Michel Sapin a perdu une occa­sion de se taire en par­lant de “naï­veté” à pro­pos de l’atti­tude des auto­ri­tés bel­ges. Le jour d’un atten­tat qui plonge la Bel­gi­que dans la dou­leur et la peur, c’était évi­dem­ment déplacé et notre minis­tre aurait mieux fait de se taire et de s’occu­per à autre chose, à la lec­ture du der­nier livre de Tho­mas Piketty, par exem­ple… C’est avec per­ti­nence que Manuel Valls a “reca­dré” son Minis­tre.

Le tweet de Bruno Le Roux “Atten­tats ter­ro­ris­tes et pro­tec­tion de notre pays, la droite séna­to­riale qui blo­que la révi­sion cons­ti­tu­tion­nelle est irres­pon­sa­ble” m’a éga­le­ment cho­qué. Il a sus­cité des réac­tions indi­gnées sur la toile (dont la mienne). Cette ten­ta­tive de récu­pé­ra­tion poli­ti­cienne était indé­cente et mon­tre à quel point cer­tains res­pon­sa­bles poli­ti­ques vivent dans un autre monde ou la sim­ple huma­nité sem­ble avoir dis­paru. La modi­fi­ca­tion de la Cons­ti­tu­tion n’aurait évi­dem­ment aucune effi­ca­cité con­tre le jiha­disme et se préoc­cu­per d’un pro­blème de majo­rité au Sénat à quel­ques heu­res d’un atten­tat est navrant.

Marine Le Pen s’est quant à elle dis­tin­guée en deman­dant la fer­me­ture de notre fron­tière avec la Bel­gi­que ce qui, évi­dem­ment, n’est pas pos­si­ble.

Je ne crois pas que la lutte con­tre le jiha­disme exige de gran­des modi­fi­ca­tions de la loi. Ni la déchéance de natio­na­lité, ni la per­pé­tuité réelle pro­po­sée par Natha­lie Kos­ciusko Mori­zet ne devraient être au coeur du débat puis­que ces deux mesu­res n’auront aucun effet dans la lutte con­tre l’isla­misme radi­cal.

J’entends bien que la pro­po­si­tion de per­pé­tuité réelle vise à pro­té­ger les fran­çais lors de l’éven­tuelle libé­ra­tion d’isla­mis­tes dans plus de vingt ans mais l’adop­tion d’une telle pro­po­si­tion se heurte à un prin­cipe et à une réa­lité.

Le prin­cipe c’est que l’homme qui sort de pri­son après une lon­gue peine n’est pas celui qui y est entré. Je pense qu’un homme peut tou­jours chan­ger, qu’il peut retrou­ver l’huma­nité qu’il a plus ou moins long­temps per­due. Tout con­damné doit avoir un espoir, même mince de sor­tir et de se réin­sé­rer.

La réa­lité, c’est qu’un détenu qui sait qu’il ne sor­tira jamais n’a rien à per­dre et qu’il cons­ti­tue un grand dan­ger pour le per­son­nel péni­ten­tiaire.

Je sais gré à Hervé Morin et Rachida Dati d’avoir rap­pelé ce prin­cipe et cette réa­lité. Ils ont été mieux ins­pi­rés sur ce sujet que Manuel Valls prêt à étu­dier la per­pé­tuité réelle…

La lutte con­tre l’isla­misme radi­cal demande des moyens et la vigi­lance de tous mais aussi une véri­ta­ble lutte idéo­lo­gi­que pour défen­dre les valeurs répu­bli­cai­nes et notre con­cep­tion de la laï­cité.

Par souci de faci­li­ter une inté­gra­tion pour­tant en par­tie en panne dans notre pays, beau­coup de fran­çais ont à mon sens baissé la garde dans la défense de nos valeurs.

Les droits des fem­mes ont régressé dans cer­tains quar­tiers, la reli­gion musul­mane, qui doit être res­pec­tée comme les autres, a par­fois tenté de modi­fier nos maniè­res de vivre et d’ensei­gner.

Parce que l’occi­dent a com­mis de nom­breux cri­mes, on a par­fois fait preuve de laxisme devant des com­por­te­ments et des thè­ses qui doi­vent être com­bat­tus avec fer­meté.

La France fait aussi preuve, pour des rai­sons finan­ciè­res et com­mer­cia­les d’une insup­por­ta­ble man­sué­tude pour des régi­mes qui ne res­pec­tent pas les droits de l’homme et qui par­fois finan­cent le ter­ro­risme.

Sur tout ces sujets, il faut réflé­chir et agir. La réflexion passe par la con­nais­sance du monde et de nos enne­mis. Il est à cet égard navrant de voir le peu de moyens alloués à la recher­che uni­ver­si­taire dans les domai­nes con­cer­nés.

On peut enfin espé­rer, sans trop y croire, que les hom­mes et fem­mes poli­ti­ques feront pas­ser l’inté­rêt natio­nal avant les pos­tu­res que leur ins­pi­rent leurs con­si­dé­ra­tions de tac­ti­que poli­ti­que.