C’est à la fin du dix-neu­vième siè­cle qu’appa­raît le con­cept d’Uni­ver­sité popu­laire grâce au Danois Grundt­vig.

Pour­quoi le mou­ve­ment se déve­loppe-t-il en France à la fin du dix-neu­vième siè­cle ? Plu­sieurs fac­teurs peu­vent sans doute l’expli­quer.

Il y a d’abord la volonté de con­so­li­der la Répu­bli­que dans une vision pro­gres­siste. Les lois sco­lai­res aux­quel­les Jules Ferry a laissé son nom ont cons­ti­tué une avan­cée con­si­dé­ra­ble pour l’édu­ca­tion des jeu­nes.

Rap­pe­lons la chro­no­lo­gie des évé­ne­ments :

  • 12 mars 1880 : col­la­tion des gra­des uni­ver­si­tai­res reti­rée à l’ensei­gne­ment privé,
  • 13 juillet 1880: créa­tion de l’École Nor­male supé­rieure de jeu­nes filles de Fon­te­nay,
  • 11 décem­bre 1880 : créa­tion des « éco­les manuel­les publi­ques », pre­miers cen­tres d’appren­tis­sage.
  • 29 mars 1881 : dis­per­sion des con­gré­ga­tions reli­gieu­ses non auto­ri­sées,
  • 26 juin 1881 : gra­tuité de l’ensei­gne­ment pri­maire,
  • 21 décem­bre 1880 : exten­sion aux jeu­nes filles du béné­fice de l’ensei­gne­ment secon­daire d’État (loi Camille Sée créant les col­lè­ges et lycées de jeu­nes filles),
  • 28 mars 1882 : loi rela­tive à l’obli­ga­tion et à la laï­cité de l’ensei­gne­ment,

On com­prend que dans la fou­lée, on ait sou­haité se préoc­cu­per de l’édu­ca­tion des adul­tes et en par­ti­cu­lier des plus pau­vres.

On peut ensuite évo­quer la volonté pré­sente dans le mou­ve­ment ouvrier, dure­ment éprouvé une dizaine d’années plus tôt par la Com­mune de Paris (1871) de cons­ti­tuer une élite ins­truite. « une élite pro­lé­ta­rienne, noyau vivant de la future société » selon la for­mule de George Deherme qui allait être à l’ori­gine de la pre­mière Uni­ver­sité Popu­laire fran­çaise. Cette volonté éman­ci­pa­trice pou­vait d’ailleurs rejoin­dre l’aspi­ra­tion de la bour­geoi­sie avide de paix sociale.

On peut aussi évo­quer l’affaire Drey­fus qui a sans doute con­tri­bué elle aussi à la créa­tion des pre­miè­res Uni­ver­si­tés Popu­lai­res. Le déve­lop­pe­ment de l’anti­sé­mi­tisme et de pré­ju­gés dan­ge­reux inci­taient en effet au déve­lop­pe­ment de l’esprit cri­ti­que et à l’édu­ca­tion du peu­ple.

Quoi qu’il en soit, c’est en 1896 nait la pre­mière uni­ver­sité popu­laire fran­çaise, à l’ini­tia­tive de de Geor­ges Deherme, “La coo­pé­ra­tion des idées”. L’ini­tia­tive est reprise un peu par­tout et l’on compte 124 uni­ver­si­tés popu­lai­res en 1901.

Le mou­ve­ment va ren­con­trer rapi­de­ment de sérieu­ses dif­fi­cul­tés et au début de la grande guerre il ne reste qu’une ving­taine d’uni­ver­si­tés popu­lai­res.

Le mou­ve­ment renaît dans l’entre-deux-guerre mais il est alors plus poli­tisé. Simone Weil, pro­fes­seur agré­gée à Bour­ges, publie en 35 un appel “Pour la créa­tion d’une uni­ver­sité ouvrière” qui sera suivi d’effets en 36.

La deuxième guerre mon­diale bri­sera évi­dem­ment le mou­ve­ment qui renaî­tra dans les années 60.

En 1963 naît à Mul­house l’Uni­ver­sité popu­laire du Rhin sans doute influen­cée par ce qui se fait en Alle­ma­gne avec les Volk­shoch­schu­len (que l’on peut tra­duire par uni­ver­si­tés popu­lai­res). Ces éta­blis­se­ments ont outre-Rhin un rôle impor­tant pour la for­ma­tion des adul­tes et sont finan­cés par les Län­der (régions)

Le mou­ve­ment est aujourd’hui bien vivant et il existe actuel­le­ment une cen­taine d’uni­ver­si­tés popu­lai­res même si les noms et les prin­ci­pes peu­vent varier, cer­tai­nes d’entre elles s’écar­tant net­te­ment du con­cept ini­tial.

L’une des ini­tia­ti­ves qui est la plus con­nue et qui a connu le plus de suc­cès est celle de Michel Onfray à Caen.

Ce doc­teur en phi­lo­so­phie a sou­haité déve­lop­per une ini­tia­tive de démo­cra­ti­sa­tion de la cul­ture en res­pec­tant les prin­ci­pes fon­da­men­taux : gra­tuité, pas d’âge requis, pas de titres ni de niveaux deman­dés, pas d’ins­crip­tion ni d’exa­mens, ni de con­trôle des con­nais­san­ces.

Il existe une asso­cia­tion des uni­ver­si­tés popu­lai­res de France qui fédère les uni­ver­si­tés popu­lai­res de France; elle s’efforce de mutua­li­ser les expé­rien­ces et les ini­tia­ti­ves.