Au plan natio­nal

Comme il fal­lait s’y atten­dre, les élec­teurs ont sou­haité don­ner au Pré­si­dent de la Répu­bli­que une large majo­rité. Le deuxième tour peut per­met­tre de pré­ser­ver, autant que pos­si­ble, des élus de gau­che qui ne diront pas amen à tou­tes ses pro­po­si­tions.

Le résul­tat de ce pre­mier tour, comme celui des pré­si­den­tiel­les, mar­que cer­tes un suc­cès des idées libé­ra­les, une orien­ta­tion vers la con­cur­rence entre les citoyens plus que vers le main­tien de for­tes soli­da­ri­tés entre eux et l’accep­ta­tion de l’accrois­se­ment des iné­ga­li­tés socia­les.

Mais il s’expli­que aussi, et à mon sens sur­tout, par l’impos­si­bi­lité dans laquelle se trouve actuel­le­ment la Gau­che de pro­po­ser à la fois un pro­jet de société future apte à con­vain­cre la majo­rité des fran­çais et le pro­gramme qui per­met de pro­gres­ser vers lui dans les pro­chai­nes années.

Bref la vic­toire des idées de droite s’expli­que plus par la médio­crité ou l’absence des pro­po­si­tions de la gau­che que par leur valeur intrin­sè­que ou leur pou­voir de séduc­tion.

Tout n’est d’ailleurs pas à jeter dans ce que dit Macron et ce qui reste de la gau­che serait mal ins­piré de mépri­ser les espoirs qu’il incarne ou les idées jus­tes qu’il défend.

Pour s’en tenir à un point, l’assu­rance chô­mage uni­ver­selle est un authen­ti­que pro­grès social. Ne pas le recon­naî­tre par sec­ta­risme est une erreur poli­ti­que.

Dans la recom­po­si­tion poli­ti­que qui s’amorce, le chaî­non man­quant qui fait gra­ve­ment défaut aujourd’hui, c’est une gau­che authen­ti­que qui fasse des pro­po­si­tions cré­di­bles et qui aspire réel­le­ment au pou­voir.

Je ne doute pas de la sin­cé­rité de la plu­part des mili­tants de la France Insou­mise même si leur atta­che­ment à leur lea­der leur fait sou­vent oublier le sens de la mesure ou les valeurs de la démo­cra­tie mais je suis per­suadé que les options radi­ca­les de Jean-Luc Mélen­chon ne sont pas cel­les qui peu­vent refon­der une gau­che utile. Ce sera l’objet du débat sur la refon­da­tion de la gau­che qui va s’ouvrir après les légis­la­ti­ves.

Au plan local

J’ai assisté à la réu­nion que Michel Nouaille et Mina Fayed ont orga­ni­sée lundi soir et j’ai pris con­nais­sance du com­mu­ni­qué qu’ils ont publié. J’en par­tage l’essen­tiel.

Ma réflexion per­son­nelle est la sui­vante.

Dans un deuxième tour, on se trouve sou­vent face à deux can­di­dats que l’on n’a pas sou­te­nus au pre­mier. On vote alors pour celui qui est le plus pro­che (ou le moins loin) de ses idées.

Il est donc com­pré­hen­si­ble que des res­pon­sa­bles natio­naux de gau­che, qui ne con­nais­sent pas la situa­tion locale, appel­lent à voter pour la can­di­date de la France Insou­mise qui se trouve oppo­sée à Manuel Valls.

Il me paraît cepen­dant néces­saire de mesu­rer les enjeux et de pren­dre en compte la situa­tion locale, assez par­ti­cu­lière à Cor­beil-Esson­nes.

D’abord il faut mesu­rer l’enjeu. Le débat n’est pas, comme c’est la cas ailleurs, entre un can­di­dat du Front Natio­nal et un can­di­dat répu­bli­cain. Manuel Valls est un répu­bli­cain solide. Il s’agit donc de ten­ter d’aider la France insou­mise à ren­for­cer sa petite oppo­si­tion ou d’aider un ancien socia­liste à ren­for­cer la majo­rité gou­ver­ne­men­tale dont l’exis­tence ne fait aucun doute.

Deux séries de rai­sons m’inci­tent à ne pas appor­ter ma voix à la can­di­date de la France Insou­mise.

D’abord, je par­tage le point de vue de Michel et Mina sur la dési­gna­tion et le com­por­te­ment de cette can­di­date. Elle a en effet été impo­sée con­tre l’avis les mili­tants locaux et elle a été sou­te­nue par un petit groupe de mili­tants qui por­tent une lourde res­pon­sa­bi­lité dans les échecs suc­ces­sifs de la gau­che locale. Elle a par ailleurs refusé tout dia­lo­gue et a mani­festé un mépris cons­tant pour le Parti Com­mu­niste et les mili­tants qui se sont ras­sem­blés autour de Michel Nouaille.

Sans ren­trer dans les détails, il appa­raît donc qu’en sou­te­nant cette can­di­date, on por­te­rait en même temps un coup sérieux à la néces­saire recons­truc­tion de la gau­che dans notre com­mune qui ne peut se faire que dans la clarté et le res­pect mutuel.

Ensuite, et ces rai­sons je le sais, ne sont pas par­ta­gées par tous mes amis de gau­che, je ne crois pas que la France Insou­mise puisse cons­truire, en l’état, une oppo­si­tion utile au gou­ver­ne­ment actuel. D’une part parce que je ne n’approuve pas cer­tains aspects de son pro­gramme, d’autre part parce que la stra­té­gie radi­cale obser­vée, hos­tile à tout com­pro­mis et anti­com­mu­niste, n’est pas de nature à ras­sem­bler tous ceux qui se sen­tent de gau­che.

Il faut d’ailleurs noter que le déclin de la France Insou­mise est lar­ge­ment apparu lors du pre­mier tour des légis­la­ti­ves. Il est utile qu’il s’accé­lère et qu’une autre forme d’oppo­si­tion, capa­ble d’offrir une alter­na­tive cré­di­ble voit le jour.

Pour tou­tes ces rai­sons je ne vote­rai par pour la can­di­date de la France Insou­mise.

Faut-il aller jusqu’à voter pour Manuel Valls ? Je ne le pense pas.

Je ne suis pas de ceux qui haïs­sent Manuel Valls. J’ai pour lui le res­pect qu’on doit avoir pour un homme d’Etat. Je suis seu­le­ment en désac­cord avec lui sur plu­sieurs points.

Sur la ligne poli­ti­que d’abord, je ne suis pas « En Mar­che » parce que le pro­gramme d’Emma­nuel Macron se base sur un accroiss­se­ment des iné­ga­li­tés socia­les que je sou­haite réduire; sur son com­por­te­ment au sein de Parti Socia­liste ensuite. Je pense qu’il a eu tort de ne pas res­pec­ter l’enga­ge­ment qu’il avait pris en se pré­sen­tant aux Pri­mai­res de la Gau­che de sou­te­nir le can­di­dat qui les gagne­rait.

Pour res­ter fidèle à mes idées de gau­che et à l’idée que je me fait d’un parti poli­ti­que, je ne vote­rai dont pas pour Manuel Valls.

Comme il n’est pas ques­tion pour moi de m’abs­te­nir, j’irai diman­che dépo­ser un bul­le­tin blanc dans l’urne.