« ”Ne crai­gnez jamais de vous faire des enne­mis;

si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait.” »

Geor­ges Clé­men­ceau



Au moment d’écrire ce texte qui résume les ana­ly­ses que j’ai ten­tées et les posi­tions que j’ai pri­ses dans cette pré-cam­pa­gne pour les pro­chai­nes élec­tions muni­ci­pa­les à Cor­beil-Esson­nes, j’éprouve deux sen­ti­ments con­tra­dic­toi­res.

Un sen­ti­ment de devoir accom­pli. J’ai tra­vaillé sérieu­se­ment au ras­sem­ble­ment de la gau­che pour bat­tre la droite dans notre ville. J’ai eu plai­sir à mili­ter avec beau­coup de cama­ra­des. J’aurais voulu faire plus et mieux mais je ne crois pas m’être laissé aller à pri­vi­lé­gier de mau­vai­ses rai­sons comme l’ambi­tion per­son­nelle ou la ran­coeur ni jamais avoir perdu de vue l’inté­rêt de mes con­ci­toyens.

Un sen­ti­ment d’échec et de tris­tesse. Nous ne som­mes pas par­ve­nus, jusqu’à aujourd’hui à créer les con­di­tions d’une con­tes­ta­tion sérieuse de la droite locale, pour­tant mar­quée par une excep­tion­nelle noci­vité pour les con­di­tions de vie de nos con­ci­toyens mais aussi pour l’état moral de notre ville.

Cer­tains, indi­vi­dus ou orga­ni­sa­tions, ont com­mis des erreurs, en par­ti­cu­lier le Parti Com­mu­niste Fran­çais mais la plu­part des mili­tants de gau­che ont voulu bien faire.

Il est de ces efforts col­lec­tifs où les bon­nes volon­tés de beau­coup abou­tis­sent à la médio­crité et à l’échec de l’ensem­ble. C’est pour l’ins­tant le cas.




Je rap­pel­le­rai d’abord, à grands traits, en par­ti­cu­lier pour mes lec­teurs qui ne vivent pas à Cor­beil-Esson­nes, les carac­té­ris­ti­ques poli­ti­ques de notre ville.

Je retra­ce­rai ensuite ce que fut notre pré-cam­pa­gne en vue des muni­ci­pa­les de 2014. Ce sera l’occa­sion de dire ce que je pense de l’asso­cia­tion Le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes créée par le com­mu­niste Piriou.

J’évo­que­rai ensuite la tar­dive dési­gna­tion du com­mu­niste Michel Nouaille comme chef de file avant d’expli­quer pour­quoi j’ai décidé de me reti­rer de cette pré-cam­pa­gne absurde sans aban­don­ner la lutte con­tre la droite.

Une situa­tion par­ti­cu­lière

Cor­beil-Esson­nes est une ville de gau­che. A cha­que élec­tion, en dehors des muni­ci­pa­les, les cor­beil-esson­nois votent à gau­che. Notre député et nos con­seillers géné­raux sont de gau­che. Plus pré­ci­sé­ment c’est la gau­che de la gau­che qui est géné­ra­le­ment majo­ri­taire.

Cor­beil-Esson­nes est une ville de ban­lieue, avec trois quar­tiers pau­vres qui font l’objet d’une opé­ra­tion de réno­va­tion urbaine.

Cor­beil-Esson­nes, comme beau­coup de vil­les de ban­lieue est frap­pée par la délin­quance et la cri­mi­na­lité et plus encore par le sen­ti­ment d’insé­cu­rité auquel la droite répond par la vidéo sur­veillance et la police muni­ci­pale au lieu d’aider au déve­lop­pe­ment de la répres­sion et au réta­blis­se­ment de la soli­da­rité entre les habi­tants.

Cor­beil-Esson­nes a eu beau­coup de mal à élire son maire actuel. Rares sont les com­mu­nes qui ont dû voter 3 fois pour élire leur con­seil muni­ci­pal à par­tir de 2008.

Cor­beil-Esson­nes est une ville dans laquelle l’action du sys­tème Das­sault a détruit sens moral et fra­ter­nité. Il y a bien sûr les dom­ma­ges éco­no­mi­ques. Que d’années per­dues pour revi­ta­li­ser le tissu éco­no­mi­que par des mai­res qui n’ont jamais voulu faire de Cor­beil-Esson­nes qu’une ville dor­toir mais les dégâts sont aussi dans les têtes.

Comme je l’écri­vais en mai der­nier « L’affai­blis­se­ment moral de beau­coup de jeu­nes, l’espoir de suc­cès faci­les sans tra­vailler, l’argent roi, l’affai­blis­se­ment des liens sociaux, le man­que de res­pect pour les adul­tes et les anciens et le culte de l’affai­risme sont autant de signes de la dégra­da­tion de la démo­cra­tie locale et des valeurs qui per­met­tent de vivre ensem­ble et en paix »

Cor­beil-Esson­nes est une ville qui attend des déci­sions judi­ciai­res. J’écris ces lignes au moment où on annonce une nou­velle demande de levée de l’immu­nité par­le­men­taire de Serge Das­sault.

Par­ti­cu­liè­re­ment atta­ché au réta­blis­se­ment d’une démo­cra­tie locale apai­sée dans notre ville et ayant porté plainte après les achats de voix de 2008, j’espère que des mises en exa­men pour­ront inter­ve­nir dans les semai­nes qui vien­nent.

C’est dans cette situa­tion dif­fi­cile que nous avons mené la pré-cam­pa­gne qui se ter­mine ces jours-ci.

Une pré-cam­pa­gne médio­cre à gau­che

La crise éco­no­mi­que, la médio­cre poli­ti­que du gou­ver­ne­ment et le peu d’appé­tence des citoyens pour la chose poli­ti­que ont eu pour con­sé­quence une très fai­ble mobi­li­sa­tion des habi­tants de mai à décem­bre 2013. Les heurs et mal­heurs qui ont pris beau­coup de temps et d’éner­gie aux quel­ques mili­tants qui s’effor­çaient de réa­li­ser l’union autour de Car­los Da Silva, Bruno Piriou et Michel Nouaille n’ont guère réuni en tout qu’envi­ron 300 per­son­nes.

J’étais allé il y a plu­sieurs mois ren­con­trer Michel Nouaille pour lui dire que je sou­hai­tais qu’il soit can­di­dat. Je ne le regrette pas car ce qui s’est passé ensuite ne remet pas en cause ce choix de coeur et de rai­son.

Ce choix était jus­ti­fié par des rai­sons poli­ti­ques (Michel était le secré­taire de la sec­tion locale du PCF, je par­ta­geais beau­coup de ses valeurs et opi­nions, il avait failli gagner les élec­tions de 2009, il sait tra­vailler en équipe et res­pec­ter ses par­te­nai­res, Bruno Piriou ne dis­po­sait plus dans l’élec­to­rat d’une image suf­fi­sam­ment posi­tive pour réus­sir et sa manière de con­duire une cam­pa­gne élec­to­rale ne me con­ve­nait pas) et humai­nes (Michel n’a pas fait le choix d’une car­rière poli­ti­que, c’est un homme intel­li­gent et dévoué).

En avril der­nier, nous lan­cions, à envi­ron cin­quante, l’appel « Cor­­beil-Esson­­nes ville soli­­daire et citoyenne ». C’était le pre­mier acte du ras­sem­ble­ment, bien­tôt sou­tenu par le Front de Gau­che, que nous sou­hai­tions autour de Michel Nouaille.

Pour l’ana­lyse détaillée de la situa­tion à cette épo­que je ren­voie au texte que j’ai publié en mai 2013. Dès l’assem­blée géné­rale qui eut lieu avant les gran­des vacan­ces, la ques­tion fut posée de la dési­gna­tion d’une tête de liste. Le Parti Com­mu­niste nous annonça que le pro­blème serait réglé début sep­tem­bre. Début sep­tem­bre, ce fut pour fin sep­tem­bre et ainsi de suite jusqu’à fin novem­bre.

Alors que le Parti de Gau­che avait clai­re­ment apporté son sou­tien à Michel Nouaille et que les non-encar­tés qui se situaient au sein du Front de Gau­che avaient fait le même choix, le Parti Com­mu­niste pri­vi­lé­gia son unité en ne déci­dant rien.

La situa­tion, sur laquelle je suis resté volon­tai­re­ment dis­cret sur ce blog, est deve­nue pro­gres­si­ve­ment de plus en plus absurde. Alors que nous nous déme­nions pour lan­cer la cam­pa­gne met­tant clai­re­ment en oeu­vre la stra­té­gie du Front de Gau­che, les mili­tants com­mu­nis­tes étaient peu pré­sents et le can­di­dat pro­ba­ble expli­quait qu’il ne se pré­sen­te­rait jamais con­tre son con­cur­rent Bruno Piriou fra­gi­li­sant ainsi sa posi­tion. Il n’était pas dif­fi­cile de voir que les cho­ses s’enga­geaient mal pour le Front de Gau­che.

Le 28 sep­tem­bre, un groupe de non-encar­tés tirait le signal d’alarme. Nous disions « Si les cho­ses con­ti­nuent ainsi, la gau­che se pré­sen­tera tota­le­ment désu­nie et elle per­dra. » Nous indi­quions, à pro­pos du Prin­temps, ne pas com­pren­dre « que des com­mu­nis­tes, dont un élu et une res­pon­sa­ble natio­nale, puis­sent impu­né­ment par­ti­ci­per au Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes qui annonce une liste sans éti­quette ».

Mais nous pro­po­sions éga­le­ment d’explo­rer la voie d’un ras­sem­ble­ment de toute la gau­che dès la pre­mier tour. J’ai beau­coup tra­vaillé à ren­dre cette hypo­thèse cré­di­ble et je ne le regrette pas. C’était sans doute la seule solu­tion pour bat­tre la Droite mais nous étions en fin de compte peu nom­breux parmi les mili­tants à accor­der une forte prio­rité à cet objec­tif même si nous étions pro­ba­ble­ment lar­ge­ment majo­ri­tai­res dans le « peu­ple de gau­che». 

Pen­dant ce temps-là, Jean-Pierre Bech­ter et son équipe ont effec­tué de leur côté, un sans-faute remar­qua­ble.

L’unité de l’équipe muni­ci­pale a pour l’ins­tant été main­te­nue.

Trai­tées par le sul­fate de mépris, les affai­res dans les­quel­les bai­gnent l’actuelle muni­ci­pa­lité ne sont pas par­venu à cor­ro­der l’inoxy­da­ble con­fiance dont fait preuve notre maire ni à vrai dire le cré­dit dont il jouit auprès d’une bonne moi­tié de nos con­ci­toyens. La jus­tice a pour­suivi son tra­vail et j’en suis heu­reux mais son action, sauf sur­prise de der­nière minute, n’aura qu’un rôle secon­daire dans les choix des citoyens en mars pro­chain.

Le Parti Socia­liste a pen­dant cette période mul­ti­plié les appels à l’union. Ils n’étaient évi­dem­ment pas dénués d’arriè­res-pen­sées. Le PS et son lea­der natu­rel Car­los Da Silva visent les muni­ci­pa­les de 2020. En atten­dant, un suc­cès de la gau­che avec Michel Nouaille per­met­tait au sup­pléant de Manuel Vals d’appa­raî­tre comme un fai­seur de roi, Deus es machina d’une situa­tion con­fuse. Il pré­pa­rait au mieux la vic­toire des socia­lis­tes à moyen terme en rai­son de la fai­blesse sup­po­sée du ras­sem­ble­ment ainsi cons­truit.

Il n’en est pas moins vrai que l’atti­tude du Parti Socia­liste cons­ti­tuait une oppor­tu­nité, même pas étu­diée sérieu­se­ment par le Front de Gau­che, de vain­cre la droite dans notre ville et d’amé­lio­rer le sort de ses habi­tants.

Ces der­niè­res semai­nes notre pré-cam­pa­gne est deve­nue de plus en plus péni­bles. Le Parti Com­mu­niste a d’abord décidé de ren­con­trer seul le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes pour y renon­cer après la pro­tes­ta­tion una­nime des non-encar­tés et du Parti de Gau­che qui ont réaf­firmé que le meilleur can­di­dat était Michel Nouaille et que le PCF devait dési­gner son can­di­dat tête de liste.

Mais au fil des jours, il est apparu que la prin­ci­pale préoc­cu­pa­tion du PCF était de réa­li­ser un accord avec le Prin­temps au ris­que de s’oppo­ser à ses par­te­nai­res et de bri­ser le Front de Gau­che.

Je sais que les débats ont été très ani­més en son sein et que beau­coup de mili­tants com­mu­nis­tes avec qui j’entre­tiens de très bon­nes rela­tions par­ta­gent beau­coup de mes idées mais en tant que mili­tant je me dois de pren­dre en compte ici le com­por­te­ment public du PCF et de ses res­pon­sa­bles de tous niveaux.

Quel juge­ment por­ter sur ce Prin­temps, sur cette asso­cia­tion qui a sem­blé enva­hir le champ de réflexion du PCF et est devenu pour Michel Nouaille une véri­ta­ble obses­sion ?

Le prin­temps

Au delà des invec­ti­ves, des lamen­ta­tions et des con­dam­na­tions, je crois qu’il est utile d’essayer de com­pren­dre ce qu’est le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes et pour cela il faut évi­ter deux juge­ments qui sont en fait des cari­ca­tu­res.

Le Prin­temps n’est pas seu­le­ment une asso­cia­tion née de la volonté de quel­ques citoyens non enga­gés de par­ti­ci­per à la vie poli­ti­que locale mais il n’est pas non plus seu­le­ment une opé­ra­tion poli­ti­que née de la pen­sée manoeu­vrière de quel­ques com­mu­niste. Il est en fait un mélange de ces deux réa­li­tés ou pour pen­ser plus juste, c’est à dire dia­lec­ti­que­ment, il est à la fois ras­sem­ble­ment citoyen et sup­port d’une opé­ra­tion poli­ti­que.

Bien sûr, l’asso­cia­tion du Prin­temps du Cor­beil-Esson­nes est d’abord le résul­tat du tra­vail de Bruno Piriou et des deux aven­tu­riers qui l’ont aidé. Un tra­vail de qua­lité et assez réussi qui part d’une ana­lyse juste de la réa­lité poli­ti­que fran­çaise con­tem­po­raine. Sans l’acti­vité d’un poli­ti­cien pro­fes­sion­nel qui dis­pose des moyens mis à sa dis­po­si­tion (pour d’autres fins) par le Con­seil Géné­ral, il n’y aurait pas eu de Prin­temps !

Au fil des années, le dis­cré­dit de la classe poli­ti­que a pris de l’ampleur. Il a été exploité par l’extrême droite et en rai­son de la crise, de la médio­crité de Fran­çois Hol­lande et de l’habi­leté de Marine Le Pen, il com­mence aujourd’hui a faire cou­rir des ris­ques à la démo­cra­tie. L’impor­tance du vote Front Natio­nal sera pro­ba­ble­ment le fait majeur des pro­chai­nes muni­ci­pa­les.

Ce dis­cré­dit de la classe poli­ti­que s’expli­que par de nom­breux fac­teurs mais le com­por­te­ment des gou­ver­ne­ments et des élus des trente der­niè­res années, qu’ils soient de gau­che ou de droite, est le fac­teur prin­ci­pal d’expli­ca­tion.

Je n’énu­mé­re­rai pas ici la triste liste des pro­mes­ses non tenues, des pro­pos déma­go­gi­ques et des renon­ce­ments clien­té­lis­tes qui ont peu à peu détourné beau­coup de nos con­ci­toyens de la poli­ti­que.

Je ne revien­drai pas non plus sur la liste des scan­da­les qui ont ali­menté le « tous pour­ris » même si émer­gent sans doute de ce ras­sem­ble­ment hété­ro­clite de malins pris la main dans le sac et de coquins aimant trop les ban­ques suis­ses, les tris­tes sil­houet­tes de Ber­nard Tapie, de Patrick Bal­kany et de Jérôme Cahu­zac.

Bruno Piriou et ses thu­ri­fé­rai­res ont bien com­pris cette fâcheuse évo­lu­tion. Il ont perçu la dif­fi­culté qu’il y aurait lors des pro­chai­nes muni­ci­pa­les à ras­sem­bler autour d’un Parti Socia­liste dis­cré­dité et d’un Parti Com­mu­niste animé par le sou­hait de com­bat­tre mais affai­bli par ses divi­sions et son image décli­nante à peine régé­né­rée par la cam­pa­gne de Jean-Luc Mélen­chon.

Il ont voulu cher­cher une solu­tion que ne trou­vent ni les par­tis poli­ti­ques, ni les syn­di­cats de moins en moins repré­sen­ta­tifs. Pour­quoi ne pas recon­naî­tre que l’ana­lyse était juste et la ten­ta­tive per­ti­nente dans son prin­cipe ?

Mais l’ini­tia­tive n’avait pas la pureté nova­trice mise en avant par beau­coup. Cer­tains obser­va­teurs ont fait remar­quer avec per­ti­nence que la méthode uti­li­sée est habi­tuelle pour Bruno Piriou. Géné­ra­tion Citoyenne, La ville Ensem­ble, Le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes, il y a tou­jours une nou­velle asso­cia­tion pour dépas­ser les hor­ri­bles par­tis poli­ti­ques… et pro­mou­voir la can­di­da­ture de Bruno Piriou !

C’est parce qu’il pen­sait ne pas pou­voir être entendu et approuvé par son parti, ni par le Front de Gau­che que Bruno Piriou a choisi la voie du con­tour­ne­ment mais c’était de son point de vue un excel­lent choix.

D’une part parce que c’est la seule voie qui lui per­met­tait de s’impo­ser en tant que tête de liste. Faute de dis­po­ser d’une majo­rité dans son parti, ni très pro­ba­ble­ment parmi les élec­teurs de gau­che, il a choisi de peser de l’exté­rieur. Les exem­ples de tel­les ten­ta­ti­ves, aux résul­tats incer­tains, ne sont pas rares en poli­ti­que. Sou­ve­nons-nous, tou­tes pro­por­tions gar­dées, de Michel Rocard s’oppo­sant à Fran­çois Mit­ter­rand ou de Ségo­lène Royal can­di­date mal­gré le Parti Socia­liste.

D’autre part parce que la ten­ta­tive per­met­tait réel­le­ment de mobi­li­ser des citoyens com­plè­te­ment nou­veaux en poli­ti­que.

Il eut suffi que cette asso­cia­tion ne soit pas ani­mée, ou cesse d’être ani­mée par trois com­mu­nis­tes aux arriè­res-pen­sées proé­mi­nen­tes pour que l’entre­prise puisse être utile.

Cer­tes il eut été néces­saire de cla­ri­fier cer­tai­nes ques­tions de fond mais le dia­lo­gue était pos­si­ble et j’ai indi­qué à plu­sieurs repri­ses que les mem­bres du Prin­temps avaient, pour la plu­part, leur place dans le ras­sem­ble­ment que nous avons ini­tié.

Le carac­tère « apo­li­ti­que » de leur action, la sous-esti­ma­tion des con­sé­quen­ces de la poli­ti­que natio­nale sur la vie de notre ville, la cri­ti­que achar­née et des­truc­trice des par­tis poli­ti­ques étaient et res­tent de vraies diver­gen­ces dont on a peine à pen­ser qu’ils ont été mis en avant par le quar­te­ron de com­mu­nis­tes qui ont créé cette asso­cia­tion.

Les mani­fes­ta­tions hys­té­ri­for­mes de cer­tains (ou cer­tai­nes) n’ont évi­dem­ment pas arrangé les cho­ses.

En résumé, le Prin­temps aura réussi son coup en per­sua­dant ses adhé­rents sin­cè­res qu’ils étaient les pion­niers d’une nou­velle manière de faire de la poli­ti­que alors qu’ils par­ti­ci­paient à une de ces ten­ta­ti­ves, vieilles comme le monde, de con­tour­ne­ment de la démo­cra­tie pour his­ser sur le pavois, celui qui le sou­hai­tait plus que les autres sans y avoir sa place.

Le Parti com­mu­niste, en pri­vi­lé­giant ses pro­pres inté­rêts et en refu­sant d’agir comme un parti poli­ti­que res­pon­sa­ble, a par­ti­cipé au dis­cré­dit de l’action poli­ti­que qu’il pré­tend défen­dre. Para­doxa­le­ment, beau­coup de non-encar­tés dont je fais par­tie ont en fait pris à leur compte la défense de l’uti­lité des par­tis poli­ti­ques en tant qu’intel­lec­tuels col­lec­tifs pre­nant en charge l’inté­rêt géné­ral.

Mon oppo­si­tion mesu­rée au Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes est donc d’abord essen­tiel­le­ment poli­ti­que. J’adhère à la stra­té­gie du front de Gau­che et je crois en l’uti­lité des par­tis poli­ti­ques. Elle a été ren­for­cée par la pré­sence au sein des ani­ma­teurs de cette asso­cia­tions de cama­ra­des dont les pra­ti­ques me parais­sent peu démo­cra­ti­ques et les ambi­tions dévo­ran­tes et donc à l’opposé d’un renou­veau de notre vie poli­ti­que.

La dési­gna­tion de Michel Nouaille

La dési­gna­tion de Michel Nouaille a été accueillie avec joie par la plu­part des mili­tants du Front de Gau­che et sans déplai­sir par­ti­cu­lier par les mili­tants du Prin­temps qui s’y atten­daient et qui ne voyaient plus dans sa can­di­da­ture un frein sérieux à leur entre­prise.

Pour nos cama­ra­des du Parti com­mu­niste, c’était un sou­la­ge­ment, le terme d’une période péni­ble.

Cer­tains cama­ra­des ont mani­festé à ce moment un réel opti­misme et ont pensé que la cam­pa­gne allait pou­voir repren­dre avec dyna­misme. J’avais renoncé à être pré­sent à la réu­nion du Front de Gau­che qui a suivi la dési­gna­tion de Michel par le Parti Com­mu­niste en rai­son du « Droit de réponse » qu’il avait jugé oppor­tun de m’adres­ser et que j’ai publié ne varie­tur sur ce blog. Je pense avoir eu rai­son car nous avons pu nous expli­quer sur cet épi­sode qui n’a créé aucun con­ten­tieux entre nous mais qui était révé­la­teur de l’idée qui han­tait notre can­di­dat : ne pas cri­ti­quer le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes afin de faci­li­ter sa par­ti­ci­pa­tion au ras­sem­ble­ment.

L’opti­misme des mili­tants à l’annonce de la can­di­da­ture de Michel Nouaille cons­ti­tuait une erreur d’ana­lyse col­lec­tive que je n’ai pas par­ta­gée. Si cette déci­sion était en soi posi­tive, elle n’aurait pas dû sus­ci­ter d’opti­misme pour plu­sieurs rai­sons.

D’abord elle inter­ve­nait trop tard pour être vrai­ment utile. Le Parti Com­mu­niste avait laissé le Prin­temps se déve­lop­per et le doute s’ins­tau­rer dans le Front de Gau­che sur les inten­tions de son can­di­dat et l’annonce de cette déci­sion a été ratée.

Pas d’inter­ven­tions coor­don­nées sur Inter­net, pas de com­mu­ni­qué du Parti com­mu­niste (c’est Michel qui annonça sa pro­pre can­di­da­ture dans un petit texte quel­con­que qu’il me demanda de publier), pas de tract sérieux (mal­gré une déci­sion col­lec­tive, le pro­jet éla­boré ne sera pas imprimé), tout se passa comme si le PC ne vou­lait pas faire de la dési­gna­tion de son can­di­dat un évé­ne­ment qu’elle cons­ti­tuait pour­tant.

Une con­fé­rence de Presse tar­dive visait à assu­rer une pré­sence média­ti­que du Front de gau­che et des 133 signa­tai­res. Las ! J’ai rongé mon frein en y assis­tant le 26 novem­bre. J’avais déjà décidé de sus­pen­dre ma par­ti­ci­pa­tion à la cam­pa­gne et je n’ai pas ouvert la bou­che. Deux jour­na­lis­tes, une impro­vi­sa­tion voyante, pas de texte écrit, la dési­gna­tion du can­di­dat pré­sen­tée au bout de 10 minu­tes comme un fait déjà connu, des inter­ven­tions mul­ti­ples non coor­don­nées… Il était pré­vi­si­ble en s’y pre­nant ainsi qu’aucune retom­bée utile n’en résul­te­rait. Ce fut le cas. Je fus étonné éga­le­ment d’enten­dre Michel Nouaille indi­quer qu’il ne con­nais­sait pas les « inten­tions » de Car­los da Silva. Je peux assu­rer ici qu’ils les con­nais­sait très bien comme tous ceux d’ailleurs qui se sont donné le mal de lire les décla­ra­tions et jour­naux de notre député.

Ensuite, la dési­gna­tion de Michel Nouaille ne s’accom­pa­gnait d’aucune appré­cia­tion sur l’acti­vité du Prin­temps. Impli­ci­te­ment, le Parti Com­mu­niste renon­çait à une ana­lyse lucide (i.e. dia­lec­ti­que) de cette asso­cia­tion pour ne la con­si­dé­rer que d’une manière posi­tive, comme un par­te­naire sou­haité du ras­sem­ble­ment à cons­truire, con­sen­tant ainsi à son pro­pre dis­cré­dit et à l’affai­blis­se­ment du can­di­dat qu’il venait de dési­gner. Le Parti com­mu­niste a tiré un trait sur les pro­chai­nes muni­ci­pa­les, renon­çant à toute stra­té­gie gagnante dans le but de main­te­nir une illu­soire unité. Sans doute n’a-t-il pas mesuré les con­sé­quen­ces à moyen et long terme de son atti­tude.

Le Front de gau­che sor­tira pro­ba­ble­ment en miet­tes de cette aven­ture. A juste titre, le Parti de Gau­che, repro­chera dura­ble­ment son atti­tude au PC et en tirera ses con­sé­quen­ces pour les scru­tins sui­vants.

Beau­coup de non-encar­tés, déçus et désa­bu­sés s’écar­te­ront du PCF qu’ils auront aidé pen­dant des mois avant d’être trai­tés par le mépris. Ceux qui sont le plus loin de l’action poli­ti­que ne com­pren­dront pas ce qui s’est passé et ren­dront res­pon­sa­ble l’ensem­ble des orga­ni­sa­tions et le PCF en par­ti­cu­lier.

Enfin, cette dési­gna­tion ne pou­vait être éva­luée qu’en tenant compte de l’atti­tude du pre­mier inté­ressé, le can­di­dat. Inter­rogé sur le point de savoir s’il irait jusqu’au bout, il ne répon­dait pas oui. Cons­tant à cet égard, il com­met­tait une gros­sière erreur tac­ti­que. J’ai tou­jours com­pris que Michel Nouaille ne veuille pas se pré­sen­ter con­tre un cama­rade qu’il con­naît depuis long­temps et qu’il estime. Au demeu­rant, per­sonne ne peut être con­traint de se pré­sen­ter à un scru­tin. C’est une déci­sion per­son­nelle que cha­cun doit pren­dre en cons­cience. J’ai moi-même décidé à plu­sieurs repri­ses de ne pas être can­di­dat alors qu’on me le deman­dait. Je n’ai par con­tre pas com­pris l’atti­tude qui con­siste à être can­di­dat et à pro­vo­quer l’adhé­sion autour de soi tout en ayant une atti­tude pleine de dou­tes qui ne peut que con­tra­rier la mobi­li­sa­tion.

Au moment ou j’écris ces ligne je mesure com­bien cette pré-cam­pa­gne a été dif­fi­cile pour Michel Nouaille mais je pense que pour beau­coup d’entre nous, il n’a pas été à la hau­teur de la con­fiance que nous avions pla­cée en lui. Je réprouve l’ambi­guité de la posi­tion du PCF, qui ne con­damne pas l’atti­tude de Bruno Piriou et qui ne sou­tient pas clai­re­ment Michel Nouaille.

Un néces­saire retrait

Le 26 novem­bre, ayant appré­cié la dési­gna­tion de Michel Nouaille comme je viens de l’indi­quer, j’ai annoncé lors de la réu­nion publi­que des 133 signa­tai­res qu’il y avait à mon sens neuf chan­ces sur dix pour que nos efforts abou­tis­sent à une liste qui aurait les qua­tre carac­té­ris­ti­ques sui­van­tes :

- elle ne se récla­me­rait pas du Front de Gau­che

- elle aurait pour tête de liste Bruno Piriou

- elle com­pren­drait Michel Nouaille

- elle asso­cie­rait des per­son­na­li­tés avec les­quel­les je ne sou­haite pas tra­vailler.

Une autre manière de le dire est que l’accord qui sem­ble se pré­pa­rer don­nera rai­son à ceux qui n’ont pas choisi la stra­té­gie du Front de Gau­che et qui ont refusé de mili­ter avec le PC et le PG. Ce n’est pas pour cela que je me suis engagé. Je ne suis pas can­di­dat pour per­dre ma troi­sième bataille muni­ci­pale avec Bruno Piriou dont je par­tage beau­coup des idées mais dont je réprouve beau­coup des métho­des.

Si cette situa­tion se réa­lise, la réé­lec­tion de Jean-Pierre Bech­ter inter­vien­dra pro­ba­ble­ment dès le pre­mier tour des muni­ci­pa­les. J’espère bien entendu me trom­per et en un sens, le fait d’annon­cer cette pré­dic­tion vise à l’empê­cher de se réa­li­ser.

La dési­gna­tion de Bruno Piriou comme tête de liste du Prin­temps, qui vient d’inter­ve­nir au moment où j’écris ces lignes con­firme mon ana­lyse de la situa­tion.

J’ai indi­qué qu’en con­sé­quence, je sus­pen­dais ma par­ti­ci­pa­tion à la cam­pa­gne ani­mée par le Front de Gau­che et les signa­tai­res de l’appel « Cor­beil-Esson­nes ville soli­daire et citoyenne ».

Je pré­cise que cela signi­fie pour moi :

- que je reprends ma totale liberté de parole, en par­ti­cu­lier sur ce blog. Je m’étais en effet impo­sée une dis­cré­tion, ou du moins une rete­nue, que jus­ti­fiait ma par­ti­ci­pa­tion active à la cam­pa­gne du Front de Gau­che et aux réu­nions qu’il orga­ni­sait.

- que je reste un mili­tant du Front de Gau­che,

- que j’entends m’expri­mer sur les pro­blè­mes qui con­cer­nent réel­le­ment les cor­beil-esson­nois (comme la sécu­rité, le déve­lop­pe­ment éco­no­mi­que, le déploie­ment de la fibre opti­que, le loge­ment, le réta­blis­se­ment de la démo­cra­tie locale…)

Je suis bien entendu prêt à repren­dre ma par­ti­ci­pa­tion à la cam­pa­gne si la situa­tion évo­lue. Je la suis avec atten­tion. Je vous dirai ce qu’il en est sur ce blog.




Cer­tains lec­teurs qui n’ont suivi que de loin cette pré-cam­pa­gne auront sans doute du mal à com­pren­dre son dérou­le­ment et pen­se­ront sans doute que nous nous agi­tons pour pas grand chose.

Ils se trom­pe­ront. On a rai­son de se plain­dre de beau­coup de res­pon­sa­bles poli­ti­ques et de cri­ti­quer cer­tains aspects de notre démo­cra­tie mais quand on regarde ce qui se passe dans le monde entier, nous devons nuan­cer nos cri­ti­ques et pré­ser­ver notre sys­tème poli­ti­que en essayant d’en cor­ri­ger les défauts.

Pen­dant ces der­niers mois à Cor­beil-Esson­nes j’ai vu des réu­nions péni­bles et des que­rel­les inu­ti­les, des res­pon­sa­bles poli­ti­ques qui n’étaient pas à la hau­teur de leur tâche, un Parti poli­ti­que qui sem­blait à la dérive et beau­coup de cama­ra­des qui ne savaient plus trop quoi faire pour bien faire mais j’ai sur­tout vu des dizai­nes de per­son­nes pas­ser leurs soi­rées pour le bien com­mun, pour la jus­tice sociale, la démo­cra­tie et le pro­grès humain.

Sans ambi­tion per­son­nelle, sans espoir de car­rière, la plu­part des mili­tants de gau­che cons­trui­sent cha­que jour un monde meilleur. J’ai plai­sir à être l’un d’entre eux.

Syl­vain Renard

Le 4 décem­bre 2013