J’approuve la déci­sion prise par Fran­çois Hol­lande d’inter­ve­nir au Mali et je me sens en accord, une fois n’est pas cou­tume, avec une large majo­rité des fran­çais.

Les réser­ves qui ont été émi­ses par cer­tains res­pon­sa­bles poli­ti­ques méri­tent cepen­dant d’être exa­mi­nées.

Il y a sans doute chez cer­tains, une dose d’anti­mi­li­ta­risme, cette mala­die chro­ni­que de la gau­che, si dan­ge­reuse pour nos liber­tés. Il y a aussi chez d’autres la paresse intel­lec­tuelle qui mène à pla­quer sur toute réa­lité les mêmes sché­mas afin de ne jamais être d’accord avec ceux dont on ne par­tage pas les idées.

Mais cer­tai­nes obser­va­tions sont plus sérieu­ses.

Etait-il pos­si­ble de con­sul­ter le par­le­ment ? Notons d’abord que la loi ne l’impo­sait pas mais cette con­sul­ta­tion était évi­dem­ment sou­hai­ta­ble. La déci­sion des isla­mis­tes de lan­cer une offen­sive vers le sud n’était pas pré­vi­si­ble.

Après la prise de Konna les isla­mis­tes étaient à 2 jours de Bamako. Atten­dre pour con­sul­ter le Par­le­ment, c’était d’une part pren­dre le ris­que d’un enva­his­se­ment du sud, d’autre part se pri­ver du petit effet de sur­prise qui a sans doute aidé nos for­ces. Si Bamako était tombé avec les con­sé­quen­ces qui en auraient résulté pour les maliens d’abord mais pour nos mil­liers de res­sor­tis­sants qui vivent au Mali, on aurait à juste titre repro­ché à Fran­çois Hol­lande son indé­ci­sion ou sa pusil­la­ni­mité.

La “fran­ça­fri­que” est-elle de retour, autre­ment dit est-on en pré­sence d’une atti­tude néo-colo­niale ? Cer­tes, la France a des inté­rêts en Afri­que mais je ne crois pas que cet aspect soit domi­nant. N’oublions pas que la France a demandé pen­dant des mois que les pays voi­sins du Mali pren­nent leurs res­pon­sa­bi­li­tés, que plu­sieurs pays se pré­pa­raient à inter­ve­nir avec l’aide de la France et qu’ils l’ont fait avec une telle len­teur que la situa­tion s’est aggra­vée.

Je suis aussi frappé par les réac­tions des maliens, du Mali comme de France, qui approu­vent très géné­ra­le­ment notre inter­ven­tion.

Pour juger des déci­sions poli­ti­ques, j’ai l’habi­tude de m’ima­gi­ner à la place du déci­deur au moment où la déci­sion a été prise, une atti­tude que cer­tains res­pon­sa­bles sem­blent avoir du mal à adop­ter. Dans la situa­tion où était Fran­çois Hol­lande, je pense qu’il a eu rai­son de réa­gir comme il l’a fait. Il est facile de cri­ti­quer plu­sieurs jours après quand on n’a pas de res­pon­sa­bi­li­tés mais toute déci­sion pré­sente dans ce domaine des avan­ta­ges et des incon­vé­nients et résulte d’une éva­lua­tion tou­jours dif­fi­cile du rap­port béné­fi­ces/ris­ques.

Reste de vraies ques­tions. J’ai appré­cié cet après-midi l’inter­ven­tion mesu­rée d’André Chas­sai­gne à l’Assem­blée Natio­nale qui a qua­li­fié l’inter­ven­tion fran­çaise d’indis­pen­sa­ble avant de poser de bon­nes ques­tions.

L’inter­ven­tion de la France ne réglera évi­dem­ment pas à elle seule la “ques­tion malienne”.

Je sou­haite d’abord que le plus tôt pos­si­ble, les armées afri­cai­nes pas­sent en pre­mière ligne. Il faut ensuite que des solu­tions poli­ti­ques soient trou­vées. La démo­cra­tie doit être réta­blie au Mali par des élec­tions qui devront avoir lieu sur l’ensem­ble de son ter­ri­toire.

Je ne crois pas qu’il soit rai­son­na­ble de négo­cier avec les grou­pes isla­mis­tes qui sont ani­més par un fana­tisme qui n’a évi­dem­ment rien à voir avec la pra­ti­que pai­si­ble de l’islam que nous con­nais­sons en France. Par con­tre nos amis maliens seraient à mon sens bien ins­pi­rés de négo­cier avec les toua­regs.

L’objec­tif final est qu’un Mali démo­cra­ti­que puisse vivre en paix, se défen­dre seul et par­ti­ci­per à part entière à la lutte mon­diale con­tre le ter­ro­risme isla­miste. Je sou­haite que nous lui four­nis­sions une aide éco­no­mi­que et ins­ti­tu­tion­nelle.

Je fais toute con­fiance à nos sol­dats mais leur tâche sera dif­fi­cile. Je pense que nous par­vien­drons à évi­ter que le Mali devienne une base de l’isla­misme et du ter­ro­risme, évi­tant ainsi leur déve­lop­pe­ment.

Quant à l’éra­di­ca­tion du ter­ro­risme, elle ne dépend pas de nos actions mili­tai­res mais à mon sens de l’avè­ne­ment d’un monde plus juste. La France qui vient de réduire son bud­get con­sa­cré à l’aide publi­que au déve­lop­pe­ment avec la com­pli­cité du minis­tre vert Pas­cal Can­fin, pour­rait en tirer quel­ques con­clu­sions ainsi que tous ceux qui sou­tien­nent Israël dans sa poli­ti­que qui méprise le droit inter­na­tio­nal et les droits des pales­ti­niens.