TVA sur la res­tau­ra­tion qui à coûté 3 mil­liards d’euros sans créer d’emplois. il con­damna éga­le­ment le débat sur l’iden­tité natio­nale (tout ça pour ça…).

Deux grands pro­blè­mes furent ensuite évo­qués.

Sur les retrai­tes, notre député ne sou­haite pas s’en tenir à l’âge légal ou à la durée de coti­sa­tion. Il faut selon lui com­men­cer à trai­ter des iné­ga­li­tés. Le taux d’emploi des seniors doit être aug­menté et la péni­bi­lité au tra­vail doit être prise en compte. Il faut une retraite à la carte et ne pas s’atta­cher à des dog­mes. Il faut trou­ver d’autres sour­ces de finan­ce­ment.

Sur l’école Manuel Valls rap­pela que l’exi­gence d’éga­lité se heurte à l’échec de l’école. La gau­che est trop silen­cieuse, elle ne peut pas se con­ten­ter de récla­mer des moyens, elle doit faire preuve d’ima­gi­na­tion.

L’objec­tif de la gau­che, est d’offrir un espoir rai­son­na­ble assis sur la réa­lité, dit-il dans sa con­clu­sion.

L’inter­ven­tion d’Hatouma Dou­couré

Hatouma Dou­couré rap­pela son par­cours, en par­ti­cu­lier son enga­ge­ment asso­cia­tif aux Tar­te­rêts. Elle affirma qu’elle avait fait une “erreur d’orien­ta­tion” en ayant la naï­veté de croire aux pro­mes­ses de Serge Das­sault pen­dant une courte période de son enga­ge­ment poli­ti­que. Son inter­ven­tion, qui m’a paru sin­cère a été appré­ciée de l’assis­tance.

Quel­ques remar­ques

Sans reve­nir sur tous les points évo­qués, je vou­drais faire quel­ques remar­ques per­son­nel­les.

1. J’ai entendu beau­coup d’idées jus­tes dans les inter­ven­tions de cette soi­rée et je m’en réjoui mais elle m’ont sou­vent paru trop géné­ra­les et vagues. Je suis d’accord pour être réa­liste et moderne par exem­ple mais tous dépend du sens que l’on donne à ces mots.

2. Il est com­pré­hen­si­ble que Car­los Da Silva pré­tende por­ter l’ave­nir de notre ville avec ceux qui le sou­tien­nent mais je pense qu’il se trompe. Les deux der­niè­res élec­tions muni­ci­pa­les et l’exa­men du rap­port des for­ces poli­ti­ques mon­trent que la défaite de la droite locale ne peut résul­ter que de l’union des for­ces de gau­che. J’ajoute qu’à mon sens une union de der­nière minute, per­çue comme un sim­ple accord élec­to­ral de cir­cons­tance ne suf­fit pas. Il faut un pro­gramme pré­cis, démo­cra­ti­que­ment éla­boré et dans toute la mesure du pos­si­ble une pra­ti­que com­mune. C’est ce qui m’a amené à pro­po­ser un comité de liai­son de tou­tes les for­ces de gau­che loca­les.

3. Je pense qu’il n’est ni juste, ni utile de met­tre dans le même sac la droite et le PC en ce qui con­cerne les com­mu­nau­tés d’agglo­mé­ra­tion. Ce pro­blème doit faire l’objet d’un débat démo­cra­ti­que, il doit être tran­ché par la popu­la­tion.

En ce qui me con­cerne, j’ai dit depuis long­temps que les com­mu­nau­tés d’agglo­mé­ra­tion doi­vent être basées sur les réa­li­tés géo­gra­phi­ques et éco­no­mi­ques. Il me paraît évi­dent que Cor­beil-Esson­nes et Evry font par­tie du même bas­sin d’emploi, j’estime qu’il est rai­son­na­ble que ces deux vil­les appar­tien­nent à même com­mu­nauté d’agglo­mé­ra­tion. Je pense que cette ques­tion peut ne pas divi­ser la gau­che, pour peu qu’on l’aborde sans parti pris et sans arrière pen­sée poli­ti­cienne.

4. En ce qui con­cerne les retrai­tes, je pense qu’il est dan­ge­reux d’admet­tre la remise en cause de l’âge légal du départ en retraite avant même que les par­te­nai­res sociaux en aient débattu.

5. Je n’ai noté la pré­sence d’aucun cama­rade des Verts dans l’assem­blée alors même qu’ils s’étaient pré­sen­tés avec le PS aux négo­cia­tions pour éta­blir la liste du deuxième tour des der­niè­res muni­ci­pa­les et qu’is sem­blaient pri­vi­lé­gier désor­mais une alliance avec le PS. C’est pour moi une source d’inter­ro­ga­tion.

6. La pré­sence de plu­sieurs per­son­nes du modem, saluées à la tri­bune, m’a paru la mar­que d’un accord réa­lisé ou au moins for­te­ment envi­sagé entre les socia­lis­tes et les cen­tris­tes locaux. Ce n’est guère sur­pre­nant quand on con­naît la posi­tion “mar­gi­nale” de Manuel Valls au sein du PS.

Quel­ques ima­ges de la soi­rée :

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Note (pour mieux com­pren­dre l’intro­duc­tion de ce billet) : Cer­bère (grec ancien : Κέρϐερος/Kér­be­ros), c’est le chien qui dans la mytho­lo­gie grec­que garde l’entrée des enfers. C’est un chien un peu par­ti­cu­lier puisqu’il a plu­sieurs têtes, géné­ra­le­ment trois et une cri­nière de ser­pents. On con­si­dère habi­tuel­le­mentqu’il est le frère l’Hydre de Lerne, du Lion de Némée et de la Chi­mère.

Le Styx est le fleuve qui sépare le monde ter­res­tre des enfers, gardé par Cer­bère.

Héra­clès, l’Her­cule de la mytho­lo­gie romaine, exé­cuta de nom­breux exploits dont les 12 tra­vaux. Pour le dou­zième, il des­cen­dit aux enfers et attrapa Cer­bère par le cou, le ligota et l’amena à Eurys­thée. Il fut relâ­ché peu après et retrouva son rôle de gar­dien des enfers.

Sur l’illus­tra­tion pla­cée en tête du billet, on voit Héra­clès appor­ter Cer­bère à Eurys­thée (remar­quez les trois têtes et les têtes de ser­pent). Sur l’illus­tra­tion ci-des­sous, on vois Héra­clès se sai­sir de Cer­bère.

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La cap­ture de Cer­bère par Héra­clès,
Gra­vure de Hans Sebald Beham tirée des Tra­vaux d’Her­cule, 1545