Ce suc­cès n’est pas de nature à sus­ci­ter un opti­misme béat mais il est un pre­mier résul­tat encou­ra­geant pour tous ceux qui comme moi ne se rési­gnent pas au niveau natio­nal à l’aus­té­rité des socio-démo­cra­tes et à Cor­beil-Esson­nes au règne de Serge Das­sault, de ses héri­tiers ou de ses aco­ly­tes.

Je ne ferai pas ici un compte-rendu exhaus­tif de cette ren­con­tre, me bor­nant à évo­quer ce qui me vient à l’esprit en y repen­sant et ce que j’ai trouvé impor­tant ou utile. Les ora­teurs étaient Domi­ni­que Ade­not (maire de Cham­pi­gny et pré­si­dent de l’ANECR (Asso­cia­tion natio­nale des élus com­mu­nis­tes et répu­bli­cains)) et Eric Coque­rel (con­seiller régio­nal, secré­taire natio­nal du Parti de gau­che),

Michel Nouaille et les muni­ci­pa­les à Cor­beil-Esson­nes.

Après une brève intro­duc­tion de Pas­cale Pri­gent qui pré­senta la soi­rée, la parole fut d’abord don­née à Michel Nouaille qui évo­qua la situa­tion dans laquelle nous som­mes dans notre ville à moins d’un an des muni­ci­pa­les.

Alors que la méfiance croît à l’égard des hom­mes poli­ti­ques, que l’abs­ten­tion aug­mente, force est de cons­ta­ter que les cor­beil-esson­nois ont pré­féré à plu­sieurs repri­ses faire con­fiance à un indus­triel richis­sime pour gérer la ville alors qu’ils se pro­non­cent clai­re­ment en faveur de la gau­che lors des autres élec­tions. La fraude, on le sait, est pas­sée par là.

Michel rap­pela les tris­tes con­sé­quen­ces pour notre ville de la domi­na­tion de la droite, qu’il s’agisse par exem­ple du déclin indus­triel avec les per­tes d’emplois qu’il impli­que, de l’urba­nisme mis au ser­vice des pro­mo­teurs ou de la réduc­tion de l’action muni­ci­pale qui s’est tra­duite par exem­ple par la vente du cen­tre de vacan­ces des Ores.

Il invita donc à une réflexion sur ce que peut une muni­ci­pa­lité de gau­che dans une situa­tion de crise comme celle dans laquelle nous som­mes. Il se pro­nonça pour un ras­sem­ble­ment n’excluant à priori per­sonne.

Michel tint à pré­ci­ser en quel­ques chif­fres la gra­vité de la situa­tion de notre ville. 77 % des sala­riés de Cor­beil-Esson­nes tra­vaillent en dehors de notre ville. Il reste cer­tes quel­ques gran­des entre­pri­ses mais Altis est «pris en otage» à cha­que élec­tion par Serge Das­sault et la sur­vie d’Helio Cor­beil dépend lar­ge­ment, par les com­man­des éma­nant de son empire indus­triel, de notre ancien Maire.

Forte de 43 000 habi­tants, notre ville est la 3e la plus pau­vre du dépar­te­ment avec un revenu moyen de 19 000 euros. Elle compte 3 500 chô­meurs dont 600 jeu­nes. 29 % des habi­tants ont moins de 19 ans. La dette de la ville est de 94 mil­lions d’euros et cerise sur le gâteau la police muni­ci­pale compte 31 agents et … 130 camé­ras.

Cette intro­duc­tion de Michel Nouaille m’a paru inté­res­sante pour deux rai­sons. D’abord parce qu’en deman­dant à inter­ve­nir et en le fai­sant avec force et pré­ci­sion, Michel a mon­tré qu’il avait la volonté de mener avec nous la bataille des muni­ci­pa­les, ensuite parce que la manière dont il l’aborde me paraît la bonne. Il se situe clai­re­ment comme un acteur du Front de Gau­che tout en com­pre­nant le dis­cré­dit de l’ensem­ble de la classe poli­ti­que et en pro­po­sant un ras­sem­ble­ment ouvert qui impli­que notre popu­la­tion.

Eric Coque­rel et l’acte 3 de la décen­tra­li­sa­tion

Dans une inter­ven­tion limi­naire que j’ai trouvé très inté­res­sante, Eric nous informa sur les dan­gers des pro­chai­nes lois con­nues sous le nom d’acte 3 de la décen­tra­li­sa­tion, un sujet sur lequel je revien­drai sur ce blog.

Ces pro­po­si­tions social-démo­cra­tes posent à son sens trois ques­tions.

- Une ques­tion de sou­ve­rai­neté car il s’agit de tex­tes éla­bo­rés sans aucune impli­ca­tion popu­laire.
- Une ques­tion de mise en con­cur­rence des ter­ri­toi­res. Selon la taille des métro­po­les et leur puis­sance éco­no­mi­que, il y aura iné­ga­lité et con­cur­rence entre elles.
- une ques­tion de poli­ti­que d’aus­té­rité. Sous cou­vert de ratio­na­li­sa­tion, il s’agit de dimi­nuer les moyens des col­lec­ti­vi­tés loca­les et de les con­train­dre à appli­quer l’aus­té­rité par­tout.

Domi­ni­que Ade­not : les dif­fi­cul­tés des com­mu­nes et les pro­jets nocifs du gou­ver­ne­ment.

Domi­ni­que Ade­not inter­vint en com­plé­tant les expli­ca­tions d’Eric Coque­rel sur l’acte 3. Il con­si­dère que le pro­jet gou­ver­ne­men­tal vise à réduire la pos­si­bi­lité pour les habi­tants de pou­voir don­ner leur avis afin de mieux faire pas­ser l’aus­té­rité. Dans le domaine de l’inter­com­mu­na­lité, les con­seils muni­ci­paux et les habi­tants doi­vent gar­der la main.

Pour Domi­ni­que, la réforme a un vice caché, elle éloi­gne les citoyens des pri­ses de déci­sion et ris­que de cas­ser le ser­vice public. Il évo­qua le retrait de cer­tains des finan­ce­ments de l’Etat, la lourde charge en période de crise du RSA et de l’APA qui ont mis les dépar­te­ments au bord du gouf­fre. On va vers l’assè­che­ment des finan­ces com­mu­na­les.

Le Maire de Cham­pi­gny estime que le pro­jet doit être remis à plat. Si des trans­for­ma­tions aussi impor­tan­tes voyaient le jour, il fau­drait en appe­ler à des réfé­ren­dums. Il faut exi­ger une réelle démo­cra­ti­sa­tion. Il pro­posa, pour réta­blir les finan­ces des com­mu­nes après la sup­pres­sion de la Taxe Pro­fes­sion­nelle, la créa­tion d’une taxe sur les actifs finan­ciers des entre­pri­ses.

Un débat inté­res­sant

Après ces deux inter­ven­tions un débat s’enga­gea dont il est dif­fi­cile de ren­dre compte en quel­ques mots.

Mon amie Dina Baca­lexi évo­qua les lut­tes en cours dans le domaine de la recher­che et de l’ensei­gne­ment supé­rieur. La loi en cours de dis­cus­sion lui paraît aller de pair avec l’acte 3 de la décen­tra­li­sa­tion.

Domi­ni­que Ade­not évo­qua son expé­rience de Maire et en par­ti­cu­lier la lutte con­tre les sys­tè­mes mafieux dans sa com­mune.

J’ai noté avec inté­rêt que sa poli­ti­que de sécu­rité et de lutte con­tre la délin­quance réus­sit alors qu’il a refusé d’avoir une police muni­ci­pale et qu’il n’uti­lise pas la vidéo sur­veillance. Un exem­ple à sui­vre pour moi qui n’ai jamais réussi à con­vain­cre la gau­che de Cor­beil-Esson­nes de la néces­sité de se pas­ser de la police muni­ci­pale et de la vidéo sur­veillance…

Bruno Piriou rap­pela que les réfor­mes de l’acte 3, qui cons­ti­tue­raient un bou­le­ver­se­ment ins­ti­tu­tion­nel et démo­cra­ti­que ne sont pas votées. Il rap­pela que l’Etat doit 300 mil­lions au dépar­te­ment de l’Essonne. Le bud­get du dépar­te­ment est de 1,3 mil­liard d’euros mais envi­ron 80 % sont des dépen­ses con­train­tes (en par­ti­cu­lier de per­son­nel) ce qui mon­tre la fai­ble marge de manoeu­vre des élus.

Evo­quant les élec­tions muni­ci­pa­les à Cor­beil-Esson­nes, notre cama­rade estima qu’elles ne peu­vent pas être abor­dées “comme d’habi­tude”. On ne peut faire croire aux élec­teurs qu’il suf­fira de voter à gau­che pour que leur situa­tion change. Bruno con­si­dère que la Parti socia­liste mène la même poli­ti­que que la droite, il ne par­tage rien avec le gou­ver­ne­ment sauf le mariage pour tous.

Dans cette situa­tion tout à fait nou­velle, notre cama­rade con­si­dère qu’on ne doit pas faire une alliance de par­tis mais réflé­chir à de nou­vel­les for­mes mili­tan­tes qui tien­nent compte du dis­cré­dit de la poli­ti­que qu’on observe actuel­le­ment. Il faut inven­ter des for­mes nou­vel­les et avant tout savoir poser les bon­nes ques­tions.

Je par­tage lar­ge­ment le cons­tat posé par Bruno. Beau­coup de mili­tants de gau­che ne mesu­rent pas l’ampleur de la perte de con­fiance de nos con­ci­toyens à l’égard des par­tis et des hom­mes poli­ti­ques.

Reste une ques­tion impor­tante en débat. Quel­les con­sé­quen­ces pra­ti­ques tirer de ce cons­tat par­tagé ?

Bruno s’est engagé dans la créa­tion d’une struc­ture hors parti, le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes, qui peut mobi­li­ser des per­son­nes qui ne se sont jamais impli­quées dans la vie poli­ti­que locale et appor­ter d’uti­les réflexions mais en même temps cette ini­tia­tive con­tri­bue à accen­tuer le dis­cré­dit des orga­ni­sa­tions poli­ti­ques et laisse ouverte la ques­tion du néces­saire ras­sem­ble­ment pour faire une liste aux muni­ci­pa­les. Si les par­tis poli­ti­ques doi­vent s’ouvrir à la société civile, leurs mili­tants ne peu­vent être exclus de la lutte con­tre la droite !

Je serai d’ailleurs moins préoc­cupé de la situa­tion locale si le Prin­temps de Cor­beil-Esson­nes était né d’un désir de poli­ti­que de citoyens non encar­tés et non de la volonté dis­crète mais tenace d’un quar­te­ron de mili­tants che­vron­nés du Parti Com­mu­niste.

Claude Com­bris­son : le PLU est une occa­sion de mobi­li­sa­tion

Claude Com­bris­son inter­vint au sujet de la con­sul­ta­tion pro­chaine de la popu­la­tion sur le PLU de Cor­beil-Esson­nes. Il pro­posa de mobi­li­ser la popu­la­tion sur la dis­cus­sion du PLU.

C’est à son sens l’occa­sion de pré­ser­ver et de ren­for­cer l’iden­tité de notre ville. Il reste 15 hec­ta­res dédiés à des acti­vi­tés au cen­tre de Cor­beil-Esson­nes. Il est impor­tant de les con­ser­ver si nous ne sou­hai­tons pas que notre ville devienne une ville-dor­toir comme la droite le sou­haite. C’est le moment de sol­li­ci­ter la popu­la­tion et de tra­vailler avec elle. Des ini­tia­ti­ves doi­vent être prise rapi­de­ment en juin.

Je par­tage tout à fait ce point de vue et je revien­drai pro­chai­ne­ment sur ce blog sur la dis­cus­sion du PLU.

Eric Coque­rel rap­pela les ini­tia­ti­ves des­ti­nées à pro­lon­ger le suc­cès du ras­sem­ble­ment du 5 mai. 50 ini­tia­ti­ves de tou­tes sor­tes sont pré­vues dans la pre­mière semaine de juin dont la mar­che des fem­mes con­tre l’aus­té­rité.

Il expli­qua qu’il n’est pas pos­si­ble de décon­nec­ter les muni­ci­pa­les muni­ci­pa­les des euro­péen­nes. Nous ne pou­vons pas accep­ter d’être assi­mi­lés à la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment.

Domi­ni­que Ade­not appela éga­le­ment à la mobi­li­sa­tion en remer­ciant les par­ti­ci­pants de leur accueil. Il rap­pela que nous ne som­mes pas iso­lés et que nous devons être soli­dai­res des peu­ples grecs, alle­mand et espa­gnol par exem­ple.

Une ini­tia­tive réus­sie

Cette réu­nion fut donc une réus­site. Je suis heu­reux que des habi­tants qui ne par­ta­gent pas a priori les mêmes points de vue soient venus débat­tre. Je sou­haite que cette volonté de dia­lo­gue per­dure.

Les deux ora­teurs repré­sen­taient les deux for­ces les plus impor­tan­tes du Front de Gau­che, le Parti Com­mu­niste et le Parti de Gau­che. Leurs décla­ra­tions ont mon­tré qu’ils par­ta­geaient la même ana­lyse de l’action du gou­ver­ne­ment. C’est une évo­lu­tion his­to­ri­que de la gau­che à laquelle nous assis­tons. Le Parti Socia­liste et les verts ont choisi d’appli­quer l’aus­té­rité et de pré­ser­ver les inté­rêts des riches. Ils se sont éloi­gnés des idéaux de jus­tice sociale et de démo­cra­tie de la gau­che. Il faut le dire et en tenir compte lors des pro­chai­nes élec­tions.

Ce cons­tat com­mun jus­ti­fie le Front de Gau­che et lui donne sa soli­dité. Il y a cer­tes des dif­fé­ren­ces entre les orga­ni­sa­tions et des nuan­ces d’appré­cia­tion en par­ti­cu­lier sur la manière d’abor­der les muni­ci­pa­les mais la réu­nion de jeudi soir ren­dait serein sur l’ave­nir du Front de Gau­che par la clarté et la con­ver­gence des ana­ly­ses.



Retour en ima­ges sur cette réu­nion réus­sie qui se ter­mina autour du verre de l’ami­tié.