Soyons déter­mi­nés.

À Cor­beil-Esson­nes, la droite a ravi en 1995 la muni­ci­pa­lité gérée pen­dant 36 ans par Roger Com­bris­son, à cause de la per­sé­vé­rance obs­ti­née de son for­tuné can­di­dat Serge Das­sault. Mais cette ville, for­te­ment ancrée à gau­che depuis 20 ans, ne dési­gne la droite comme légi­time… qu’aux élec­tions muni­ci­pa­les. Pour mémoire, la gau­che bat la droite de 4000 voix aux légis­la­ti­ves et aux pré­si­den­tiel­les de 2012 (60,8% et 63,20% pour le PS dont un report de 2459 voix soit 15,77% pour le Front de gau­che).

En 2014, allons-nous être capa­bles de met­tre un terme à cette aber­ra­tion ? Per­sonne n’ignore aujourd’hui les pra­ti­ques de cor­rup­tion élec­to­rale pour les­quel­les Serge Das­sault a été inva­lidé de sa fonc­tion de maire en 2008 par le Con­seil d’État. Il est désor­mais au cœur, tout comme Jean-Pierre Bech­ter, son suc­ces­seur à la mai­rie depuis 2009, d’une ins­truc­tion pour ten­ta­tive d’assas­si­nat. Nous avons à faire à une droite sans foi ni loi, qui pac­tise depuis de lon­gues années et sans rete­nue avec le Front Natio­nal, rare­ment pré­sent de façon auto­nome sur notre ville.

La gau­che est repré­sen­tée depuis 2001 par Bruno Piriou qui, à cha­que élec­tion crée une nou­velle asso­cia­tion : Géné­ra­tion citoyenne en 2001, La Vil­lEn­sem­ble en 2008 , le prin­temps en 2013. Empê­ché en 2009 , Michel Nouaille est alors dési­gné pour pren­dre la tête de liste et mener le com­bat de la recon­quête con­tre la droite. Il perd de 27 voix.

Ici comme ailleurs, les com­mu­nis­tes ne vivent pas dans l’una­ni­mité. Ce serait d’ailleurs étrange, compte tenu de la com­plexité des pro­blè­mes aux­quels nous som­mes tous con­fron­tés. Ce ne sont pas les diver­gen­ces qui posent pro­blème, mais le fait qu’elles soient deve­nues para­ly­san­tes au regard des ques­tions vita­les de la popu­la­tion. Comme disait Colu­che : «vou­lons-nous gagner les élec­tions ou vou­lons-nous que les Fran­çais les gagnent ? ».Le second objec­tif exclut toute idée de « mérite » et néces­site d’être hum­ble et à l’écoute de la popu­la­tion et de ses urgen­ces.

À trois mois des muni­ci­pa­les, et après huit mois de ren­con­tres et de réflexions col­lé­gia­les, nous voici con­fron­tés à un dilemme ubues­que. Un large ras­sem­ble­ment ini­tié par le Front de gau­che s’est cons­truit, « Cor­beil-Esson­nes soli­daire et citoyenne ». Con­duit par 150 acteurs, il a ébau­ché un pro­jet poli­ti­que et dési­gné sa tête de liste, Michel Nouaille. Depuis de longs mois, ces per­son­nes comme tous les acteurs du Front de gau­che atten­dent patiem­ment que le parti com­mu­niste se pro­nonce sur cette can­di­da­ture. Ce fut enfin le cas le 18 novem­bre der­nier où 80% des com­mu­nis­tes dési­gnent Michel Nouaille comme tête de liste du ras­sem­ble­ment pos­si­ble. Les par­tis de gau­che et leurs mili­tants ont fait savoir leur totale dis­po­ni­bi­lité pour par­ta­ger cette can­di­da­ture et les axes poli­ti­ques qui la fon­dent.

L’asso­cia­tion « Le prin­temps », qui se veut apo­li­ti­que et refuse tout ras­sem­ble­ment, pré­tend incar­ner à elle seule les atten­tes et les besoins de la popu­la­tion et somme cha­cun de se fon­dre en elle indi­vi­duel­le­ment, niant toute exis­tence orga­ni­sa­tion­nelle autre. Un cer­tain nom­bre de Cor­beil-Esson­nois affi­chent une méfiance légi­time face au fait qu’un élu crée une orga­ni­sa­tion qui déni­gre les ins­ti­tu­tions où il siège et le parti qui l’ali­mente. La pos­ture poli­ti­que du « tous pour­ris sauf moi » ne peut que nour­rir la déses­pé­rance et l’abs­ten­tion et con­duire à la vic­toire de la droite. Oui, nous avons rai­son d’être ter­ri­ble­ment cri­ti­ques vis à vis du PS, des Verts. Nous le som­mes aussi, par­fois, vis à vis du Front de gau­che ou de notre pro­pre parti. Heu­reu­se­ment! Ce ne sont que des outils, per­fec­ti­bles. Mais puis­que nous avons choisi la voie démo­cra­ti­que, ce qui est sage, il faut con­vain­cre, expli­quer, inven­ter croire en l’intel­li­gence col­lec­tive con­tre le popu­lisme et le sim­plisme qui ne sont mal­heu­reu­se­ment pas l’apa­nage du seul Front natio­nal. La gau­che et la droite, cela a encore du sens, même s’il faut leur en redon­ner. Ouvrons des pers­pec­ti­ves. Il est tel­le­ment urgent de faire enten­dre la voix de la rai­son pour faire de notre muni­ci­pa­lité un rem­part aux souf­fran­ces. Mais pour cela, il faut des expres­sions publi­ques cou­ra­geu­ses, por­tant des exi­gen­ces poli­ti­ques for­tes. Unis­sons-nous dans nos dif­fé­ren­ces.

Anne COU­LON. Ensei­gnante. Adhé­rente au parti Com­mu­niste.

(Texte mis à jour le 5 décem­bre 2013)