J’ai fait mes comp­tes. Il y a plus de 30 ans que j’ai ren­con­tré Jean-Luc Mélen­chon. Je venais du Nord pour ren­for­cer l’équipe de Paul Lori­dant en coor­don­nant l’équipe des per­ma­nents de la Fédé­ra­tion de l’Essonne du Parti Socia­liste. Je mili­tais au Ceres, l’aile gau­che du PS, Jean-Luc était mit­ter­ran­diste et c’était un “adver­saire” dont je recon­nus très vite l’intel­li­gence et la sin­cé­rité. Lais­sons là, au moins pour l’ins­tant, cette his­toire que les moins de 50 ans ne peu­vent pas con­naî­tre.

J’ai donc regardé cette émis­sion avec inté­rêt et per­plexité. Disons-le d’emblée, l’exer­cice était dif­fi­cile. L’émis­sion de Dru­cker est une émis­sion “gen­tille”. Elle met tou­jours en valeur l’invité dont elle mon­tre les qua­li­tés humai­nes en retra­çant sa car­rière, en pré­sen­tant sa famille et ses amis qui manient géné­ra­le­ment la brosse à reluire avec ardeur et sin­cé­rité. Un homme comme jean-Luc qui refuse de par­ler de sa famille et de sa vie pri­vée et qui donne la prio­rité aux idées est tout de suite désa­van­tagé.

La pre­mière par­tie a très pro­ba­ble­ment con­tri­bué à mieux faire con­naî­tre jean-Luc et a donné de lui une image beau­coup plus juste que les cari­ca­tu­res qu’on en fait habi­tuel­le­ment. Le style Dru­cker a joué car Jean-Luc, ras­suré par son hôte, est par­venu à adop­ter l’atti­tude qui con­ve­nait. J’ai trouvé qu’il était un peu éton­nant de faire venir Mar­tine Billard, Clé­men­tine Autain et Pierre Lau­rent pour échan­ger quel­ques bana­li­tés mais c’est la loi du genre…

La deuxième par­tie, de 19 à 20 h m’a paru moins con­vain­cante. Sans doute parce qu’inter­pellé sur des ques­tions poli­ti­ques, Jean-Luc a répondu dans le style de com­bat qui lui est habi­tuel, créant ainsi une rup­ture avec le style habi­tuel de l’émis­sion. La ten­sion avec Claude Sérillon m’a paru inu­tile et con­tre-pro­duc­tive (Sérillon a mon­tré son indé­pen­dance et en a payé le prix à diver­ses repri­ses !).

Au total, l’émis­sion aura sans doute été utile en fai­sant mieux con­naî­tre au grand public le Pré­si­dent du Parti de Gau­che. Je reste réservé sur la stra­té­gie de mise en cause des médias qu’appli­que jean-Luc même si je par­tage l’ana­lyse qui la motive.

Plus géné­ra­le­ment, jean-Luc a réussi ces der­niers temps à faire pro­gres­ser sa noto­riété tout en popu­la­ri­sant des idées jus­tes. Encore faut-il que le Parti de Gau­che pro­gresse au même rythme et lui apporte le recul, le sou­tien et les idées dont il va avoir besoin. Sans doute répon­drait-il que c’est notre affaire… La vôtre ?