Je par­tage pour ma part l’appré­cia­tion géné­rale qui a été por­tée par le Parti de Gau­che et le Parti Com­mu­niste sur les déci­sions qui vien­nent d’être pri­ses par le gou­ver­ne­ment à la suite de la publi­ca­tion du rap­port Gal­lois.

Un choix clair


Ces mesu­res dont l’essen­tiel est cons­ti­tué par une dimi­nu­tion du coût du tra­vail finan­cée par une dimi­nu­tion du pou­voir d’achat parais­sent jus­ti­fiées par l’ana­lyse du rap­port Gal­lois mais elles ne le sont que si on se place dans le res­pect de la logi­que capi­ta­liste. C’est le cas, nous le savons depuis long­temps des verts et du Parti Socia­liste.

Le choix de la méthode (cré­dit d’impôt) et la com­plexité des mesu­res annon­cées ne doi­vent pas mas­quer l’essen­tiel.

L’action du gou­ver­ne­ment s’ins­crit tou­jours dans le res­pect des injonc­tions euro­péen­nes qui veu­lent faire réduire à mar­che for­cée la dette en com­pri­mant dras­ti­que­ment les dépen­ses publi­ques et en deman­dant aux tra­vailleurs l’essen­tiel de l’effort.

Les socia­lis­tes, il est vrai, font un peu plus payer ceux qui le peu­vent mais deux remar­ques impor­tan­tes s’impo­sent.

D’une part, l’ana­lyse du pro­chain bud­get mon­tre que la plu­part des fran­çais seront frap­pés et ver­ront leur pou­voir d’achat dimi­nuer con­trac­tant d’autant la demande.

D’autre part, s’il est vrai que les riches paie­ront un peu plus, à aucun moment le gou­ver­ne­ment ne tente de cor­ri­ger les iné­ga­li­tés de patri­moi­nes et de reve­nus. L’his­toire retien­dra de Fran­çois Hol­lande qu’il a pré­servé les iné­ga­li­tés socia­les et sans doute qu’il a per­mis leur accrois­se­ment. Les riches et les patrons dis­po­sent en l’actuel Pré­si­dent de la Répu­bli­que d’un bou­clier solide con­tre la remise en cause de leur situa­tion. Lau­rence Pari­sot a bien rai­son de se réjouir de l’action gou­ver­ne­men­tale qui com­ble ses espé­ran­ces.

Mais l’action du gou­ver­ne­ment pour réta­blir la com­pé­ti­ti­vité de notre indus­trie est aussi carac­té­ri­sée par une incroya­ble con­fiance accor­dée aux patrons. Les entre­pri­ses vont béné­fi­cier de bais­ses de char­ges afin d’inno­ver et d’inves­tir mais qui nous dit qu’elles le feront et qu’elles n’en pro­fi­te­ront pas pour s’enri­chir et dis­tri­buer plus de divi­den­des ?

Le pré­cé­dent de la baisse de la TVA sur la res­tau­ra­tion est à cet égard éclai­rant. Si le gou­ver­ne­ment n’en tient pas compte, c’est qu’il accepte sciem­ment de favo­ri­ser le capi­tal par rap­port aux tra­vailleurs.

Con­fiance aveu­gle aux patrons, retour de la TVA “sociale”, refus de l’aug­men­ta­tion des salai­res, sou­mis­sion à l’Europe… Le choix est clair. C’est celui de la médio­crité.

Lire le rap­port Gal­lois


Il ne s’agit pas à mon sens de nier les cons­tats de Louis Gal­lois mais de con­tes­ter l’ana­lyse des cau­ses et la per­ti­nence de ses pro­po­si­tions comme je viens de le faire.

Quel­ques remar­ques :

- Le décro­chage de notre indus­trie ne peut être con­testé et cons­ti­tue­rait un han­di­cap pour mener une réelle poli­ti­que de gau­che.

- Les cau­ses struc­tu­rel­les sont clai­re­ment iden­ti­fiées : recher­che, for­ma­tion et inno­va­tion mal arti­cu­lées avec l’indus­trie, dif­fi­cul­tés de finan­ce­ment, man­que d’entre­pri­ses de taille inter­mé­diaire et de soli­da­ri­tés indus­triel­les, insuf­fi­sance du dia­lo­gue social. Sur la par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la ges­tion des entre­pri­ses, on lira avec inté­rêt l’arti­cle de mon ami Guillaume Duval (lien à la fin de cet arti­cle) dont je par­tage les ana­ly­ses.

- Il y a plu­sieurs maniè­res de lire ce diag­nos­tic mais qui est res­pon­sa­ble de la situa­tion actuelle de notre indus­trie alors que la gau­che n’a pas été au pou­voir depuis long­temps ? C’est bien la droite et les diri­geants d’entre­pri­ses qui l’ont sou­te­nue qui n’ont pas pris à temps les mesu­res néces­sai­res. Il y a dans les réflexions de Louis Gal­lois, de sérieux argu­ments pour mon­trer en quoi la poli­ti­que de Nico­las Sar­kozy a été nocive au pays.

- On peut par­ta­ger l’idée que le redres­se­ment est pos­si­ble même si on ne par­tage pas les solu­tions pro­po­sées.

- L’idée de la “mon­tée en gamme ” est inté­res­sante même si elle doit s’accom­pa­gner d’un effort d’inno­va­tion et d’inves­tis­se­ment dans des domai­nes dont l’indus­trie fran­çaise est absente.

- Quand Louis Gal­lois esquisse des solu­tions, il ignore pres­que tota­le­ment la néces­sité de pro­té­ger notre envi­ron­ne­ment. Alors qu’il fau­drait pré­ci­ser le con­tenu d’une véri­ta­ble pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gi­que, l’auteur adopte une vision tech­no­cra­ti­que qui n’est pas à la hau­teur des enjeux.

Ce n’est pas d’un Com­mis­sa­riat à la pros­pec­tive dont nous avons besoin mais d’une poli­ti­que indus­trielle por­tée par un véri­ta­ble minis­tre de l’indus­trie. Je suis de ceux qui con­si­dè­rent qu’Arnaud Mon­te­bourg est inca­pa­ble d’effec­tuer ce tra­vail même si sa pho­to­gé­nie est indis­cu­ta­ble et si Fran­çois Hol­lande peut comp­ter sur sa vibrion­nante acti­vité pour ten­ter de faire accep­ter aux tra­vailleurs ses aban­dons suc­ces­sifs.

- Je ne ren­tre­rai pas dans le débat CSG ou TVA. J’ai déjà indi­qué que la dimi­nu­tion du pou­voir d’achat avec ses effets réces­sifs me paraît indé­fen­da­ble.

- J’approuve la défense de la cul­ture scien­ti­fi­que et tech­ni­que et la mise en garde de Louis Gal­lois sur le prin­cipe de pré­cau­tion. Je pense comme lui que “Le prin­cipe de pré­cau­tion doit ser­vir à la pré­ven­tion ou à la réduc­tion des ris­ques, non à para­ly­ser la recher­che ; il doit, au con­traire, la sti­mu­ler”.

Je revien­drai dans un pro­chain billet sur les 22 pro­po­si­tions pré­ci­ses qui figu­rent dans le rap­port, le but de celui-ci était de for­mu­ler un juge­ment glo­bal. Je le ter­mine avec inquié­tude pour notre pays tant les solu­tions adop­tées par le gou­ver­ne­ment Hol­lande me parais­sent éloi­gnées de ce qu’il fau­drait faire..

L’arti­cle de Guillaume Duval sur la coges­tion alle­mande.