1. Il y a d’abord une réus­site indé­nia­ble au niveau de la forme. Manuel Valls n’est pas un grand ora­teur mais il s’est exprimé d’une manière claire, con­cise et inté­res­sante.

2. Sur la poli­ti­que éco­no­mi­que, force est de cons­ta­ter que l’orien­ta­tion du gou­ver­ne­ment reste une poli­ti­que de l’offre et donc une aide mas­sive et indif­fé­ren­ciée aux entre­pri­ses qui répond aux deman­des du Medef. Il s’agit avant tout de réduire le coût du tra­vail sans jamais s’inter­ro­ger sur le coût du capi­tal, sur l’accu­mu­la­tion de cer­tains pro­fits ou sur les méca­nis­mes “d’opti­mi­sa­tion fis­cale”. Je suis opposé à cette orien­ta­tion qui me paraît plus de nature à retar­der le retour de la crois­sance qu’à l’accé­lé­rer tout en per­met­tant l’accrois­se­ment des iné­ga­li­tés de salai­res et de reve­nus et je pense qu’il était juste de ne pas voter la con­fiance à ce gou­ver­ne­ment.

3. Je note l’absence d’une réelle poli­ti­que indus­trielle. Pas de choix de filiè­res à déve­lop­per de manière volon­ta­riste. Les hom­mes poli­ti­ques ont pris l’habi­tude d’évo­quer l’impor­tance du numé­ri­que mais on ne dis­cute jamais, par exem­ple, d’un déve­lop­pe­ment volon­ta­riste de la recher­che et d’une filière indus­trielle dans le domaine de la robo­ti­que, de l’inter­net des objets ou des nano­tech­no­lo­gies.

4. La répar­ti­tion des éco­no­mies à réa­li­ser a été pré­ci­sée mais il est dif­fi­cile de se pro­non­cer actuel­le­ment sur ce point car nous n’avons qu’une répar­ti­tion géné­rale sans con­naî­tre les points d’appli­ca­tion pré­cis de ces mesu­res. Si des éco­no­mies peu­vent et doi­vent être réa­li­sées, une con­trac­tion trop forte de la dépense publi­que, en par­ti­cu­lier dans le domaine des inves­tis­se­ments peut être con­tre-pro­duc­tive.

Je suis éga­le­ment inquiet au sujet des 10 mil­liards d’éco­no­mie pré­vus sur l’assu­rance mala­die. Ils ne doi­vent pas réduire les pres­ta­tions uti­les aux mala­des. Quant aux 11 mil­liards d’éco­no­mie résul­tat d’une plus grande jus­tice, d’une mise en cohé­rence et d’une meilleure lisi­bi­lité de notre sys­tème de pres­ta­tions, pour repren­dre les pro­pos de Manuel Valls, on reste ici dans un flou artis­ti­que qui devra être rapi­de­ment dis­sipé.

5. Il y a cer­tes dans les annon­ces de Manuels Valls, des mesu­res qui inflé­chis­sent la poli­ti­que de l’offre en redon­nant du pou­voir d’achat aux plus modes­tes. Je les approuve, mais elles sont timi­des, ne réta­blis­sent pas une poli­ti­que équi­li­brée entre offre et demande et sur­tout nous ne savons pas com­ment elles seront finan­cées.

6. Même s’il sem­ble que la France va deman­der de nou­veaux délais pour faire entrer son défi­cit dans les nor­mes euro­péen­nes et si le taux de change de l’euro a été cri­ti­qué, l’ortho­doxie finan­cière impo­sée par l’Europe n’est pas remise en cause, pas plus que le carac­tère anti-démo­cra­ti­que des ins­ti­tu­tions euro­péen­nes.

7. J’ai aussi noté l’absence totale de cri­ti­que et de volonté d’action con­tre la finance inter­na­tio­nale, jadis dénon­cée par Fran­çois Hol­lande. Nico­las Sar­kozy nous a menti en nous annon­çant avoir réglé le pro­blème des para­dis fis­caux et le silence de Valls mon­tre qu’il a renoncé à met­tre fin aux agis­se­ments indi­gnes de pays comme la Suisse, le Luxem­bourg ou Jer­sey pour ne pren­dre que trois exem­ples.

8. Les qua­tre mesu­res annon­cées au sujet du mil­le­feuille ter­ri­to­rial m’ont paru per­ti­nen­tes , je les sou­tiens depuis long­temps. Il est per­ti­nent de réduire le nom­bre des régions afin de leur don­ner une taille cri­ti­que suf­fi­sante, pro­che de celle des län­der alle­mands. Il faut bien entendu que ce pro­ces­sus soit mené non seu­le­ment en amé­lio­rant l’effi­ca­cité du sys­tème mais aussi en réa­li­sant des éco­no­mies.

Une nou­velle carte des inter­com­mu­na­li­tés est éga­le­ment sou­hai­ta­ble si elle met fin à cer­tai­nes aber­ra­tions résul­tant plus des inté­rêts poli­ti­ques des élus que de l’inté­rêt bien com­pris des habi­tants.

La fin de la clause de com­pé­tence géné­rale per­met­tra bien entendu de faire des éco­no­mies. Quant à la sup­pres­sion des con­seils géné­raux, je n’avais pas espéré que cette mesure, que je défends depuis plu­sieurs années, serait pro­po­sée au niveau gou­ver­ne­men­tal de mon vivant. Je doute que Manuel Valls réus­sisse à la met­tre en oeu­vre mais je suis très heu­reux qu’il l’ai pro­po­sée.

J’ajoute, con­trai­re­ment à ce que des hom­mes poli­ti­ques de tou­tes les sen­si­bi­li­tés affir­ment déjà, que cette sup­pres­sion est de nature à com­bat­tre le dis­cré­dit des poli­ti­ques et de la poli­ti­que. Beau­coup de fran­çais ne con­nais­sent pas leur con­seiller géné­ral ou leurs con­seillers régio­naux, on a ajouté récem­ment des élus com­mu­nau­tai­res eux aussi sou­vent incon­nus des citoyens. Une réduc­tion du nom­bre d’élus et du nom­bre de niveaux de déci­sion per­met­tra si elle est bien menée de réa­li­ser des éco­no­mies signi­fi­ca­ti­ves et amé­lio­rera l’effi­ca­cité des com­mu­nau­tés ter­ri­to­ria­les mais elle peut éga­le­ment aider à récon­ci­lier les citoyens avec les élus en rédui­sant leur nom­bre et en en cla­ri­fiant leurs res­pon­sa­bi­li­tés.

9. Les inten­tions du Pre­mier Minis­tre dans le domaine de la tran­si­tion éner­gé­ti­que sont jus­tes mais très géné­ra­les. il faut atten­dre la loi qui sera pré­sen­tée avant l’été pour y voir plus clair.

10. Flou éga­le­ment dans le domaine des ryth­mes sco­lai­res où on ne sait pas quels seront les ” assou­plis­se­ments ” de la réforme à laquelle je reste atta­ché car elle cor­rige une déci­sion prise sous l’ère Sar­kozy qui n’était pas con­forme aux inté­rêts des enfants.