Une mau­vaise poli­ti­que

Comme une majo­rité de fran­çais, je suis en désac­cord avec la poli­ti­que menée par Fran­çois Hol­lande et Manuel Valls.

Je ne fais pas par­tie de ceux qui trou­vent tout mau­vais. La poli­ti­que étran­gère menée par le Pré­si­dent de la Répu­bliqe n’est pas par­faite mais des déci­sions cou­ra­geu­ses ont été pri­ses.

Ce fut le cas lors de l’inter­ven­tion au Mali qui a incon­tes­ta­ble­ment per­mis d’évi­ter de nom­breux morts maliens et l’ins­tal­la­tion, sans doute pour long­temps, d’un pays dirigé par nos enne­mis isla­mi­ques en Afri­que. Ce fut le cas éga­le­ment pour la Cen­tra­fri­que et pour l’enga­ge­ment de nos for­ces con­tre les dji­ha­dis­tes.

La lutte con­tre le ter­ro­risme est menée con­for­mé­ment aux inté­rêts de notre pays.

Dans le domaine de l’envi­ron­ne­ment, le gou­ver­ne­ment tra­vaille sérieu­se­ment au suc­cès de la COP21 et la manière dont a été maî­tri­sée l’affaire du bar­rage de Sivens a mon­tré une volonté de con­ci­lier intel­li­gem­ment le res­pect de la nature et le res­pect de l’état de droit.

J’ai déjà dit ici que j’approu­vais dans son prin­cipe la réforme ter­ri­to­riale même si sa mise en oeu­vre me parait chao­ti­que. Pour­quoi ne pas recon­naî­tre l’inté­rêt de la créa­tion de gran­des régions, du remo­de­lage des agglo­mé­ra­tions ou sur­tout, puis­que c’est d’actua­lité, le pro­grès con­si­dé­ra­ble que cons­ti­tue l’ins­tau­ra­tion de la parité dans les con­seils dépar­te­men­taux grâce au nou­veau mode de scru­tin? Le pour­cen­tage de fem­mes élues dans les con­seils dépar­te­men­taux va pas­ser ins­tan­ta­né­ment le 29 de 13 à 50 % !

D’autres aspects sont éga­le­ment posi­tifs comme le mariage pour tous et cer­tai­nes réfor­mes de moin­dre impor­tance.

Reste que les orien­ta­tions éco­no­mi­ques et socia­les du gou­ver­ne­ment me parais­sent mau­vai­ses et force est de cons­ta­ter que les résul­tats ne sont pas au ren­dez-vous, qu’il s’agisse de la crois­sance ou de la réduc­tion du chô­mage, après trois ans très dif­fi­ci­les pour les fran­çais.

Fran­çois Hol­lande, il est vrai, avait peu pro­mis lors de la cam­pa­gne pré­si­den­tielle et plus béné­fi­cié du rejet de Nico­las Sar­kozy que d’une adhé­sion à son pro­gramme. Mais main­te­nant qu’il est au pou­voir, sa dif­fi­culté à pen­ser et à met­tre en oeu­vre un véri­ta­ble pro­jet de trans­for­ma­tion sociale appa­raît au grand jour sus­ci­tant la décep­tion et décou­ra­geant l’adhé­sion. Dans de nom­breux domai­nes, comme la jus­tice ou le loge­ment, la volonté poli­ti­que néces­saire n’est pas au ren­dez-vous.

Cer­tes, la situa­tion éco­no­mi­que com­mence à s’amé­lio­rer et nous n’allons pas « dans le mur » comme le disent cer­tains avec ce catas­tro­phisme vis­cé­ral qui est dan­ge­reux pour notre éco­no­mie et impro­duc­tif poli­ti­que­ment.

Mais quand la reprise sera là, quand la courbe du chô­mage se sera inver­sée, on se ren­dra compte que les plus modes­tes auront payé l’essen­tiel des dégâts de la crise et que les iné­ga­li­tés se seront aggra­vées. Les pau­vres seront aussi pau­vres ou un peu plus pau­vres et les riches seront net­te­ment plus riches. Le ser­vice public sera un peu moins pré­sent, les idées du Front Natio­nal auront pro­gressé et la démo­cra­tie sera affai­blie.

Beau­coup de jeu­nes n’auront pas réussi à s’insé­rer, cer­tains auront pris le che­min de la délin­quance, d’autres celui du com­mu­nau­ta­risme ou du ter­ro­risme. Quel­ques fran­çais de plus, hélas, auront choisi de met­tre fin à une vie sans sens et ne seront plus là pour voir Fran­çois Hol­lande se féli­ci­ter d’une poli­ti­que qui aura pré­servé les inté­rêts de l’ennemi affi­ché, la finance inter­na­tio­nale. C’est cela aussi, la gau­che socia­liste au pou­voir…

La poli­ti­que natio­nale actuel­le­ment menée est d’ailleurs con­tes­tée par de nom­breux fran­çais et parmi les plus poli­ti­sés par des citoyens venant de divers hori­zons, qu’il s’agisse des dif­fé­ren­tes com­po­san­tes de ce qui fut le front de gau­che, de lar­ges pans des éco­lo­gis­tes et aussi, sachons le recon­naî­tre de nom­breux socia­lis­tes qu’on aurait grand tort de pré­sen­ter comme des agneaux bêlants même si de nom­breux can­di­dats ber­gers ten­tent sans grand suc­cès de les ini­tier au panur­gisme.

Un nou­veau pay­sage ?

Ces évo­lu­tions mal­heu­reu­ses doi­vent-elles nous inci­ter à repen­ser le pay­sage poli­ti­que, ou pour dire plus crû­ment les cho­ses, le Parti socia­liste doit-il être classé à droite parce qu’il épouse cer­tai­nes des thè­ses de nos adver­sai­res? Je ne le pense pas.

D’abord parce qu’il faut con­naî­tre les socia­lis­tes et les com­pren­dre, ou, pour le dire autre­ment, il faut pri­vi­lé­gier, comme je le fais depuis plus de 40 ans, une ana­lyse dia­lec­ti­que du Parti Socia­liste et d’ailleurs des petits par­tis verts et radi­caux.

Les valeurs qui sont à l’ori­gine de l’enga­ge­ment des mili­tants socia­lis­tes res­tent des valeurs de gau­che, qu’il s’agisse de la jus­tice sociale, de la réduc­tion des iné­ga­li­tés, du déve­lop­pe­ment de la cul­ture, de la prio­rité qu’ils don­nent à l’édu­ca­tion, des valeurs huma­nis­tes qu’ils s’effor­cent avec plus ou moins de bon­heur de pro­mou­voir…

La gau­che qui se trompe n’est pas la droite.

D’autre part, parce qu’au strict point de vue de la stra­té­gie poli­ti­que, il ne serait utile d’adop­ter une nou­velle géo­gra­phie du pay­sage poli­ti­que fran­çais que si elle pou­vait per­met­tre de ten­ter de pren­dre le pou­voir.

C’est l’erreur fon­da­men­tale du Parti de gau­che que de pen­ser qu’il est pos­si­ble de ren­dre hégé­mo­ni­que la gau­che sans l’élec­to­rat socia­liste ou pour le dire autre­ment, que le peu­ple de gau­che auquel il se réfère est autre chose qu’un fan­tasme. Ne pas voir le dépla­ce­ment vers la droite de la société fran­çaise est une erreur qui accen­tue ce mou­ve­ment en ne per­met­tant pas d’adap­ter les lut­tes aux réa­li­tés du monde dans lequel elles s’insè­rent.

Après tout, c’est sur les rui­nes d’une SFIO dis­cré­di­tée que l’actuel Parti Socia­liste a été cons­truit. L’His­toire n’est pas un éter­nel recom­men­ce­ment mais sa dyna­mi­que n’incite pas à déses­pé­rer de l’ave­nir.

J’ajoute que cette remise en cause de la défi­ni­tion de la gau­che mène à nier, ou à atté­nuer l’inté­rêt, de tout le tra­vail posi­tif effec­tué dans les com­mu­nes, les Con­seils Géné­raux et les régions par des majo­ri­tés sou­vent com­po­sées d’élus socia­lis­tes, com­mu­nis­tes et éco­lo­gis­tes. C’est l’absur­dité poli­ti­que de la posi­tion d’un Bruno Piriou qui tra­vaille depuis de nom­breu­ses années dans une majo­rité de ce type et qui a refusé, pour les dépar­te­men­ta­les d’après-demain d’en être le can­di­dat. Tous les com­mu­nis­tes, heu­reu­se­ment, ne com­met­tent pas la même erreur.

Ne pas remet­tre en cause le pay­sage poli­ti­que n’impli­que évi­dem­ment aucun renon­ce­ment sur le fond. Au lieu de se réfu­gier dans des cha­pel­les, les mili­tants du Front de gau­che feraient mieux de dia­lo­guer avec le peu­ple réel et en par­ti­cu­lier avec les élec­teurs du Front Natio­nal qui repré­sente de plus en plus les exclus du sys­tème capi­ta­liste et les vic­ti­mes de la crise.

Le choix du 22 mars

C’est une tra­di­tion fran­çaise (le Géné­ral de Gaulle y est pour quel­que chose) que de sou­vent répon­dre lors d’un scru­tin à une ques­tion qu’il ne pose pas.

C’était vrai jadis pour les réfé­ren­dums que le Géné­ral trans­for­mait en plé­bis­ci­tes, c’était vrai naguère pour les muni­ci­pa­les et ce sera sans doute vrai le 29 mars où beau­coup de fran­çais répon­dront à la ques­tion « Etes vous satis­fait du duo d’enfer Hol­lande-Valls? » alors que la ques­tion posée est : « quels con­seillers dépar­te­men­taux vou­lez-vous élire? » et donc « Quelle majo­rité vou­lez-vous pour le nou­veau con­seil dépar­te­men­tal ? ».

Bref, les scru­tins des 22 et 29 mars ne sont pas faits pour s’expri­mer sur la poli­ti­que natio­nale parce qu’il s’agit d’un scru­tin local. On vou­drait que cette affir­ma­tion soit un truisme, ce qu’elle n’est mal­heu­reu­se­ment pas.

Dès lors qu’on essaie de répon­dre à la ques­tion posée, les cho­ses sont assez sim­ples. Pour­quoi ? D’abord parce que Marie-Hélène Bacon et Jac­ques Picard cons­ti­tuent pour notre can­ton un «ticket» d’union EELV-socia­liste qui est la seule amorce cré­di­ble d’un ras­sem­ble­ment vic­to­rieux au second tour.

Ensuite parce que nos deux can­di­dats ont à la fois un bilan et un pro­jet.

Le bilan, c’est celui de la majo­rité sor­tante du Con­seil Géné­ral qu’ils enten­dent recon­duire. Je ne revien­drai pas ici sur les dif­fé­rents aspects de ce bilan que j’ai trouvé fort peu con­testé, en tous cas à gau­che, pen­dant cette cam­pa­gne. Il est même rai­son­na­ble de dire, ce que les socia­lis­tes ne diront pas, qu’il a con­tri­bué à atté­nuer, en Essonne, les méfaits de la poli­ti­que natio­nale.

Le pro­jet, c’est celui que nous avons dif­fusé dans tout le can­ton et pour­quoi ne pas dire que nos can­di­dats sont les seuls à pro­po­ser un pro­gramme détaillé qui con­cerne tou­tes les com­mu­nes de ce nou­veau can­ton ? Un pro­gramme de jus­tice sociale qui pré­serve l’inves­tis­se­ment et qui prend en compte, avec nos amis éco­lo­gis­tes, les exi­gen­ces de la lutte con­tre le réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que et de la pré­ser­va­tion de l’envi­ron­ne­ment.

Si l’on est de gau­che ou si tout sim­ple­ment on sou­haite le pro­grès social, si on est atta­ché au ser­vice public et au res­pect de notre envi­ron­ne­ment, on ne peut que sou­te­nir nos can­di­dats.

Pour­quoi ne pas voter Piriou ? D’abord parce qu’il a refusé l’union après avoir par­ti­cipé à la majo­rité dépar­te­men­tale depuis de nom­breu­ses années. Ensuite parce qu’il mène une aven­ture per­son­nelle, finan­cée par le Parti Com­mu­niste dont il ne se réclame sur aucun de ses docu­ments, enfin parce qu’il ne pour­rait bat­tre la droite s’il se retrou­vait au second tour. Le scru­tin des muni­ci­pa­les est là pour en témoi­gner.

Pour voter « plus à gau­che », vous feriez gagner la droite ! Au pre­mier tour, la vic­toire à la Piriou, c’est la vic­toire à la Pyr­rhus.

J’ajoute que le dis­cré­dit de la poli­ti­que en géné­ral et du gou­ver­ne­ment en par­ti­cu­lier est suf­fi­sam­ment avéré aujourd’hui pour que quel­ques voix pré­ten­du­ment « plus à gau­che » ne chan­gent rien dans l’appré­cia­tion qui sera por­tée sur ces élec­tions. La perte de notre can­ton pour la gau­che, qui peut entraî­ner la perte de la majo­rité au Con­seil Dépar­te­men­tal pour­rait par con­tre avoir des effets pour tous les esson­niens, qu’il s’agisse de la poli­ti­que sociale, de la pro­tec­tion de l’envi­ron­ne­ment, de la défense du ser­vice public ou des moyens don­nés aux col­lè­ges.

C’est donc sans rien renier mes con­vic­tions et en ne renon­çant à aucune cri­ti­que de la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale que je vote­rai diman­che pour Marie-Hélène et Jac­ques. Une manière, non de me faire plai­sir, mais d’essayer d’être utile à mes con­ci­toyens.