Le prix Nobel de méde­cine et de phy­sio­lo­gie a été attri­bué cette année à Eli­za­beth Black­burn, Carol Grei­der et Jack Szos­tak pour leurs recher­ches sur les télo­mè­res (les extré­mi­tés des chro­mo­so­mes).

Si je reviens sur cette infor­ma­tion, c’est que des erreurs d’inter­pré­ta­tion des recher­ches de ces trois cher­cheurs sont appa­rues dans la Presse qu’un arti­cle paru dans l’Huma­nité du 7 octo­bre sous la plume de Eric Le Bourg (Cen­tre de recher­che sur la cog­ni­tion ani­male, UMR CNRS 5169. Tou­louse) est venu oppor­tu­né­ment dis­si­per.

Ces recher­ches por­tent sur la télo­mé­rase. A cha­que divi­sion cel­lu­laire, les extré­mi­tés des chro­mo­so­mes sont dété­rio­rées et la télo­mé­rase les recons­truit ce qui les pro­tège. Elle agit essen­tiel­le­ment sur les cel­lu­les qui se divi­sent, garan­tis­sant ainsi la trans­mis­sion de l’infor­ma­tion géné­ti­que. Elle a peu de rôle dans les autres cel­lu­les de l’orga­nisme comme cel­les des mus­cles de l’adulte. Elle agit éga­le­ment dans le cas des can­cers car la divi­sion cel­lu­laire anar­chi­que qui les carac­té­rise ces­se­rait si la télo­mé­rase n’agis­sait pas.

Cer­tains jour­na­lis­tes ont pré­senté les lau­réats du Nobel comme des spé­cia­lis­tes du vieillis­se­ment. “Cette enzyme pour­rait être la clé de la jeu­nesse éter­nelle” écrit même l’AFP et l’on est là très près du con­tre-sens.

La télo­mé­rase a fort peu de chance de deve­nir un élixir de lon­gue vie car la ren­dre plus active faci­li­te­rait le déve­lop­pe­ment des can­cers. C’est impor­tant à dire afin que le public ne soit pas abusé demain par l’appa­ri­tion sur le mar­ché de nou­veaux pro­duits “anti-âge” sem­blant exploi­ter ces décou­ver­tes.

Cette ques­tion pose le pro­blème plus géné­ral de l’infor­ma­tion scien­ti­fi­que et de la vul­ga­ri­sa­tion. J’avoue, sur­tout pour les scien­ces “dures”, que beau­coup d’arti­cles sur des sujets scien­ti­fi­ques de la grande presse me lais­sent insa­tis­faits. C’est d’autant plus fâcheux qu’ils sont peu nom­breux.

C’est une des carac­té­ris­ti­ques de la société dans laquelle nous vivons que de ne pas don­ner à la science et à la ratio­na­lité, la place qui devrait leur reve­nir. Eli­sa­beth Teis­sier n’a rien à crain­dre, les heb­do­ma­dai­res con­ti­nue­ront long­temps à payer cher les pré­vi­sions des astro­lo­gues. Il me sem­ble même qu’il y a moins de ratio­na­lité et d’amour de la science chez les jeu­nes de mon quar­tier qu’il n’y en avait à Bel­le­ville quand j’avais leur âge.