« Ce qui m’inté­resse, ce n’est pas de met­tre au point un cer­veau puis­sant, rien qu’un cer­veau médio­cre, dans le genre de celui du pré­si­dent de l’Ame­ri­can Tele­phone and Tele­graph Com­pany. » Alan Turing

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Un homme doué

Né le 23 juin 1912 à Pad­ding­ton, Alan donne dès son enfance les signes d’une grande intel­li­gence en par­ti­cu­lier dans le domaine des chif­fres et des énig­mes. Il est pour­tant un élève moyen car il répu­gne à tra­vailler dans les matiè­res clas­si­ques, ne s’inté­res­sant qu’aux dis­ci­pli­nes scien­ti­fi­ques. C’est par con­tre un excel­lent spor­tif qui faillit être sélec­tionné pour les jeux olym­pi­ques de 1949.

En 1928, il prend con­nais­sance des tra­vaux d’Albert Ein­stein qu’il com­prend mal­gré son jeune âge. Il par­vient à entrer au King’s Col­lege de l’uni­ver­sité de Cam­bridge dans lequel il étu­die de 1931 à 1934. Il suit des cours de mathé­ma­ti­ques et de logi­que et est élu fel­low du King’s Col­lege en 1935.

En 1936 il publie « On Com­pu­ta­ble Num­bers, with an Appli­ca­tion to the Ent­schei­dung­spro­blem », un arti­cle resté célè­bre dans lequel il répond à une ques­tion posée par le mathé­ma­ti­cien Hil­bert, celle de la déci­sion (Ent­schei­dung) dans les théo­ries axio­ma­ti­ques. Il crée à cette occa­sion le con­cept de “machine uni­ver­selle”, ce que nous appe­lons aujourd’hui une machine de Turing.

De 1937 à 1938, il tra­vaille à l’uni­ver­sité de Prin­ce­ton, sous la direc­tion d’Alonzo Church où il obtient en mai 38 son doc­to­rat. De retour à cam­bridge en 1939, il par­ti­cipe à des cours publics sur les fon­de­ments des mathé­ma­ti­ques.

En octo­bre 38, Turing assiste à la pro­jec­tion de Blan­che Neige et les 7 nains. Il en retient la scène dans laquelle la sor­cière trempe la pomme dans un bouillon empoi­sonné. Il retien­dra aussi le petit air : « Dip the apple in the brew/Let the slee­ping death seep through ».

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la guerre

Pen­dant la seconde guerre mon­diale, Alan Turing est un des acteurs prin­ci­paux des recher­ches menées pour cas­ser les codes secrets de la machine Enigma uti­li­sée par les nazis. Il par­vient à décryp­ter le code qui per­met à l’Ami­rauté du Reich de com­mu­ni­quer avec ses sous-marin. Cette décou­verte sauve pro­ba­ble­ment de nom­breu­ses vies et con­tri­bue au suc­cès des alliés. Chur­chill recon­naît d’ailleurs l’impor­tance du tra­vail de Turing. En 1942, il rejoint les Etats-Unis pour tra­vailler à cas­ser les codes japo­nais, il y fré­quente claude Shan­non, le fon­da­teur de la Théo­rie de l’infor­ma­tion.

De retour en Angle­terre en 43, il con­çoit une machine à coder la voix et con­tri­bue à diver­ses recher­ches mathé­ma­ti­ques et con­çoit des ver­sions amé­lio­rées de la “Bombe” (voir photo ci-des­sous) qui sert à décryp­ter des mes­sa­ges codés par la machine Enigma. Le tra­vail effec­tué par Turing pour déchif­frer le code Enigma resta secret jusqu’en 1970, ce qui a nui à sa noto­riété.

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L’après-guerre

De 1945 à 1948, il mène des recher­ches sur le cal­cul auto­ma­ti­que (l’infor­ma­ti­que est en train de naî­tre mais le mot n’existe pas encore) et devient en 49 direc­teur délé­gué du labo­ra­toire d’infor­ma­ti­que de l’uni­ver­sité de Man­ches­ter. Il par­ti­cipe à la pro­gram­ma­tion d’un des tout pre­miers ordi­na­teurs de l’his­toire, le Man­ches­ter Mark I que nous évo­quons dans tous nos cours d’his­toire de l’infor­ma­ti­que.

Il con­ti­nue à réflé­chir à des pro­blè­mes fon­da­men­taux, en par­ti­cu­lier sur l’intel­li­gence arti­fi­cielle et con­çoit ce que nous appe­lons le “test de Turing”. En 1951, il devient mem­bre de la de la Royal Society. En 1952, il écrit un pro­gramme de jeu d’échec que les ordi­na­teurs de l’épo­que ne peu­vent encore exé­cu­ter.

A par­tir de 52, Turing se con­sa­cre à d’autres recher­ches et con­çoit un modèle bio­ma­thé­ma­thi­que de mor­pho­gé­nèse. Ces tra­vaux théo­ri­ques seront con­fir­més dans les années 1990 par des expé­rien­ces de chi­mie.

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Le drame

C’est en 52 que sa for­mi­da­ble car­rière se brise. Accusé par la Police d’« indé­cence mani­feste et de per­ver­sion sexuelle », il assume son homo­sexua­lité et est inculpé. Il ne peut uti­li­ser les ser­vi­ces ren­dus pen­dant la guerre pour sa défense car ils sont encore cou­verte par le secret. A son pro­cès il se voit pro­po­ser le choix entre l’incar­cé­ra­tion et une cas­tra­tion chi­mi­que. Il choi­sit la seconde solu­tion. Les effets secon­dai­res de ce trai­te­ment d’un an le trans­forme phy­si­que­ment. Il est écarté de tous les pro­jets scien­ti­fi­ques.

En 1954, à 42 ans, Turing se sou­vient du petit air de Blan­che Neige. il se sui­cide en man­geant une pomme imbi­bée de cya­nure. Vic­time de l’homo­pho­bie, à l’épo­que du mac­car­thysme et de la guerre froide, il a eu le cou­rage de ne pas se renier, ce qui a sans doute joué con­tre lui.

Il aura fallu une péti­tion, lan­cée par l’infor­ma­ti­cien John Gra­ham-Cum­ming, qui a recueilli plus de 30 000 signa­tu­res pour que Gor­don Brown pré­sente ses excu­ses pour le trai­te­ment “effroya­ble” imposé à Alan Turing. Il est vrai que la loi qui fut à l’ori­gine de la con­dam­na­tion d’Alan Turing (qui envoya aussi Oscar Wilde en pri­son) ne fut abro­gée qu’en 1967 en Angle­terre et que l’homo­sexua­lité ne fut dépé­na­li­sée en France que le 4 août 1982;..

Quand la société Apple est née et que son logo s’est répandu : une pomme enta­mée, beau­coup d’infor­ma­ti­ciens y ont vu une allu­sion à Alan Turing et à sa triste his­toire. Les diri­geants d’Apple ont démenti mais quand vous ver­rez ce logo sur un ordi­na­teur, un Ipod ou un Iphone, rien ne vous empê­che d’avoir une pen­sée pour un homme qui mou­rut… en cro­quant une pomme.

(lire la décla­ra­tion de Gor­don Brown sur le site offi­ciel du Pre­mier Minis­tre anglais)

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