Il est d’abord un aver­tis­se­ment juste sur les con­sé­quen­ces de la poli­ti­que menée depuis le début du quin­quen­nat.

Je ne suis pas de ceux qui cri­ti­quent sys­té­ma­ti­que­ment le gou­ver­ne­ment ou le Pré­si­dent de la Répu­bli­que. J’aurais même ten­dance à recher­cher avec un cer­tain achar­ne­ment ce qui est défen­da­ble tant je sou­haite et j’espère que ni les « Répu­bli­cains », ni le Front natio­nal ne par­vien­nent au pou­voir en 2017 et je suis cons­cient de l’inca­pa­cité de la gau­che d’oppo­si­tion à cons­truire dans le chaos poli­ti­que actuel une alter­na­tive cré­di­ble.

Reste que la con­fiance aveu­gle dans les lois du mar­ché, l’absence de volonté pour inflé­chir les déci­sions euro­péen­nes, l’accep­ta­tion pas­sive des com­por­te­ments igno­bles des para­dis fis­caux (parmi les­quels il faut hélas comp­ter le Luxem­bourg, la Suisse et l’Irlande) et l’idée que les droits sociaux sont un obs­ta­cle au déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que carac­té­ri­sent main­te­nant notre gou­ver­ne­ment même s’il est pro­ba­ble que cer­tains de ses mem­bres sub­sti­tuent à la la réflexion et à l’étude de la situa­tion, le sui­visme pares­seux des pro­fes­sion­nels de la poli­ti­que pour les­quels la pro­messe d’une inves­ti­ture, d’une siné­cure ou d’une pro­mo­tion res­tent des argu­ments déci­sifs quand il s’agit d’approu­ver une déci­sion que l’on aurait ni prise, ni approu­vée par soi-même.

L’atti­tude d’un Sapin, disant en plai­san­tant à pro­pos du livre de Tho­mas Piketty Le Capi­tal au XXIème siè­cle “Il est trop lourd pour moi, trop gros” exprime bien le mépris de cer­tains poli­ti­ques pour la réflexion citoyenne et la recher­che uni­ver­si­taire.

Les habi­tu­des de dire et de pen­ser empê­chent encore trop sou­vent aujourd’hui de mesu­rer l’ampleur des déri­ves de cer­tains de nos ” cama­ra­des ” dans le champ poli­ti­que.

Cer­tains « socia­lis­tes », empor­tés par leur élan libé­ral se retrou­vent à droite de cer­tains cen­tris­tes et quand on dit dans les medias que cer­tains « répu­bli­cains » sont « macron-com­pa­ti­bles », on ne dit rien sur ces « répu­bli­cains » qui ont tou­jours été clai­re­ment à droite et le res­tent, mais quel­que chose de vrai (et de triste) sur Emma­nuel.

Le texte qui vent d’être publié (et dont je suis signa­taire), est éga­le­ment utile dans la mesure où il peut ini­tier un débat de l’ensem­ble de l’ancienne gau­che qui ne se limite pas aux invec­ti­ves sans débou­chés d’un Mélan­chon. Son arro­gance le prive de tout ave­nir, sauf si l’on appelle ave­nir le fait de se faire accla­mer sans jamais inflé­chir la poli­ti­que qui est menée par le gou­ver­ne­ment.

Le débat ne doit pas non plus se réduire à la con­dam­na­tion sté­rile des socia­lis­tes car si le Parti Socia­liste ne sort pas grandi de ce début de quin­quen­nat hol­lan­dais, il faut dire clai­re­ment que ses mili­tants doi­vent être res­pec­tés dans leur enga­ge­ment et dans leur diver­sité. Si on les écoute, on se rend compte que beau­coup sont dubi­ta­tifs voir fran­che­ment cho­qués par la poli­ti­que menée par le gou­ver­ne­ment de Manuel Vals. Il faut bien gar­der en tête qu’il n’y a pas de majo­rité de rechange ni même d’inflexion de l’actuelle poli­ti­que sans l’inter­ven­tion d’un nom­bre impor­tant de mili­tants et de sym­pa­ti­sants du P.S.

Le débat doit aussi pren­dre en compte les réa­li­tés con­tem­po­rai­nes. Je ne con­çois pas l’ave­nir de la gau­che comme un retour à des con­cep­tions dépas­sées par les trans­for­ma­tions du monde, l’évo­lu­tion des idées et sur­tout par les pro­grès des scien­ces et des tech­ni­ques.

Les pri­ses de cons­cience envi­ron­ne­men­ta­les modi­fient pro­fon­dé­ment les pers­pec­ti­ves non pas seu­le­ment de la France mais du monde entier. La gau­che n’a fait que com­men­cer à les inté­grer dans son pro­jet.

La guerre impo­sée par Daesh modi­fie évi­dem­ment notre vie et doit modi­fier notre réflexion sur la police et l’armée.

La mon­dia­li­sa­tion est une réa­lité, poten­tiel­le­ment heu­reuse car elle rend pos­si­ble la crois­sance de pays naguère ou jadis peu déve­lop­pés. Ce n’est pas de slo­gans dont nous avons besoin dans ce domaine mais d’une stra­té­gie claire d’inser­tion dans la nou­velle divi­sion du tra­vail qui s’ins­taure.

Le déve­lop­pe­ment du numé­ri­que (robo­ti­sa­tion, inter­net, ubé­ri­sa­tion,…) ne doit pas faire peur mais être mis au ser­vice des peu­ples. Il néces­site des inves­tis­se­ments impor­tants qui ne peu­vent être lais­sés à l’ini­tia­tive pri­vée mais aussi réflexions et ins­tau­ra­tion de règles.

Bref, il ne s’agit pas de céder au con­ser­va­tisme si pré­sent à droite et à gau­che, sur­tout dans les orga­ni­sa­tions. Réfor­mer ? Evo­luer ? Cer­tai­ne­ment, mais pas pour se sou­met­tre à la finance ou pour dimi­nuer les droits sociaux.

Nous savons main­te­nant que le Pré­si­dent de la Répu­bli­que, quel­les que soient par ailleurs les indé­nia­bles et émi­nen­tes qua­li­tés dont il a fait preuve en poli­ti­que étran­gère et dans la ges­tion de la situa­tion résul­tant des atten­tats de l’année der­nière, est inca­pa­ble de con­ce­voir un pro­jet de pro­grès pour notre pays.

Ce n’est pas une rai­son pour renon­cer à le bâtir ni pour aban­don­ner les valeurs de la gau­che.