1. La mort d’un jeune homme comme Rémi Fraisse ne peut que sus­ci­ter tris­tesse et com­pas­sion pour ses pro­ches. Il est posi­tif que de nom­breux ras­sem­ble­ments paci­fi­ques aient eu lieu pour expri­mer ces sen­ti­ments.

Il est clair que ce jeune homme est décédé alors qu’il défen­dait ses idées et quoi qu’on pense des idées en cause et de la manière dont ce décès est sur­venu, on ne peut que regret­ter ce qui s’est passé et cher­cher à faire en sorte qu’un tel drame ne se repro­duise pas.

2. Le décès de Rémi Fraisse est à l’évi­dence acci­den­tel. L’enquête en cours pré­ci­sera les cau­ses et les cir­cons­tan­ces de sa mort mais il est déjà clai­re­ment éta­bli que son décès est lié à l’explo­sion d’une gre­nade lan­cée par les for­ces de l’ordre en réponse aux actions de délin­quants qui les agres­saient. il me paraît évi­dent que le gen­darme qui a lancé cette gre­nade ne pou­vait vou­loir tuer, ni même ima­gi­ner qu’il pou­vait cau­ser cette mort. On est très loin des cir­cons­tan­ces de la mort de Malik Ous­se­kine où l’on avait assisté clai­re­ment à une bavure.

J’ai pris con­nais­sance avec inté­rêt de l’enquête de Média­part sur les “vio­len­ces poli­ciè­res”. Il est légi­time qu’on s’inter­roge pour savoir si les bon­nes déci­sions ont été pri­ses pour main­te­nir l’ordre et si elles ont été cor­rec­te­ment appli­quées. C’est d’ailleurs ainsi qu’on peut amé­lio­rer le tra­vail des for­ces de l’ordre.

Reste qu’il sera tou­jours très dif­fi­cile de s’oppo­ser à des mani­fes­tants qui cher­chent l’affron­te­ment et vien­nent “cas­ser du flic”. J’avoue ne pas par­ta­ger l’achar­ne­ment de cer­tains qui en de tel­les cir­cons­tan­ces cher­chent par tous les moyens à met­tre en cause la police et la gen­dar­me­rie. On aura beau exa­mi­ner les faits sous tous les angles, un fait est indis­cu­ta­ble : si des cas­seurs n’avaient pas affronté les for­ces de l’ordre en pleine nuit, Rémi Fraisse ne serait pas mort. En qu’on ne me parle pas de mani­fes­ta­tion pour des motifs éco­lo­gi­ques à deux heu­res du matin !

3. Les for­ces de l’ordre ont eu à répon­dre à Sivens à des atta­ques très vio­len­tes de la part d’une mino­rité d’indi­vi­dus très vio­lents qu’il ne faut pas con­fon­dre avec les nom­breux mani­fes­tants qui ont exprimé avec éner­gie mais dans le calme leur volonté de voir modi­fier une déci­sion prise démo­cra­ti­que­ment.

Ces cas­seurs ou ceux qui leur res­sem­blent ont recom­mencé le week-end der­nier, dans plu­sieurs vil­les, à com­met­tre de nom­breux délits. Il est impor­tant que les éco­lo­gis­tes et les for­ces de gau­che se déso­li­da­ri­sent clai­re­ment, comme je le fais ici, d’une mino­rité pour qui l’éco­lo­gie ou la révo­lu­tion ne sont sou­vent que des pré­tex­tes pour détruire et affron­ter la police. L’inter­ven­tion de Mathieu Bur­nel, dans l’émis­sion Ce soir ou jamais sur la 5 m’a paru à cet égard à la limite de ce qu’une démo­cra­tie peut sup­por­ter.

4. Dans ces cir­cons­tan­ces, si il était sou­hai­ta­ble qu’une enquête soit ouverte et menée en toute clarté, il n’était à mon sens pas néces­saire d’en faire une “affaire d’Etat” et encore moins de met­tre en cause la res­pon­sa­bi­lité du gou­ver­ne­ment ou de deman­der la démis­sion du Minis­tre de l’inté­rieur qui m’a paru dans cette affaire accom­plir cor­rec­te­ment sa tâche.

Il est fâcheux que quel­ques élé­ments venant de l’éco­lo­gie ou du Front de Gau­che aient adopté une atti­tude ambigüe et par­fois irres­pon­sa­ble. C’est une chose que de sou­hai­ter amé­lio­rer les méca­nis­mes de pri­ses de déci­sion de notre démo­cra­tie, c’en est une autre que de con­fier à des mani­fes­tants vio­lents les déci­sions que pren­nent nor­ma­le­ment nos élus.

5. On s’est inter­rogé, dans cer­tains médias, sur la cou­leur poli­ti­que des cas­seurs. Il est pro­ba­ble que cer­tains ont quel­ques con­vic­tions éco­lo­gi­ques ou révo­lu­tion­nai­res. Ils veu­lent dans l’ensem­ble remet­tre en cause le sys­tème poli­ti­que et l’hégé­mo­nie du capi­tal. Ces objec­tifs, au demeu­rant sym­pa­thi­ques, ne peu­vent cepen­dant être dis­so­ciés de la manière dont ils sont pour­sui­vis.

En adop­tant un mode d’action ultra­mi­no­ri­taire et vio­lent, ils se sont d’emblée sépa­rés des fran­çais les plus pau­vres et qui souf­frent le plus de la crise, des quel­ques orga­ni­sa­tions qui en repré­sen­tent cer­tains et des nom­breux fran­çais sen­si­bles, à juste titre aux thè­mes de l’éco­lo­gie poli­ti­que. Ils se livrent donc à une lutte qui non seu­le­ment n’a aucun débou­ché poli­ti­que mais qui, par le rejet qu’elle occa­sionne; ren­force les tenants du sys­tème en place et ceux qui se pré­sen­tent comme garant de l’ordre. Sans doute l’éco­lo­gie a-t-elle trouvé là son lum­pen­pro­lé­ta­riat.

Bref, les cas­seurs délin­quants qui ont fait de l’affron­te­ment avec la police l’essen­tiel de leur action espè­rent sans doute faire naî­tre un monde nou­veau mais ils con­for­tent l’ordre ancien, don­nent des argu­ments à l’extrême droite et doi­vent donc être vigou­reu­se­ment com­bat­tus.

6. Ségo­lène Royal s’est enga­gée aujourd’hui dans la bonne voix en s’effor­çant de renouer le dia­lo­gue avec tous les pro­ta­go­nis­tes de cette affaire.

Je pense qu’elle a eu rai­son d’affir­mer qu’un ouvrage serait cons­truit. Ce serait en effet un pré­cé­dent très inquié­tant si des mani­fes­ta­tions et des débor­de­ment vio­lents cau­saient l’annu­la­tion d’un pro­jet démo­cra­ti­que­ment décidé par un Con­seil Géné­ral. De très nom­breux pro­jets seraient alors remis en cause un peu par­tout et pas seu­le­ment ceux qui sont éco­lo­gi­que­ment dis­cu­ta­bles.

7. Je ne peux m’empê­cher de pen­ser en ter­mi­nant ces quel­ques lignes à un autre jeune homme qui nous a quitté ces jours der­niers. Il s’agit de l’adju­dant Tho­mas Dupuis mort au Mali dans la nuit du 28 au 29 octo­bre. Un hom­mage lui sera rendu demain matin. Il y aura bien sûr un peu de monde sur le pont Alexan­dre III mais cette mort a été éclip­sée par les évé­ne­ments de Sir­vens et pour­tant…

Tho­mas Dupuis n’est pas mort par acci­dent. Il a été tué par des enne­mis de la France et de la liberté. Sol­dat d’élite, il avait accepté les ris­ques qu’il pre­nait au ser­vice de la France.

Il est mort pour elle, pour nous.