Le blog de Sylvain Renard

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Faire bloc

Il est bon que les res­pon­sa­bles poli­ti­ques et les citoyens s’expri­ment quand leur pays en guerre fait face à des atta­ques bar­ba­res. Encore faut-il le faire avec rete­nue, en pesant ses mots et sur­tout en n’essayant pas d’ins­tru­men­ta­li­ser la situa­tion à son pro­fit.

Mal­heu­reu­se­ment, à droite comme à gau­che (suro­tut à droite tout de même) les bas­ses ten­ta­ti­ves de récu­pé­ra­tion n’ont pas man­qué, sur­tout depuis l’atten­tat de Nice.

Il faut d’abord pen­ser aux vic­ti­mes, pen­ser au cha­grin de leurs pro­ches, leur pro­di­guer notre récon­fort et notre soli­da­rité. Cha­cun le fait à sa manière.

Il faut ensuite pen­ser à la France, à notre patrie trop sou­vent décriée, qui a tant à appor­ter au monde avec sa pra­ti­que de la démo­cra­tie, son atta­che­ment aux valeurs répu­bli­cai­nes et aux droits de l’Homme et sa con­cep­tion par­ti­cu­lière et pleine d’ave­nir de la laï­cité.

Et pen­ser à la France, c’est d’abord dire la vérité. Ceux de ma géné­ra­tion ne ver­ront sans doute pas la fin de cette guerre et de nou­veaux atten­tats, qui feront des cen­tai­nes de morts, sont très pro­ba­bles. Les plus jeu­nes en ver­ront peut-être la fin mais il fau­dra beau­coup de temps, de cou­rage et d’efforts.

La vérité, et ce n’est pas du fata­lisme, c’est de dire aussi qu’il n’existe pas de ris­que zéro et que même les dic­ta­tu­res ne savent pas empê­cher les atten­tats. Rasion de plus pour res­ter en démo­cra­tie !

Pen­ser à la France, c’est évi­dem­ment aussi lut­ter. Pour­quoi ne pas dire que dans la lutte con­tre le ter­ro­risme isla­miste, le gou­ver­ne­ment de Manuel Vals a fait, sous l’auto­rité de Fran­çois Hol­lande, ce qu’il fal­lait et qu’il con­ti­nue à le faire ? Parce qu’on n’est pas d’accord avec leur poli­ti­que éco­no­mi­que et sociale ? Ce serait une bien mau­vaise rai­son. Les Fran­çais recon­naî­tront in fine, ceux qui auront tenu le choc avec dignité.

J’ajoute qu’il me paraît évi­dent que la police, la gen­dar­me­rie, l’armée et tous les ser­vi­ces de sécu­rité font avec abné­ga­tion tout ce qu’ils peu­vent pour assu­rer notre sécu­rité. Il faut s’en sou­ve­nir avant de cri­ti­quer sans réflé­chir ou en ayant une idée basse der­rière la tête.

Bien entendu, il ne s’agit pas de se taire. Cha­que atten­tat sus­cite de légi­ti­mes ques­tions et peut per­met­tre d’énon­cer des pro­po­si­tions que le gou­ver­ne­ment doit enten­dre. A deux con­di­tions. Il faut d’abord le faire de manière cons­truc­tive, sans souci polé­mi­que et il faut le faire en res­pec­tant l’état de droit, c’est à dire notre cons­ti­tu­tion et nos prin­ci­pes.

Cer­tes, il faut s’adap­ter. J’approuve plei­ne­ment le main­tien de l’état d’urgence et je regrette que quel­ques dépu­tés ne l’ait pas voté. Son effi­ca­cité n’est pas très impor­tante mais il donne quel­ques moyens sup­plé­men­tai­res aux for­ces de sécu­rité, il les con­forte et il a une valeur sym­bo­li­que. Qui peut réel­le­ment pré­ten­dre qu’on a attenté aux liberté publi­ques alors que des dizai­nes de mani­fes­ta­tions, cul­tu­rel­les et socia­les, ont eu lieu ces der­niers mois ?

Mais il y a une ligne à ne pas fran­chir. On n’enferme pas sur des pré­somp­tions. Il ne peut pas y avoir en France, des pri­son­niers poli­ti­ques et une police de la pen­sée.

Nous avons, en ce début de siè­cle, une classe poli­ti­que pas très brillante et très dis­cré­di­tée. C’est un han­di­cap sérieux dont sont cons­cients nos enne­mis qui cher­chent à nous divi­ser. A cha­que atten­tat il fau­dra s’oppo­ser aux polé­mi­ques nais­san­tes, aux pro­po­si­tions liber­ti­ci­des et à ceux qui croient iné­luc­ta­ble une guerre de civi­li­sa­tion.

Un repor­tage lu dans le Monde sur la situa­tion à Nice m’a mon­tré l’ampleur du dan­ger. Des musul­mans qui n’osent plus sor­tir, des niçois qui leur deman­dent de ren­trer chez eux, un chauf­feur mul­su­man qui ne peut plus con­duire de camion… Il y a bien sûr la médio­crité locale mais tout de même, les dan­gers d’affron­te­ment au sein de notre société sont réels.

Les démo­cra­tes et les répu­bli­cains ont donc devant eux des années dif­fi­ci­les. Les mili­tants poli­ti­ques sont prompts à voir ce qui les oppose entre eux. Dans la situa­tion actuelle, il faut voir ce qui nous ras­sem­ble : les valeurs de la démo­cra­tie, les valeurs de la Répu­bli­que, un art de vivre ouvert sur le monde, une huma­nité qui parle à tous les peu­ples de la terre.

Fran­çois Hol­lande nous a appelé ce soir à “faire bloc”. Il a eu rai­son.

15 novembre 2015 : Paris en deuil

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Les com­men­tai­res atten­dront. Quel­ques ima­ges de Paris en deuil.


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Charlie Hebdo : l'inacceptable

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L’atten­tat qui a détruit les locaux de Char­lie Hebdo cette nuit doit être pris avec sérieux et sang-froid.

Avec sérieux, car toute atta­que con­tre la liberté d’expres­sion doit être réso­lu­ment com­bat­tue.

Aucune reli­gion ne peut impo­ser sa loi dans notre pays et ce qui est vrai pour les musul­mans est vrai pour les catho­li­ques inté­gris­tes qui se sont mani­fes­tés ces jours der­niers d’une manière tout aussi inac­cep­ta­ble à Paris en ten­tant d’inter­dire la repré­sen­ta­tion d’une pièce de théâ­tre.

La notion de blas­phème, rap­pe­lons-le est par­fai­te­ment res­pec­ta­ble, elle a un sens pour les croyants mais n’a aucun sens pour les autres et à for­tiori pour la Répu­bli­que.

Avec sang-froid, car nous devons reje­ter toute exploi­ta­tion de cet évé­ne­ment. Dès ce matin, Moham­med Mous­saoui, pré­si­dent du Con­seil Fran­çais du Culte Musul­man a fer­me­ment con­damné cet atten­tat. On ne doit évi­dem­ment pas con­fon­dre l’action de quel­ques cri­mi­nels into­lé­rants ou fana­ti­ques et la quasi tota­lité des musul­mans qui vivent paci­fi­que­ment leur foi dans le res­pect des lois.