L’uto­pie et le pro­gramme

L’action poli­ti­que néces­site à la fois une vision à long terme, une uto­pie, et une vision à court terme qui se tra­duit par un pro­gramme pour un quin­quen­nat ou une légis­la­ture.

A droite et à gau­che on man­que à mon sens des deux niveaux de pro­jet.


A droite, la pri­maire exa­cerbe les divi­sions mais il est clair qu’elle est lar­ge­ment struc­tu­rée par les oppo­si­tions entre per­son­nes. La vision à long terme ne sem­ble être que le fonc­tion­ne­ment indé­fini du même sys­tème basé sur la liberté des agents éco­no­mi­ques, la con­cur­rence et l’accrois­se­ment des écarts de revenu et de patri­moine. A court terme, il sem­ble que des dépen­ses impos­si­bles il y a encore quel­ques mois devien­nent pos­si­bles à l’appro­che des élec­tions. La guerre que nous impose Daesch sus­cite une suren­chère sécu­ri­taire dans laquelle s’illus­tre évi­dem­ment un Sar­kozy pro­vo­ca­teur qui cher­che à con­cur­ren­cer sur son ter­rain le Front Natio­nal.

A gau­che, rien n’est venu rem­pla­cer l’idéal com­mu­niste qui n’a pas sur­vécu à l’écrou­le­ment du bloc sovié­ti­que et le quin­quen­nat de Fran­çois Hol­lande est venu ren­dre illi­si­ble l’idéal socia­liste qui avait perdu bea­coup de net­teté au fil des ans. Il existe dans la mou­vance socia­liste à la fois une ten­dance néo-mol­les­tiste avec un dis­cours de gau­che qui tran­che avec des pra­ti­ques cen­tris­tes, voire de droite et un néo-libé­ra­lisme dont le dis­cours n’a plus grand chose à voir avec les idées qui ont été à la base du renou­veau du Parti Socia­liste à Epi­nay.

A court terme, il y a cer­tes des pro­po­si­tions mais pas de pro­gramme cohé­rent et pré­cis pour l’ins­tant. Regar­dons de plus près le cas de Jean-Luc Mélen­chon.

L’erreur de Jean-Luc

Jean-Luc ne fait guère de dif­fé­rence entre le court et le long terme ce qui le con­damne à ne pas trans­for­mer le réel mais je ne crois pas que ce soit au fond son objec­tif qui est avant tout d’exis­ter. Le pro­jet appa­rent, en poli­ti­que, n’est pas tou­jours le pro­jet réel.

Il appelle à l’élec­tion d’une cons­ti­tuante sans se ren­dre compte, d’une part que le chan­ge­ment de la cons­ti­tu­tion n’est nul­le­ment res­senti comme néces­saire par une majo­rité de Fran­çais mais sur­tout que ce n’est vrai­ment pas le moment de tou­cher à la cons­ti­tu­tion, alors que les idées de droite et le Front Natio­nal pro­gres­sent. Faire une cons­ti­tuante cons­ti­tue­rait un for­mi­da­ble dan­ger pour les liber­tés publi­ques. Il est temps que les sou­tiens de Mélen­chon réa­li­sent qu’is ne sont pas majo­ri­tai­res en France et qu’une cons­ti­tuante, si par aven­ture elle était élue dans l’année qui vient, ferait cer­tes une nou­velle cons­ti­tu­tion mais qui serait très pro­ba­ble­ment pire que celle que nous con­nais­sons.

Les slo­gans du type “Nous on peut !” ont porté de sérieux coups au sérieux des pro­po­si­tions de Jean-Luc Mélen­chon et de ses amis. Les fran­çais sou­hai­tent des poli­ti­ques prag­ma­ti­ques et modes­tes. Pour la modes­tie, avec Jean-Luc, ils repas­se­ront !

J’ajoute que la can­di­da­ture auto-pro­cla­mée de Jean-Luc Mélen­chon a beau­coup nui à sa cré­di­bi­lité et mal­heu­reu­se­ment aux chan­ces de ras­sem­ble­ment de la gau­che. Je me retrouve beau­coup plus dans les décla­ra­tions de Pierre Lau­rent qui cher­che avant tout l’unité et le ras­sem­ble­ment sans se met­tre en avant.

Recons­truire

Il me paraît peu pro­ba­ble que la cam­pa­gne pré­si­den­tielle fasse signi­fi­ca­ti­ve­ment pro­gres­ser la recons­truc­tion d’une vision à long terme et à court terme pour la gau­che mais elle ne pourra faire l’éco­no­mie de ce tra­vail de recons­truc­tion dans les années qui vien­nent. On ne peut indé­fi­ni­ment appe­ler les élec­teurs à voter “con­tre” (Sar­kozy, Le Pen, Les Répu­bli­cains,…).

Cette recons­truc­tion devra tenir compte du monde tel qu’il est et des Fran­çais tels qu’ils sont, non pour s’y rési­gner mais pour faire des pro­po­si­tions qui puis­sent être approu­vées et appli­quées.

L’inter­dé­pen­dance des états dans la mon­dia­li­sa­tion est une réa­lité qui n’empê­che pas de se pro­té­ger con­tre les pro­duits fabri­qués dans d’autres con­di­tions socia­les mais elle inter­dit les replis sur soi qu’expri­ment cer­tains à droite comme à gau­che.

Les pro­blè­mes posés par l’Europe telle qu’elle est jus­ti­fient que nous accep­tions si néces­saire d’être à l’ori­gine d’une crise euro­péenne afin d’en modi­fier le fonc­tion­ne­ment mais cer­tai­ne­ment pas que nous sor­tions de l’Union Euro­péenne ou de la zone euro tant l’Europe reste pour la France un outil irrem­pla­ça­ble pour la paix et le déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que.

L’inter­na­tio­na­lisme auquel je suis atta­ché ne peut se résu­mer à une atti­tude com­pa­tion­nelle envers les migrants. Faut-il que la gau­che ait perdu ses repè­res pour que Bor­loo m’appa­raisse comme un des seuls acteurs uti­les du néces­saire déve­lop­pe­ment du con­ti­nent afri­cain ?

Quand j’étais jeune la gau­che sym­bo­li­sait la moder­nité, le mou­ve­ment, l’audace… Elle appa­raît à beau­coup de jeu­nes aujourd’hui comme une force con­ser­va­trice. C’est un tra­vers qu’elle doit évi­ter.

Des règles socia­les nées de la Libé­ra­tion ne sont pas for­cé­ment jus­ti­fiées aujourd’hui (comme les régi­mes spé­ciaux de retraite) et la défense achar­née des “sala­riés” (qui comp­tent pas mal d’exploi­teurs et de ser­vi­teurs zélés de la finance) me parait désuète quand on con­naît le nom­bre des chô­meurs, des auto-entre­pre­neurss (plus d’un mil­lion dont le revenu moyen est infé­rieur au SMIC !), des “patrons” pay­sans (dont beau­coup tra­vaillent sans rien gagner et sont par­fois accu­lés au sui­cide) et des petits com­mer­çants, arti­sans ou tra­vailleurs indé­pen­dants qui ne dis­po­sent d’aucune garan­tie de revenu.

La poli­ti­que indus­trielle de la France (car il en faut une !) ne peut se réduire au main­tien par l’Etat, à n’importe quel prix, des entre­pri­ses exis­tan­tes, pas plus que par l’aide indif­fé­ren­ciée à tou­tes les entre­pri­ses appli­quée par le gou­ver­ne­ment Valls qui a pro­fité autant aux mul­ti­na­tio­na­les et aux ban­ques qu’aux star­tups et aux PME. Les sec­teurs d’ave­nir (bio­tech­no­lo­gies, numé­ri­que, robo­ti­que, éner­gies dura­bles,…) doi­vent être iden­ti­fiés et sou­te­nus.

L’inté­rêt que sus­cite Emma­nuel Macron s’expli­que bien plus par la médio­crité des dis­cours des gau­ches, par leur inca­pa­cité non seu­le­ment à con­vain­cre mais même seu­le­ment à inté­res­ser beau­coup de jeu­nes que par l’ori­gi­na­lité de ses quel­ques pro­po­si­tions.

Ce tra­vail de recons­truc­tion d’un espoir de jus­tice sociale et de pro­grès par­tagé, quel que soit le nom qu’on lui donne, est dif­fi­cile mais néces­saire.