Les éco­lo­gis­tes sor­tent de ce cycle élec­to­ral avec un tri­ple cons­tat qui n’est pas que d’échec :

1°) Notre alliance avec le can­di­dat socia­liste Benoît Hamon, écolo com­pa­ti­ble gagnant de la pri­maire sur un pro­gramme assez « pros­pec­tif », était ins­tam­ment demandé compte tenu de la bataille pour être au 2ème tour. Le monde poli­ti­que cré­di­tait EELV de faire preuve de res­pon­sa­bi­lité poli­ti­que dans cette alliance.

Mal nous en a pris, l’aspi­ra­tion par les deux bouts de cette can­di­da­ture, dans une glis­sade appa­rem­ment non rat­tra­pa­ble qu’une par­tie du PS a déli­bé­ré­ment pro­vo­qué, nous a entraîné avec B. Hamon et les socia­lis­tes au fond du gouf­fre. Dont acte.

2°) La perte de notre groupe par­le­men­taire obtenu en 2012, en l’absence de pro­por­tion­nelle, par un accord poli­ti­que, mas­que un résul­tat natio­nal plu­tôt cor­rect aux légis­la­ti­ves : 973 527 voix et 4,30 % , ce qui reste l’étiage de fond des éco­lo­gis­tes : près de 1 mil­lion de citoyens qui res­tent fidè­les au pro­jet de l’éco­lo­gie poli­ti­que.

3°) Jamais l’appro­che éco­lo­gi­que des pro­blè­mes de notre monde n’a autant été ins­crite, au moins dans le voca­bu­laire, sur l’ensem­ble du champ poli­ti­que. Les expres­sions de tran­si­tion éco­lo­gi­que et de crise du cli­mat sont pas­sées dans les moeurs… ce qui ne veut pas dire que les poli­ti­ques publi­ques volon­ta­ris­tes et inno­van­tes à met­tre en place soient aujourd’hui accep­tées par ce même champ : et de loin.

Autre­ment dit, les éco­lo­gis­tes con­ti­nuent d’avoir une puis­sance trans­for­ma­trice du monde poli­ti­que, une capa­cité à inter­ro­ger le modèle de déve­lop­pe­ment et à poser la ques­tion cen­trale de l’impos­si­bi­lité d’une crois­sance infi­nie… dans un monde fini. Objec­ti­ve­ment, la France Insou­mise est l’orga­ni­sa­tion poli­ti­que qui, sur ce plan de la tran­si­tion éco­lo­gi­que, est la plus pro­che de nos thè­ses. JL Mélen­chon sou­li­gne d’ailleurs hon­nê­te­ment les sour­ces qui l’ont con­duit à muter sur ces ques­tions.

C’est sur ce con­texte natio­nal que le 2ème tour des élec­tions légis­la­ti­ves met ici face à face l’ancien pre­mier minis­tre Manuel Valls et Farida Amrani de la France Insou­mise.

Cette offre poli­ti­que ne nous con­vient pas et si EELV laisse en con­sé­quence ses élec­teurs libres de leur choix, nous pre­nons la liberté ici de pré­ci­ser plus lon­gue­ment pour­quoi en cons­cience nous vote­rons blanc.

Manuel Valls

Nos désac­cords avec Manuel Valls se sont creu­sés depuis 2012, au point d’attein­dre un point de non retour qui nous fit choi­sir de ne pas ren­trer au gou­ver­ne­ment quand il devint pre­mier minis­tre. Ces désac­cords ne sont pas seu­le­ment con­jonc­tu­rels : la trace de ce fossé est ancienne. Sa con­ver­sion à ce qu’il est con­venu d’appe­ler le social libé­ra­lisme auto­ri­taire a été décrite par lui dans un ouvrage où il théo­rise un « blai­risme » à la fran­çaise et dans un arti­cle de libé­ra­tion il y a quel­ques années où il assé­nait que toute ten­ta­tive de com­pré­hen­sion des vio­len­ces, de la situa­tion sociale en ban­lieue et des explo­sions de vio­lence des fils et filles de l’immi­gra­tion était une jus­ti­fi­ca­tion into­lé­ra­ble. C’était la néga­tion du social.

A mots à peine cou­verts, depuis des années, Manuel Valls fait une tra­duc­tion fran­çaise de la vul­gate néo­li­bé­rale mon­diale et euro­péenne : la France n’a pas mené ses « réfor­mes de struc­tu­res » c’est-à-dire la pré­ca­ri­sa­tion ren­for­cée du sala­riat. C’est l’ori­gine de la loi tra­vail.

Qu’on ne se méprenne pas : il y a bien des évo­lu­tions impor­tan­tes à mener pour trai­ter le chô­mage mais pas cel­les dont on parle. Où est le fameux « Small busi­ness act pour les TPE- PME ; quelle pro­tec­tion des sous-trai­tants des gran­des entre­pri­ses ; qui s’atta­quera à la sim­pli­fi­ca­tion admi­nis­tra­tive (que T. Man­don avait com­mencé à pren­dre à bras le corps) ; quel outil ban­caire per­met­tra aux PME de ne pas tré­pas­ser à la pre­mière baisse de charge ou faillite d’un don­neur d’ordre ; com­ment déve­lop­per les coo­pé­ra­ti­ves d’employeurs ; com­ment faire mon­ter en gamme l’ensem­ble de l’indus­trie fran­çaise etc… Voilà des ques­tions lar­ge­ment plus prio­ri­tai­res que l’inver­sion des nor­mes du droit du tra­vail.

Une cer­taine gau­che a aban­donné les cou­ches popu­lai­res depuis des années à la mon­dia­li­sa­tion, bou­chant l’hori­zon de vie de mil­lions de nos con­ci­toyens et fai­sant le lit du front natio­nal. Ce dont on nous parle pour­tant, c’est d’adap­ta­tion à la mon­dia­li­sa­tion.

Devons-nous aussi par­ler des chif­fons rou­ges que Manuel Valls a agi­tés devant les éco­lo­gis­tes pen­dant ces 5 années, mon­trant à l’envie sa fai­ble con­ver­sion à la tran­si­tion éco­lo­gi­que : Notre-Dame des Lan­des, Boues Rou­ges, Grand Stade, nucléaire et tran­si­tion éner­gé­ti­que, chan­ge­ment de modèle agri­cole, pes­ti­ci­des…

Sou­li­gner aussi com­bien nous avons été cho­qués par son adhé­sion, lui l’homme d’ori­gine cata­lane, à la déchéance de natio­na­lité, rup­ture inac­cep­ta­ble avec les prin­ci­pes édic­tés à la Révo­lu­tion fran­çaise… con­tri­buant là aussi à creu­ser le fossé avec les éco­lo­gis­tes.

Poin­ter enfin le chan­ge­ment de cap de l’ex maire d’Evry qui accueillait il y a 10 ans les 8 Heu­res pour la Pales­tine dans sa mai­rie ; sa con­ver­sion au sui­visme per­ma­nent de la poli­ti­que de l’Etat d’Israël et de son relais en France, le CRIF ? Sa néga­tion de l’oppres­sion subie par les pales­ti­niens gan­gre­nant tout l’espace euro médi­ter­ra­néen. Au point d’accu­ser les mili­tants de la cam­pa­gne inter­na­tio­nale Boy­cott Désin­ves­tis­se­ment Sanc­tion d’anti­sé­mi­tisme et ne pas abro­ger la cir­cu­laire Alliot-Marie qui deman­dait au par­quet de pour­sui­vre sys­té­ma­ti­que­ment ses mili­tants ? Des mili­tants qui ont forgé leur capa­cité dans la lutte con­tre l’apar­theid en Afri­que du Sud et sont outrés de cette posi­tion.

Manuel Valls par­tage donc avec nous ces cons­tats : il y a 2 gau­ches irré­con­ci­lia­bles. Mais peut-être pour­rait-il nous expli­quer com­ment nous som­mes pas­sés de la situa­tion de décem­bre 2015 où nous gérions la région Ile-de-France avec un vieux Rocar­dien (JP Huchon), à coup de com­pro­mis per­ma­nent, à cette situa­tion d’ir-récon­ci­lia­tion ? Com­ment font les cen­tai­nes d’élus locaux EELV dans les com­mu­nes qui ne sont géra­bles que par allian­ces ?

Déci­dé­ment, le fossé s’est creusé et notre vote ne lui sera pas donné.

France Insou­mise

Deux cou­ples de can­di­dats se dis­pu­taient donc le label sur la cir­cons­crip­tion : Farida Amrani et Ulysse Rabate (ex. col­la­bo­ra­teur de Bruno Piriou au Con­seil géné­ral) d’un côté ; Michel Nouaille et Mina Fayed de l’autre.

Cha­cun l’a com­pris, nous vivons l’un des der­niers épi­so­des de la ges­ti­cu­la­tion poli­ti­que de Bruno Piriou : l’homme qui depuis des années nous fait per­dre. Il est de nou­veau clai­re­ment à la manœu­vre dans cette cam­pa­gne.

C’est donc sans aucun con­tact avec les Insou­mis locaux que Mme Amrani a été dési­gnée par voie natio­nale con­tre le très res­pecté Michel Nouaille, lequel a donc main­tenu sa can­di­da­ture.

Mais, lais­sons cette petite cui­sine locale fort peu démo­cra­ti­que pour nous inter­ro­ger :
On eut pu rêver d’un can­di­dat de ras­sem­ble­ment fai­sant con­sen­sus, can­di­dat que nous éco­lo­gis­tes aurions sou­tenu. Pré­senté face à Manuel Valls, il aurait per­mis un vrai débat poli­ti­que qui au final n’aura pas eu lieu. Ce n’est pas faute pour nous-mêmes d’avoir fait pas­ser des mes­sa­ges en ce sens à France Insou­mise par nos con­tacts natio­naux.

On eut pu atten­dre de JL Mélen­chon – au vu de son bon score au 1er tour de la pré­si­den­tielle, celui aussi qui a pu faire reve­nir des voix du FN, une atti­tude con­sis­tant à ouvrir les por­tes du dia­lo­gue plu­tôt que de les fer­mer au nez des vain­cus en pré­sen­tant sys­té­ma­ti­que­ment des can­di­dats face à nos dépu­tés sor­tants et en con­tri­buant à leur éli­mi­na­tion au pre­mier tour.

On eut pu espé­rer des por­tes ouver­tes sur un espace poli­ti­que de coo­pé­ra­tion pour ces élec­tions légis­la­ti­ves, res­pec­tant l’iden­tité de par­te­nai­res poten­tiels…

Mais non, une charte était à pren­dre ou à lais­ser. JL Mélen­chon – reste de sa cul­ture trots­kyste ? – a décidé que cha­cun devait mou­rir avant de « bai­ser l’anneau de l’évê­que ». Ce n’est tout sim­ple­ment pas pos­si­ble.

Mais non, ce sont les four­ches cau­di­nes et l’arro­gance qui ont été pro­po­sées et nous n’avons pas l’habi­tude de pas­ser des­sous, pour qui que ce soit. Ainsi cette atti­tude s’est tra­duite par le fait qu’aucune can­di­da­ture d’union n’a été pos­si­ble dans la cir­cons­crip­tion emblé­ma­ti­que de Manuel Valls (comme ailleurs).

Nous n’aurons garde d’oublier que cer­tains aspects du pro­gramme de M. Mélen­chon, l’Europe, sont de notre point de vu irréa­lis­tes et dan­ge­reux, fri­sant le Frexit… on ne voit donc pas vrai­ment ce qui jus­ti­fie­rait un vote pour FI, dans les cir­cons­tan­ces actuel­les en cen­tre Essonne et devant l’absence d’ouver­ture poli­ti­que de sa part.

Alors où en som­mes-nous à la veille du 2ème tour :
Toute la droite du cen­tre Essonne, Serge Das­sault en tête, se mobi­lise pour Manuel Valls : on a les com­pa­gnon­na­ges qu’on peut… c’est à lui d’en tirer les con­clu­sions.

C’est aux Insou­mis à se deman­der com­ment ils ont pu par­tout per­dre 9 à 10 points depuis la pré­si­den­tielle et s’ils envi­sa­gent sérieu­se­ment de vivre seuls sur leur île. L’atti­tude assez peu res­pec­tueuse de Farida Amrani en Con­seil Muni­ci­pal d’Evry, face à la majo­rité muni­ci­pale est préoc­cu­pante : elle pose la ques­tion de la volonté de FI de pren­dre des res­pon­sa­bi­li­tés de ges­tion. Pour notre part, dans une stra­té­gie de long terme des éco­lo­gis­tes qui est la lente trans­for­ma­tion des poli­ti­ques publi­ques à par­tir des col­lec­ti­vi­tés et des ins­ti­tu­tions, nous gérons la ville avec des socia­lis­tes et des com­mu­nis­tes, comme dans des cen­tai­nes de vil­les de France et sur des bases con­trac­tuel­les.

Et c’est bien dans le cadre d’une alliance, avec un maire EELV mais sans le PS, que FI gère avec nous la seule ville où ils ont pris des res­pon­sa­bi­li­tés de ges­tion : Gre­no­ble.

Mais, hors de Gre­no­ble qui n’est pas la France, FI veut-il vrai­ment de l’exer­cice de la res­pon­sa­bi­lité et du pou­voir ? Veut-il vrai­ment sor­tir d’une logi­que de sim­ple con­tre­pou­voir ?

Voilà pour­quoi nous vote­rons blanc.

Jac­ques Picard et Fadila Chourfi

(On lira avec inté­rêt l’excel­lente inter­view d’Eric Piolle)