J’aime l’archi­tec­ture moderne et j’ai suivi avec pas­sion la cons­truc­tion du Cen­tre Pom­pi­dou que j’ai aimé dès que j’ai connu ce pro­jet. J’ai aussi aimé la pyra­mide du Lou­vre et je ne deman­dais, en ce qui con­cerne les Hal­les, qu’à me lais­ser séduire par le nou­veau pro­jet.

Lors du con­cours orga­nisé il y a plu­sieurs années par Ber­trand Dela­noé, j’avais été per­plexe devant le pro­jet retenu (celui de Patrick Ber­ger et Jac­ques Anziutti) mais j’espé­rais tou­jours une bonne sur­prise au terme de la réa­li­sa­tion. La très grande len­teur des tra­vaux et l’envo­lée des coûts (l’ensem­ble du pro­jet a coûté un mil­liard d’euros dont 240 mil­lions pour la Cano­péee) a accru ma per­plexité..

On peut aujourd’hui com­men­cer à juger “sur piè­ces”, com­men­cer car le chan­tier est loin d’être ter­miné et cette inau­gu­ra­tion par­tielle me sem­ble absurde.

On peut cer­tes com­pren­dre que la réno­va­tion de la sta­tion du RER suive un autre calen­drier (la réno­va­tion du Forum ne sera ache­vée qu’en 2017) mais il est lamen­ta­ble que ni la réfec­tion de la voi­rie autour du pro­jet, ni les jadins ne soient ter­mi­nés. On nous annonce des tra­vaux jusqu’en sep­tem­bre… Du béton a été coulé à cer­tains endroits pour per­met­tre l’accès des bâti­ments aux pié­tons. Des fils pen­douillent encore ici ou là, l’entrée du RER porte Les­cot n’est pas ouverte et il faut, pour pren­dre le métro, rejoin­dre une autre porte en pas­sant sous la Cano­pée ou en la con­tour­nant.

Je ne sais ce qui était prévu exac­te­ment mais l’espace sous la Cano­pée est essen­tiel­le­ment rem­pli de vide actuel­le­ment ce qui décon­te­nance les visi­teurs. Par­lant ce ce vaste espace, le site offi­ciel sur le réa­mé­na­ge­ment des Hal­les indi­que “il cons­ti­tuera un for­mi­da­ble cadre scé­ni­que pour accueillir des mani­fes­ta­tions cul­tu­rel­les ou com­mer­cia­les”. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce cadre est inu­ti­lisé à l’ouver­ture : un mau­vais choix.

Les équi­pe­ments

On ne peut juger aujourd’hui que de ce qu’on voit mais il est juste de rap­pe­ler que les bâti­ments qui sou­tien­nent la Cano­pée accueillent, en plus de nom­breux com­mer­ces, 6 000 m2 d’équi­pe­ments cul­tu­rels.

S’agit il “pro­ba­ble­ment (de) la plus grande con­cen­tra­tion d’éta­blis­se­ments et équi­pe­ments cul­tu­rels de Paris et bien au-delà” comme l’a déclaré Bruno Jul­liard, adjoint à la Cul­ture de la Mai­rie de Paris ? Je ne sais mais on ne peut qu’accueillir avec satis­fac­tion ces nou­veaux équi­pe­ments.

Un cen­tre hio-hop avec un stu­dio d’enre­gis­tre­ment et un audi­to­rium de 200 pla­ces per­met­tront le déve­lop­pe­ment de cette dis­ci­pline et abri­tera un incu­ba­teur d’entre­pri­ses.

Une Mai­son des pra­ti­ques artis­ti­ques (MPAA) met­tra des moyens à la dis­po­si­tion des asso­cia­tions de musi­que, de danse et de théâ­tre (stu­dio et sal­les de répé­ti­tion).

La média­thè­que La Cano­pée-La Fon­taine sera acces­si­ble aux sourds et dis­po­sera de deux impri­man­tes 3D, d’un bar et d’un fonds sur les cul­tu­res urbai­nes.

L’aile sud sera con­sa­crée au Con­ser­va­toire W.A. Mozart avec 27 sal­les de musi­que, 3 sal­les de danse et une salle d’art dra­ma­ti­que.

Bref, si la réus­site archi­tec­tu­rale n’est à mon avis pas pré­sente, de nom­breux équi­pe­ments uti­les sont mis à la dis­po­si­tion des pari­siens.

La Cano­pée

Venons-en aux bâti­ments et à ce gigan­tes­que toit bap­tisé cano­pée. C’est une bonne idée d’avoir voulu abri­ter une vaste zone pour pou­voir en tout temps y per­met­tre la déam­bu­la­tion et la tenue de diver­ses mani­fes­ta­tions com­mer­cia­les ou cul­tu­rel­les. La réa­li­sa­tion me paraît peu con­vain­cante.

On nous annon­çait un “édi­fice aux for­mes cour­bes d’ins­pi­ra­tion végé­tale”. L’ins­pi­ra­tion végé­tale me paraît très loin­taine et ce qui me frappe c’est la com­plexité de la cano­pée qui donne à voir une lour­deur péni­ble.

La Cano­pée, comme on le verra sur les pho­tos qui sui­vent, n’est pas comme le pro­met­tait le pro­jet “Telle une immense feuille trans­lu­cide ondoyant à la hau­teur de la cime des arbres du jar­din”. D’abord pace qu’il n’y a pas un seul arbre visi­ble (le jar­din vien­dra bien plus tard…), que la Cano­pée est très haute et que c’est une struc­ture épaisse et com­plexe qui n’a rien à voir à l’oeil avec une feuille trans­lu­cide. Le ciel n’est guère visi­ble par trans­pa­rence mais dans les “trous” qui sépa­rent les quinze ven­tel­les. Com­ble d’absur­dité, sa com­lexité ne rem­plit même pas sa fonc­tion d’abri puisqu’à la pre­mière averse, elle a laissé pas­ser de l’eau et qu’on nous annonce déjà des tra­vaux de répa­ra­tion.

Au fil des mois (et des années), je m’étais étonné de l’extra­or­di­naire com­plexité du pro­jet (beau­coup de piè­ces de char­pente métal­li­que sem­blaient uni­ques) et le tra­vail de mon­tage parais­sait com­pli­qué. La réa­li­sa­tion de la Cano­pée est incon­tes­tat­ble­ment une prouesse archi­tec­tu­rale, une réus­site tech­ni­que qui fait hon­neur aux ingé­nieurs qui ont fait les cal­culs et aux tech­ni­ciens et ouvriers qui ont effec­tué le mon­tage mais le résul­tat final me paraît archi­tec­tu­ra­le­ment peu con­vain­cant. Il y man­que la beauté et le sens.

La forme géné­rale me sem­ble poser pro­blème, la Cano­pée sem­ble pen­cher vers le sol en son cen­tre au lieu de s’éle­ver vers le ciel et elle man­que de la légé­reté néces­saire qu’on prê­tait en leur temps aux pavillons Bal­tard.

J’ai aussi été frappé par l’absence de tout geste artis­ti­que. pas une sculp­ture, pas une fres­que, pas un air de musi­que, pas une har­mo­nie de cou­leurs,… Les archi­tec­tes ont choisi pour la Cano­pée ce que Fré­dé­ric Edel­mann dans Le Monde a appelé avec per­ti­nence un “jaune lavasse qui rap­pelle les assiet­tes à des­sert des res­tau­rants rou­tiers ou des hôpi­taux”. C’est à mon sens peu réussi. Ce qui m’a le plus frappé c’est l’aspect neu­tre et gris de l’ensem­ble là ou des cou­leurs vives (comme au cen­tre Pom­pi­dou) auraient pu appor­ter dyna­misme et éner­gie.

Bien entendu, l’ensem­ble va s’amé­lio­rer et s’huma­ni­ser. Les vides vont sans doute se rem­plir, la porte Les­cot finira par ouvrir, les maga­sins vont créer de l’ani­ma­tion mais je crains que cet ensem­ble man­que à vie de la richesse esthé­ti­que qu’on était en droit d’en atten­dre.

Retour en une ving­taine d’ima­ges sur ces visi­tes déce­van­tes.

c1.jpg Le sol de la place cen­trale entiè­re­ment vide : du béton froid et gris.

c2.jpg

c3.jpg Un enche­vê­tre­ment com­plexe de pou­trel­les et des dal­les de verre jau­nes dont les con­cep­teurs ont vanté le relief (que n’admi­re­ront guère que les pigeons)

c4.jpg Un peu de ciel, visi­ble entre les ven­tel­les quand on est au bon endroit…

c6.jpg Du jaune pâle et du gris.

c7.jpg Une place vide et triste.

c8.jpg

c9.jpg

c10.jpg

c11.jpg

c12.jpg

c13.jpg Une archi­tec­ture com­plexe, voire manié­rée, qui man­que de légé­reté et qui sera dif­fi­cile à entre­te­nir.

c14.jpg Coté Les­cot, en facade, des por­tes plei­nes et gri­ses…

c15.jpg

c16.jpg Les esca­la­tors de la porte Les­cot pas encore ouverts et la Cano­pée qui sem­ble se cour­ber vers le sol sous son poids.

c17.jpg

c18.jpg

c19.jpg

c20.jpg