Les der­­niè­­res élec­­tions (pré­­si­­den­­tiel­­les et légis­­la­­ti­­ves) ont cons­­ti­­tué un séisme dans le pay­­sage poli­­ti­­que fran­­çais. Le choc passé, il faut faire un état des lieux et pour agir, recons­­truire.

La vic­­toire d’En Mar­­che, pro­­vient évi­­dem­­ment de l’habi­­leté de son lea­­der, du mili­­tan­­tisme de ses adhé­­rents et de la lente évo­­lu­­tion de la société fran­­çaise vers la droite mais aussi, et à mon sens encore plus, de l’inca­­pa­­cité de la Gau­­che à se ras­­sem­­bler et à pré­­sen­­ter un pro­­jet mobi­­li­­sa­­teur adapté à la période.

A cet égard, le Parti Socia­­liste qui n’avait plus guère comme hori­­zon qu’une ges­­tion plus ou moins réus­­sie du néo libé­­ra­­lisme et la France Insou­­mise inca­­pa­­ble d’accep­­ter un ras­­sem­­ble­­ment des for­­ces de gau­­che et cris­­pée sur un fonc­­tion­­ne­­ment qui refuse la démo­­cra­­tie, por­­tent une lourde res­­pon­­sa­­bi­­lité.

J’ai observé avec atten­­tion l’évo­­lu­­tion des dif­­fé­­ren­­tes orga­­ni­­sa­­tions après la vic­­toire de Macron.

La France Insou­­mise n’a pas reconnu ses erreurs et a eu d’énor­­mes dif­­fi­­cul­­tés à accep­­ter son échec qui était pour­­tant aisé­­ment pré­­vi­­si­­ble. Jean-Luc Mélen­­chon est inca­­pa­­ble de voir la France comme elle est et con­­ti­­nue à se pen­­ser comme le lea­­der uni­­que d’une gau­­che qui va gagner.

Le PS reste englué dans ses débats inter­­nes et pro­­fon­­dé­­ment dis­­cré­­dité non seu­­le­­ment par la ges­­tion de Fran­­çois Hol­­lande mais aussi par l’inca­­pa­­cité qui a été la sienne de se ras­­sem­­bler autour du can­­di­­dat qu’il s’était pour­­tant démo­­cra­­ti­­que­­ment choisi.

Le Parti Com­­mu­­niste a eu une atti­­tude cou­­ra­­geuse, cher­­chant sans relâ­­che à ras­­sem­­bler la Gau­­che et la qua­­lité de ses mili­­tants en fait un par­­te­­naire incon­­tour­­na­­ble de tout ras­­sem­­ble­­ment vic­­to­­rieux à gau­­che mais il ne peut à lui seul, ras­­sem­­bler les élec­­teurs qui ne font pas par­­tie de sa mou­­vance.

La seule nou­­veauté, le seul espoir de renou­­veau est né de la cam­­pa­­gne puis des efforts que Benoît Hamon a accom­­plis et sus­­ci­­tés.

Je ne par­­ta­­geais pas, à vrai dire, tou­­tes les idées que Hamon a défendu pen­­dant sa cam­­pa­­gne mais il faut recon­­naî­­tre que beau­­coup étaient nova­­tri­­ces et qu’elles ont eu un véri­­ta­­ble écho à gau­­che, en par­­ti­­cu­­lier parmi la jeu­­nesse. Je suis heu­­reux de l’avoir sou­­tenu lors de la pri­­maire de la Gau­­che et lors du pre­­mier tour des pré­­si­­den­­tiel­­les.

Ce n’est donc pas seu­­le­­ment « par défaut » mais par con­­vic­­tion que j’ai rejoint le mou­­ve­­ment du 1er juillet (et son comité de la pre­­mière cir­­cons­­crip­­tion de l’Essonne) et que je me suis rendu au Mans (mal­­gré la SNCF) pour par­­ti­­ci­­per à la nou­­velle étape de la fon­­da­­tion du mou­­ve­­ment.

De nom­­breu­­ses idées et métho­­des de Géné­­ra­­tion·s (le nou­­veau nom du mou­­ve­­ment du 1er juillet) me parais­­sent jus­­tes et aptes à ras­­sem­­bler. J’en évo­­que­­rai briè­­ve­­ment quel­­ques-unes.

1. Géné­­ra­­tion·s est pour l’ins­­tant un mou­­ve­­ment (doté d’une asso­­cia­­tion natio­­nale) et non un parti ce qui per­­met de fédé­­rer des cama­­ra­­des qui sont mili­­tants dans une autre orga­­ni­­sa­­tion ce qui me paraît, au moment où j’écris ces lignes, une bonne chose.

2. Géné­­ra­­tion·s se situe clai­­re­­ment dans l’his­­toire des lut­­tes socia­­les qui défi­­nis­­sent la gau­­che. Il se veut l’héri­­tier des mou­­ve­­ments ouvriers qui se sont oppo­­sés au capi­­ta­­lisme et ont lutté con­­tre la misère, pour la jus­­tice sociale. Il s’oppose aujourd’hui au libé­­ra­­lisme.

3. Géné­­ra­­tion·s veut une société basée sur la coo­­pé­­ra­­tion, sur la soli­­da­­rité et donc sur l’éga­­lité des citoyens.

4. Géné­­ra­­tion·s est éco­­lo­­gi­­que. Nous croyons au pro­­grès mais dans le res­­pect de notre envi­­ron­­ne­­ment. Nous devons rom­­pre avec le pro­­duc­­ti­­visme et le con­­su­­mé­­risme afin de ces­­ser de dégra­­der notre envi­­ron­­ne­­ment et de détruire la bio­­di­­ver­­sité.

5. Géné­­ra­­tion·s prône un déve­­lop­­pe­­ment tem­­pé­­rant. Le capi­­ta­­lisme, parce qu’il a pour objec­­tif le pro­­fit, fait de la pro­­duc­­tion de biens maté­­riels son objec­­tif prin­­ci­­pal et du PIB son indi­­ca­­teur de bon­­heur. Nous pen­­sons au con­­traire qu’il faut uti­­li­­ser d’autres indi­­ca­­teurs pour mesu­­rer la réus­­site d’un sys­­tème éco­­no­­mi­­que et que l’éco­­no­­mie doit être au ser­­vice de l’homme.

6. Géné­­ra­­tion·s veut cons­­truire l’Europe pour cons­­truire la paix ce qui nous dif­­fé­­ren­­cie de La France Insou­­mise. Nous som­­mes oppo­­sés au natio­­na­­lisme et nous prô­­nons la soli­­da­­rité entre les peu­­ples. Aujourd’hui cela signi­­fie accueillir les réfu­­giés qui frap­­pent à notre porte.

7. Nous som­­mes atta­­chés à la démo­­cra­­tie et nous com­­men­­çons dès main­­te­­nant à expé­­ri­­men­­ter de nou­­vel­­les for­­mes d’orga­­ni­­sa­­tion au sein de notre mou­­ve­­ment afin qu’une exces­­sive ver­­ti­­ca­­lité ne vienne pas détruire la richesse de nos débats (un con­­seil des adhé­­rents tiré au sort sera bien­­tôt créé).

8. Nous vou­­lons nous en pren­­dre à la finance inter­­na­­tio­­nale pour qui tout est mar­­chan­­dise. Nous refu­­sons l’enri­­chis­­se­­ment des plus riches que Macron met en oeu­vre.

9. On a beau­­coup cri­­ti­­qué (et cari­­ca­­turé) le revenu uni­­ver­­sel pro­­posé par Benoît Hamon pen­­dant la cam­­pa­­gne pré­­si­­den­­tielle. Reste que de nom­­breu­­ses per­­son­­nes qui y ont droit ne béné­­fi­­cient pas des mini­­mas sociaux et donc que les aides socia­­les cons­­ti­­tuent une ensem­­ble com­­plexe man­­quant d’effi­­ca­­cité. Neuf dépar­­te­­ments (l’Ariège, l’Aude, le Gers, la Haute-Garonne, la Gironde, la Dor­­do­­gne, l’Ille-et-Vilaine, la Meur­­the-et-Moselle et la Seine-Saint-Denis) vont lan­­cer des expé­­rien­­ces de revenu de base allant dans le sens du revenu uni­­ver­­sel. Nous n’échap­­pe­­rons pas à une réflexion de fond sur les modi­­fi­­ca­­tions du tra­­vail et les per­­tes d’emploi qu’entraî­­nera l’évo­­lu­­tion des scien­­ces et des tech­­ni­­ques.

La robo­­ti­­sa­­tion et l’intel­­li­­gence arti­­fi­­cielle sont incon­­tes­­ta­­ble­­ment des pro­­grès humains mais à con­­di­­tion d’être mis au ser­­vice de tous. Au moment où les iné­­ga­­li­­tés socia­­les se creu­­sent de plus en plus, le revenu uni­­ver­­sel est une réponse que nous enten­­dons met­­tre en débat.

10. Nous pré­­pa­­rons dès main­­te­­nant les élec­­tions euro­­péen­­nes de 2019 en tra­­vaillant à la cons­­ti­­tu­­tion d’un bloc trans­­na­­tio­­nal, socia­­liste, éco­­lo­­giste et pro­­gres­­siste auquel col­­la­­bore Yanis Varou­­fa­­kis (fon­­da­­teur de Diem25).

11. Géné­­ra­­tion·s entend entre­­te­­nir de bons rap­­ports avec tou­­tes les for­­ces de Gau­­che et de fait étaient déjà repré­­sen­­tés au Mans La France Insou­­mise, le Parti Com­­mu­­niste, Nou­­velle Donne, le MRC et les verts.

12. La com­­po­­si­­tion de la coor­­di­­na­­tion poli­­ti­­que pro­­vi­­soire que nous avons élue samedi rend bien compte de la richesse et de la diver­­sité du mou­­ve­­ment. On y trouve par exem­­ple des socia­­lis­­tes comme Domi­­ni­­que Ber­­ti­­notti (ancienne minis­­tre), Bar­­bara Roma­­gnan (ancien député), Pas­­cal Cherki (ancien député) et Pierre Cohen (ancien Maire de Tou­­louse) mais aussi des éco­­lo­­gis­­tes comme Yves Con­­tas­­sot, Pierre Serne, Claire Monod et Noël Mamère.

Le ras­­sem­­ble­­ment du Mans qui a réuni plus de 2 000 per­­son­­nes a été un franc suc­­cès. Non seu­­le­­ment par la richesse des débats et l’adop­­tion de notre charte mais aussi, à mon avis, par la fer­­veur mili­­tante des par­­ti­­ci­­pants.

Avec ses 550 comi­­tés et ses 42 000 adhé­­rents, Géné­­ra­­tion·s cons­­ti­­tue actuel­­le­­ment un réel espoir. Pour­­quoi ne pas essayer de le faire croî­­tre ?

Une salle pleine…

…et l’adop­tion de notre charte :